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31/03/2009
Sur les Carnets noirs de Gabriel Matzneff

«Mais l'évidence qu'elle demeurait absolument étrangère au plaisir qu'elle donnait, éclatait dans l'immuable azur de ses yeux, et, lorsqu'elle levait la tête pour dire : «Mon chéri», dans la puérilité paisible de sa bouche. Elle tenait, voilà tout, à être très aimable, dans le lit, comme elle aurait voulu paraître très bien élevée dans un salon. Elle était aussi très méthodique. Elle mettait certainement quelque orgueil à se montrer savante, tenait à prouver qu'on n'avait plus rien à lui apprendre. Il y avait dans sa façon de faire crier de joie son amant un peu de la satisfaction qu'aurait une écolière à étonner un examinateur en récitant sans faute une leçon très bien étudiée, quoiqu'ennuyeuse peut-être».
Catulle Mendes, La Femme-Enfant, 1891.
D'une coïncidence qui n'en est pas uneCommençant ma lecture de L'Apocalypse russe (1), un très bel ouvrage que m'a offert (offert bien sûr, parce que Fayard n'offre rien), il y a quelques mois déjà, Jean-François Colosimo, je reçois avec grand plaisir les Carnets noirs 2007-2008 envoyés et dédicacés par Gabriel Matzneff. Nous avons quelques connaissances et mêmes amis communs et pourtant nous ne nous sommes jamais vus. La lecture de ces Carnets noirs m'aura poussé, il y a quelques jours, à lui proposer de nous rencontrer, mais je doute que la lecture de la note qui suivra ce préambule consacré à son éditeur donnera envie à Gabriel Matzneff d'accepter cette rencontre.
Si l'homme, bien sûr, est vraiment aussi libre qu'il ne manque jamais de le souligner et puisque je ne crois pas être ce que les vierges folles qui entourent Marc-Édouard Nabe (et Matzneff lui-même, qui féminise toutefois le terme) appellent un renégat, nous verrons bien...
Gabriel Matzneff évoquant à de multiples reprises Colosimo dans son Journal, l'un et l'autre partageant une sensibilité intellectuelle, artistique et sans doute théologique commune, j'ai estimé ne pas commettre une grande faute en lisant, simultanément, ces deux livres qui brûlent, malgré bien évidemment le fait qu'ils ne traitent point des mêmes sujets et appartiennent à des registres pour le moins différents, d'un même feu que l'on peut prétendre slave ou, plus précisément, orthodoxe. Avançant dans ces deux lectures menées de front, je me suis vite aperçu que les deux auteurs se citaient l'un l'autre (Colosimo désigne, page 205 de son livre, Gabriel Matzneff comme «le capitaine naturel» d'une douzaine d'hommes qui a éprouvé le diable comme présence, Matzneff évoque, lui, le livre de son ami page 240 de ses Carnets noirs, l'un et l'autre évoquent, pour le défendre contre les cons, le grand Soljenitsyne...), mon intuition était donc la bonne.
Cette sensibilité commune, qu'est-elle, sinon une esthétique teintée de préoccupations théologiques, à moins qu'il ne s'agisse d'une théologie n'ayant jamais pu se résoudre à considérer les arts comme une vulgaire béquille ou une échelle destinée à se rapprocher du ciel ? La pureté, du moins l'aspiration à la pureté, n'y est jamais autant magnifiée que lorsqu'elle est tirée vers le bas, retenue, empêchée de s'élancer vers le ciel par la pesanteur de la sensualité, au sens premier de ce mot qui évoque, d'abord, l'orchestre de tous nos sens jouant tour à tour une légère musique de chambre ou une grandiose symphonie. Gabriel Matzneff paraît ainsi persuadé qu'il paie ses bons livres par sa mauvaise vie (p. 239). Ou bien, pour le dire avec Colosimo (évoquant bien évidemment la Russie), dont l'ouvrage pourrait être compris comme la glose, passionnante, d'un des noirs paradoxes de l'âme russe jamais aussi puissamment illustrés que par Dostoïevski, c'est «le pays même, en son absence de limite, qui devient impossible image de l'ineffable et source du sentiment numineux, mêlant l'adoration et la terreur, l'intime et l'inaccessible en unique ferment du religieux» (1).
Gabriel Matzneff vit entouré de femmes, qu'il s'agisse de ses maîtresses présentes ou passées (lesquelles, parfois, semblent de plus de chair et de réelle présence que ne le sont ses compagnes actuelles) mais aussi d'amies et pourtant, comme Jean-François Colosimo qu'il voit, dans une église orthodoxe, entouré de sa famille, cette vision provoquant chez l'auteur du Carnet arabe une douloureuse prise de conscience de sa propre solitude, extrême, et pourtant, dans un livre comme dans l'autre, dans celui de l'homme couvert de femmes dont aucune n'est oubliée et dans celui de l'homme entouré de sa famille, c'est la solitude et elle seule qui peut nous servir de cicérone. Les pages qui ouvrent l'étude de Colosimo consacrée, après l'Amérique du Nord, à la Russie, sont somptueuses : l'auteur évoque l'âme secrète de l'immense continent, son foyer toujours ardent, quels que soient le régime en place et les persécutions qu'il lui fera subir, l'archipel des Solovski. Dans les Carnets noirs de Matzneff, les allusions à la solitude sont innombrables mais elle paraissent, comme des bêtes féroces, redoubler d'ardeur durant la Semaine sainte. Littéralement, comme en ce jeudi saint ou Matzneff assiste à la liturgie de saint Basile, l'écrivain ne communie pas (p. 72) avec les autres en recevant le corps du Christ : c'est d'ailleurs ce même jour que Matzneff voit Colosimo entouré des siens.
Cette solitude essentielle (p. 87, l'auteur souligne) n'est-elle que celle de l'homme couvert de femmes, celle, surjouée, du dandy qui, affirmant qu'il se moque du milieu littéraire parisien, a ses quartiers dans les cafés et les brasseries où se presse comme par hasard le milieu détesté, celle de l'auteur qui considère comme un devoir de livrer des indiscrétions sur sa seule vie (p. 35) ou bien celle, moins anecdotique, de l'homme dont l'existence, selon une belle image, n'est qu'une «allumette que Dieu craque dans la nuit» (p. 96) ? Parions sur cette dernière, sans doute la plus noble des quatre même si la monodique annotation des ébats sexuels auxquels Matzneff se livre, apparemment à toute heure de la journée, avec Gilda, Marie-Agnès, Anastasia (il y en aurait quatre même, avec Mayssa, disparue subitement selon Matzneff, bien heureusement à mon sens...), nous ennuie plus qu'elle ne nous fatigue très rapidement, comme le refrain d'une ritournelle sotte de Francis Cabrel qu'on aurait malicieusement détournée et qui donnerait, aigrillarde : Je te baisais, je te baise et (je) te baiserai...
D'un éclair trouant des ténèbres pas franchement noires
Heureusement, à la différence d'un Alexandre Gamberra, bourgeois paltoquet de son état, écrivain sans écriture et même sans queue qui à mes yeux participe de cette mise en scène honteuse, pornographique, considérée comme de l'art, de la violence, de la stupidité la plus crasse, de l'exploration des gouffres volontairement (espérons-le du moins) confondus avec des béances un peu moins profondes qui trouvera toujours quelque imbécile (ici, du Monde) pour nous expliquer son contenu symbolique forcément novateur, à la différence de cet apôtre et de sa ribambelle de clones autofictifs, Matzneff est un écrivain.
Heureusement encore, il y a quelques éclairs de lucidité comme celui-ci, déchirant des pages de très honnête prose, parfois, hélas, d'un copieux bavardage qui n'est, selon le reproche que Matzneff répète un bon milliers de fois à sa pauvre Gilda, que goût pour le solipsisme, moimêmisme indécrottable écrirait Renaud Camus. L'un de ces éclairs est même parvenu à me sortir de ma léthargie en enflammant des mots que j'avais cru consumés, sans réel pouvoir évocatoire, malgré l'évidente facilité d'écriture que Matzneff déploie dans ses Carnets noirs : «Si mes livres me survivent, je serai justifié. Si mes livres sont encore vivants cinquante ans, cent ans après ma mort, je serai justifié. Si mes livres meurent avec moi, je n'aurai été qu'un aventurier» (p. 109). Aventurier voire simple pécheur, sans la moindre grandeur d'âme que confère, au bourgeois le plus prévisible, l'aventure, la vraie. Allons allons, n'employons point des mots qui sentent leur catéchisme, car Matzneff semble écarter d'un revers de la main les paroles, pour le moins dures, qu'il a entendues dans un sermon prononcé à l'église de Saint-Nicolas : «On ne peut servir Dieu dans le péché et dans le vice. [...] C'est vrai concède l'écrivain, mais il est, simultanément, non moins vrai que l'Église est faite pour les pécheurs, non pour les saints» (p. 127).
En somme, puisque l'Église est faite pour les pécheurs, péchons ! Et c'est sur ce point que Matzneff m'a finalement déçu : ses Carnets noirs ne sont absolument pas sombres, noirs ni même ténébreux mais roses, trop souvent même d'un rose pâle et, s'ils pèchent, c'est par l'insignifiance d'une vie désormais hantée par la perspective de la mort que rien ni personne ne semble parvenir à combler. Certes, ces belles pages, parfois réellement touchantes, sont remplies d'une vraie, enfantine dirait-on joie de vivre (les détracteurs de Matzneff affirmeraient, eux, qu'elle ne fait que parodier l'innocence et ils ont raison en grande partie), du rappel des vieilles leçons grecques enseignant le culte de la bonne santé, des plaisirs simples de la vie quotidienne et de l'amitié qu'il faut savoir entretenir comme un jardin foisonnant. Les amateurs de Matzneff me rétorqueront, je n'en doute pas, que s'entend dans ces Carnets la fameuse petite musique de l'auteur, cette ritournelle un peu sotte que l'on déniche toutes les fois qu'un autre thème, plus consistant, plus mâle, est noyé sous des notes sautillantes. Mais où se nichent, cependant, entre tant d'évocations de petits déjeuners, de déjeuners, de dîners dans le tout-Paris que Matzneff connaît mieux que la croupe d'une de ses maîtresses, la tentation du vide, l'horreur de la vie, le dégoût du vice, le désespoir peut-être, l'intensité d'une vie réellement consumée, bref, non point l'élévation vers l'idéal mais l'abaissement vers la fange ? La fange selon Matzneff semble être celle, délicatement parfumée, provenant des charniers serbes ou irakiens : pourquoi ai-je l'impression, lorsque je lis les lignes où vous évoquez des carnages, cher Gabriel, de voir un paon faisant la roue là où un Goya griffonnerait fébrilement l'horreur ainsi dénudée, sans fard ?
Je pourrais commenter à l'infini certains passages de ces Carnets noirs mais il me faut tenter d'en donner une vision d'ensemble. Et cette vision est impossible, pour la raison que le livre, approchant de sa fin, me semble s'alourdir, devenir plus grave, se creuser de la belle pesanteur dont parlait Carlo Michelstaedter. Matzneff, à mesure qu'il écrit ces Carnets, me paraît entrevoir l'issue de son entreprise, même s'il reste bien des années de notes à publier. J'avais ainsi écrit, il y a quelques jours, dépité, exaspéré par tant de coquetterie contente d'elle-même, ces lignes, et je me dois à présent, continuant de lire Matzneff (ce qu'il dit, par exemple, de l'indifférence des intellectuels parisiens aux souffrances des Russes sous le communisme, pp. 358-9, est tout à fait exact), de les nuancer : «Mais où donc se cachent ces notations d'une extrême lucidité qui émaillent le journal d'un Cocteau c'est dire, voire, tout simplement, quelques traits de joyeuse méchanceté ? (2) Mais où trouver dans ces innombrables pages enchaînant les galipettes comme un coureur à vélo les coups de pédale une scène puissamment érotique, comme il y en a tant dans un autre journal (mais imaginaire), cette fois réellement sombre, de Joë Bousquet intitulé Le cahier noir, comme il y en avait tant chez Catulle Mendès qui inventa le personnage de la Lolita bien avant Nabokov et Matzneff ? Mais où dénicher, enfin, une réelle impudeur ? Après tout, et s'il m'est permis de me citer, il y a plus d'impudeur (donc la possibilité de m'exposer à quelque fameuse corne de taureau, selon Michel Leiris) et d'érotisme (je ne les confonds pas), réels ou phantasmés, dans l'un de mes textes que dans les cinq cents pages des Carnets noirs.»
D'une sensualité qui a les yeux bandés, comme celle de Pornocrates
Un point toutefois sur lequel mon jugement n'est pas même tempéré par les belles colères, fort nombreuses, que Gabriel adresse à celles qui l'ont renié et, le reniant, se sont arraché une partie de leur vie. Je ferai donc à l'écrivain le même reproche, peut-être le plus féroce, qu'il adresse à l'une de ses maîtresses : Gabriel Matzneff, dans ce livre, ne se montre absolument pas sensuel au plume et se contente de nous dire qu'il a peu ou beaucoup joui, qu'il a fait peu ou beaucoup jouir, comme il nous confesse qu'il a trop mangé et donc grossi ou bien retrouvé son poids de jeune premier (62 kg) et c'est absolument tout. Même les analyses, appelons-les simplement psychologiques plutôt que romanesques – puisque, nous le savons, ses amantes deviennent des personnages de fiction –, du caractère de ses maîtresses sonnent creux. Gilda n'est ainsi qu'une ravissante et exaspérante idiote obsédée par elle-même, une midinette se promenant apparemment, quelle que soit la météorologie parisienne et le lieu qu'elle arpente, perchée sur ses chaussures à talons extravagants, avec des bouts minuscules de tissu sur le corps ! Certes, mais il y a plus, ou bien cette pauvre fille n'est qu'une plaisanterie et, dans ce cas, lui consacrer des dizaines de pages est une stupidité.
Et puis, Gabriel Matzneff, pourquoi diable s'enticher (je maintiens ce verbe, quels que soient les aléas de votre relation avec Gilda), d'une aussi insignifiante péronnelle si ce n'est pour tenter de l'extraire de son navrant cocon de bavardage et de futilité ? Puisque vous avez fait de cette insupportable pécore le personnage principal, incontestablement, de vos Carnets noirs 2007-2008, pourquoi la rendre si peu consistante qu'un cachet d'aspirine en chasse le souvenir à jamais (sauf dans votre cerveau) ? Et puis, ne suffit-il point, une bonne fois pour toutes, à un amant, que dis-je un amant !, à un homme qui ne l'est point encore et qui prendrait un verre seulement avec telle possible future maîtresse pour savoir, presque immédiatement, quels sont les qualités de cette dernière et bien évidemment ses insupportables défauts et tenter ensuite, sans même vouloir absolument mettre cette jeune bécasse dans son lit (ou alors ne l'y mettre qu'une seule fois, c'est bien assez), de les rédimer lentement ou alors, de guerre lasse, de rompre, je veux dire, de rompre vraiment, pas de rompre pour quelques jours ou semaines avant de reprendre la molle rengaine des critiques !
Allons allons cher Gabriel, la lucidité, dit-on, vient avec l'âge et je ne vois, dans tant de vos pages des Carnets noirs, pas beaucoup de lucidité, du moins de celle, la plus terrible, qui s'exerce contre soi-même, ni même de maturité. Coucher avec une femme, mettre quelque sérieux dans cette seule activité (et Dieu sait que l'acte de chair ne peut que bien rarement se résumer à quelques échanges de caresses et de fluides, même si deux ou trois maîtresses s'allongent, par jour, dans votre plume), qu'elle soit stupide ou intelligente, c'est être embarqué, que vous le désiriez ou pas. À vous d'en assumer les conséquences plutôt que de vous plaindre comme si vous étiez un petit garçon privé de dessert à la table de Lipp. Matzneff, rompez donc, et pas seulement les rangs, cela, vous l'avez fait depuis belle lurette et il faut vous remercier de nous offrir votre belle liberté de fauve apparemment jamais rassasié. Mais il faut vous moquer, et plutôt rudement, d'être à ce point entiché de jeunesses le plus souvent décérébrées.
Vous leur tenez lieu de maître, au sens le plus noble de ce terme me direz-vous ? La belle affaire, vous prenez-vous donc pour Socrate ? Que peut donc apprendre une femme de vous quelle n'ait trouvé, si bien sûr elle sait lire, dans vos livres ? Rien. Il n'est même pas certain qu'elle parvienne, en vous connaissant, à mieux vous aimer qu'elle vous aura aimé en vous lisant, certaines rencontres ne valant que d'être imaginées, point vécues parce que, sitôt vécues, elles s'alourdissent du poids de la chair et de la volatilité des humeurs, elles confondent la chair de l'homme avec la chair phantasmatique mais pourtant seule véritablement réelle, de la littérature.
De l'envol, et du départ, et du silence qui est littérature
Gabriel Matzneff, vivez. Vous ne vivez pas. Ce que j'ai lu me fait croire que vous ne vivez pas. Pour vivre, vivre vraiment, il ne vous reste plus qu'à vous débarrasser de vos trop nombreuses attaches charnelles et, en les ayant rompues, en les revivant par la grâce d'un silence plénier, vous les captiverez de nouveau et, surtout, plus jamais ne les perdrez ! Ce sera cela, le palpable et le concret (cf. p. 372). N'avez-vous donc rien retiré de la lecture des mystiques ? N'avez-vous pas gardé en mémoire ces mots d'un gamin (à vos yeux et même aux miens désormais), Jean-René Huguenin qui écrivait dans son Journal ces phrases de feu : «Ce qui caractérise les faibles, c’est moins le goût de l’abdication, du laisser-aller, l’obéissance servile aux moindres désirs, qu’une espèce de penchant fataliste pour le recommencement, un désir d’éterniser, une tragique impuissance à rompre. Ils meurent de ne pas savoir tuer». Cher Gabriel, contrairement à ce que vous affirmez (cf. p. 269), le poète n'a pas, n'a jamais le dernier mot, même Arthur Rimbaud [l'un de mes oncles, selon votre terminologie] (opposé, dans ce texte que vous trouvâtes beau quand je vous le fis lire il y a quelques années, à Ernest Hello), même Arthur Rimbaud n'a pu réellement se taire, le pauvre, voyez l'écho, apparemment infini, que ses sèches missives d'Abyssinie provoquent chez nos contemporains cacographes ! Non ! Car ce n'est pas la littérature, ce ne sont point vos livres, même les meilleurs, qui sauveront de l'oubli et de la ruine vos amours déchues, oubliées, plus sûrement mortes que si elles n'avaient jamais existé. Vous le savez si bien que vous l'écrivez (p. 331) : «Claude-Michel [Cluny] tient son journal, moi le mien, Christian [Giudicelli], lui aussi, prend des notes. Cela nous donne l'illusion de fixer les visages, les baisers, les instants de bonheur, et de vaincre ainsi la camarde, mais comme nous sommes tous les trois d'une lucidité d'airain, nous savons que la victoire de la littérature sur la mort est une victoire à la Pyrrhus, et que nos poèmes, nos romans, nos journaux intimes, même s'ils feront battre des cœurs longtemps après que nous aurons disparu, ne ressusciteront pas les nôtres. Le boulevard du crépuscule est une voie à sens unique : on le descend, mais on ne le remonte pas».
C'est le silence qui, seul, peut-être puisque rien n'est donné et encore moins acquis, pourra constituer une arche, et ainsi non point garantir la Reprise qui a hanté, sa vie durant, un Kierkegaard et un de ses très grands lecteurs, Paul Gadenne, mais sa seule possibilité !
Taisez-vous Matzneff. Entrez dans le silence. Emportez vos belles colères (celle contre une de vos renégates, Aouatife, pp. 414-15) dans les eaux du silence car, oui, vous le savez mieux que quiconque, vos livres non seulement ne servent à rien (cf. p. 491), mais ne vous sont d'aucune utilité. Ils vous enchaînent. Vous êtes, comme Thibaud de la Jacquière, en train d'étreindre un corps pourri, sans même paraître vous en rendre compte ! Oubliez-vous, oubliez même, cela est plus difficile, voyez Bernanos qui cessa d'écrire des romans pour se consacrer à des textes polémiques, oubliez même vos créatures de papier (cf. p. 402) qui paraissent vous hanter comme si elles étaient les goules grimaçantes d'un mauvais rêve. Emportez dans votre silence toutes ces femmes que vous avez aimées sans relâche et que vous avez finalement si peu aimées puisque vous avez brûlé votre corps à d'autres corps que ceux de vos maîtresses favorites. Tuez-vous, Matzneff, tuez-vous véritablement, je veux dire, certes pas en suivant la leçon scrupuleuse de votre maître Sénèque ! Le suicide, fût-il inspiré par la haute geste stoïcienne, ne libère d'absolument rien mais enchaîne l'homme qui se tue (et que dire des proches qui lui survivront) dans le cachot de la fatalité. Tuez-vous vraiment, et ce songe suicidaire s'évanouira comme neige au soleil. Tuez-vous, arrachez de votre chair dont vous prenez un soin ahurissant, maniaque, ridicule, cette diabolique écharde qui vous paralyse et vous cloue à une roue et non à une croix de plaisirs aussitôt évanouis que prodigués ou reçus ! Tuez le vieil homme, débarrassez-vous de cette vieille peau qui paraît plus fine que celle d'un nourrisson, de cette mémoire plus vieille et épaisse que si elle appartenait à un de ces hommes fabuleux hantant les débuts de l'histoire selon la Bible (et qui finissent piteusement, voyez les immortels de Borges), larguez les amarres (n'avez-vous pas répété, à l'envi, Navigare necesse est, vivere non necesse) et surtout, surtout, ne vous retournez pas, celles et ceux qui se retournent sont maudits ! Ce sera alors, pour vous puisque je me moque de vos lecteurs dont certains paraissent à tout prix, sachant même qu'ils en souffriront inévitablement, vouloir devenir tel ou tel de vos personnages, ce sera alors, mais cette fois-ci réellement, l'apothéose du déracinement comme l'écrivait Chestov !
Vous avez peur mon cher Gabriel, et ne devriez pas avoir peur. Vous avez peur parce que vous êtes incapable de vous défaire de cette ultime idole, la plus précieuse et exigeante, cette maîtresse très fidèle, la plus fidèle que vous ayez connue, celle pourtant que vous n'avez jamais touchée, pas plus qu'un autre écrivain : la littérature. Relisez le livre de Colosimo qui écrit (p. 207) : «Sainteté, perdition : la polarité c'est l'homme». Vous n'êtes ni dans l'une ni dans l'autre mais dans le rêve de l'une et la nostalgie (le plus clair de votre temps : l'ignorance) de l'autre. Élancez-vous Matzneff, décidez-vous à le faire (et la «sainteté, c'est la décision», cf. p. 344), abandonnez une bonne fois pour toutes l'Europe aux si vieux parapets, vous en connaissez chaque troquet, chaque rue, mieux que si vous ne les aviez arpentés durant des siècles, embarquez-vous, c'est un gamin, moi à vos yeux, qui vous l'écris parce que vous ne faites rien d'autre dans ces Carnets moins noirs que crépusculaires, moins crépusculaires que mélancoliques, hélas, que de mourir à petit feu, ce qui n'est pas vraiment vivre, ou vivre si peu, ou alors vivre avec la claire certitude que vous vous perdez en vous conservant intact, étrange et touchant monstre dont la mémoire paraît sans faille, dont le corps est une prison et la langue un poids mort, insupportable, elle qui a tant servi à écrire, à parler, à embrasser. Je n'affirme pas, connerie pas même véritablement nietzschéenne, que vous aurez bouclé, alors, la boucle, puisque ce départ serait renaissance, naissance véritable et non point grotesque recommencement ou retour. Ne visitez pas, comme tel personnage du Soleil de Satan de Bernanos (Antoine Saint-Marin je crois), la cellule misérable du saint de Lumbres, en espérant y découvrir le choc vital qui lui fera de nouveau goûter l'écriture, devenez-le, ce saint ! (3).
D'un écrivain qui se confesse, d'un théologien qui ne l'absout pas
Les lectrices, les lecteurs de Gabriel Matzneff, et Dieu sait que, comme il en va pour Marc-Édouard Nabe, ce type d'écrivain nourrissant sa littérature des événements les plus intimes de sa vie personnelle qu'il expose par ailleurs dans un Journal, peut susciter de réactions hystériques, me reprocheront sans doute de n'avoir point vu les innombrables subtilités qui émaillent ses Carnets noirs, les constantes et très fines allusions à tant de ses livres, d'être passé outre la critique que Matzneff adresse lui-même à ses lecteurs (des crétins dit-il d'eux, p. 192) lui reprochant d'être monotone, bref, de n'avoir point suffisamment tendu l'oreille pour écouter sa petite musique. Peut-être, oui mais je tente de critiquer ce volume des Carnets noirs comme un ouvrage en soi ce qui, tout compte fait, est bien plus difficile que de le disséquer en l'étalant au milieu d'autres cadavres de livres. Et puis, faut-il avouer que je ne suis pas, à franchement parler, un matznévien endurci, encore moins béat, cette dernière catégorie constituant, de fait, la pire engeance lorsqu'il s'agit de juger un texte littéraire, mais je n'ai aucune gêne à affirmer que je trouve tout de même certains de ses textes polémiques d'une autre envergure que ces, paraît-il, impudiques Carnets noirs.
Je ne puis, quoi qu'il en soit, pardonner une chose à l'écrivain de grand talent qu'est Gabriel Matzneff : la rareté de ses réflexions sur l'écriture et sur la littérature et je ne m'étonne à vrai dire même pas de constater que c'est bel et bien dans l'essai théologique et politique de son ami, Jean-François Colosimo, que j'ai trouvé de remarquables passages consacrés à la littérature, singulièrement aux exemples de Dostoïevski anticipant le cas de Netchaïev et de Nietzsche qui, avant de sombrer dans la folie, a rejoué l'une des scènes imaginées par le génial romancier. Je recopie ce long passage du livre de Colosimo : «Puissance prédictive de l'écrivain en tant qu'artisan du prévisible ? Singulière lucidité que l'épilepsie devrait au «haut mal» au mal sacré dont il a donné l'une des plus saisissantes descriptions cliniques ? Intempestivité critique, plutôt, du philosophe (du seul vrai philosophe russe, selon Berdiaev) ? Ou simplement charisme du prophète ? Comment savoir ? Avec Dostoïevski, l'on hésite forcément, tant le roman s'impose, au-delà de la littérature, comme la continuation de l'Histoire sainte par d'autres moyens. Théologien, alors ? Oui et non. Oui, si l'on se souvient que la première théologie, biblique, est narrative. Non, si l'on admet que le romancier échappe à l'apologétique. Théologien politique, peut-être ? Non, sauf à considérer que l'exercice vaut par son inévitable faillite, que la meilleure réaction intellectuelle se retourne en avant-garde esthétique – comme le montreront à la suite Eliot, Pound, Céline, le Bernanos de Monsieur Ouine (4), et Mishima. Disons plutôt : porte-parole du Tiers-exclu, du Dieu assassiné, de l'encombrant cadavre paternel autour duquel se presse, convulsive, tourbillonnante, l'humanité rendue à elle-même et elle-même à l'agonie, dont il se fait en retour le greffier pour compiler, dans toute sa textualité, l'évangile nihiliste» (5).
C'est dans le chapitre suivant (pp. 195-6), intitulé Peuple criminel, nation théophore, que Colosimo, sans bien sûr s'en douter (est-ce si sûr ?), nous donne la clé de l'énigme matznévienne en poursuivant son analyse des romans de Dostoïevski et en évoquant sa figure centrale, le Christ bien évidemment. Il écrit ainsi : «C'est là où, pour [l'écrivain russe] qui ne fait que suivre la plus stricte orthodoxie, la foi suppose le renoncement à la croyance, le choix de Dieu sa désertion, et l'union la séparation. Retournons au peuple russe qui sait cela, même s'il ignore comment il le sait et ne sait pas le dire autrement que par sa vie, cela même que les Chappe, Corberon, Masson, Georgel [des contempteurs de la Russie qu'ils ont visitée] avaient noté sans le comprendre (les assassins, les adultères, les prostituées qui se signent avant d'agir, qui connaissent le Christ exalté dans les cieux comme le Christ descendu aux enfers).»
N'y aurait-il pas, ainsi, comme occultée, dans ces Carnets noirs, une position de Gabriel Matzneff que nous pourrions dire christique, dans son refus même, parodique ou plutôt anti-christique, de la douleur et de la souffrance, de la solitude et de l'abandon ? Ce n'est là qu'une hypothèse de lecture (6) mais c'est la seule, je crois, qui sauve la vie de Matzneff d'un marivaudage qui n'a même pas la grandeur du péché et confère un peu de dignité aux dernières années, dorées par le soleil couchant des magnifiques souvenirs et des corps étreints, d'un écrivain.
Ce que Gabriel Matzneff attend et ne nomme pas, cela ou plutôt celui qui serait le seul capable de lui apporter «quelque chose d'inattendu, de captivant» (p. 177), de résumer en les glorifiant la multitude des femmes aimées dont le souvenir, parfois cruel, parfois bafoué et renié par celles-là mêmes qui furent aimées de l'écrivain, menace de le faire exploser (cf. p. 175), c'est le Christ consolateur. Le seul problème, mais de taille est que, si j'en crois Jean-François Colosimo (7), pour les chrétiens orthodoxes, le miracle, une bonne fois pour toutes, s'est non seulement accompli en s'incarnant mais reste présent pour qui veut ouvrir les yeux.
Espérons qu'un peu d'eau, peut-être celle de Siloé plutôt que celle de la mer de Phénicie (8), ouvre les yeux de Gabriel Matzneff, qui a vu tant de choses et ne voit finalement pas cela seul qui compte : s'oublier.
Notes
(1) L'Apocalypse russe. Dieu au pays de Dostoïevski (Fayard, 2008), p. 147. Ce livre, édité par Fayard, m'a été offert et dédicacé par son auteur. Jean-François Colosimo, qui a un réel talent d'écrivain, devrait ne pas trop le gâcher en jouant au journaliste qu'il n'est, fort heureusement, pas. Je fais référence à cette bizarrerie stylistique répétée, dans ce bel ouvrage, un bon millier de fois, consistant à poser une question artificielle pour préparer une réponse qui ne l'est absolument pas.
(2) Comme celle-ci, écrite à la date du 15 février 1956 : «Julliard devrait mettre au point le poème prénatal. Le docteur colle son oreille au ventre de la femme enceinte. Peut-être pourra-t-il recueillir quelques vagissements de bonne vente», Jean Cocteau, Le Passé défini, Journal, t. V (Gallimard, 2006), p. 61.
(3) Je ne sais plus vraiment dans quel dépotoir (ah si, mais comme j'ai dit que je n'évoquerai plus cet éditeur-blogueur...) j'ai lu le commentaire d'un verbeux crétin qui a cru bon de faire remarquer que j'avais conclu mon article sur La Possibilité d'une île de Michel Houellebecq par des bondieuseries (sic) alors que mon texte, débordant bien évidemment le cadre étroit de la seule critique littéraire, va au fond des choses en constatant que, à moins de se répéter (ou de basculer entièrement dans la science-fiction), Michel Houellebecq ne peut écrire une suite à son dernier roman. Il est vrai que la voie dite littéraire suivie par un autre romancier, Maurice G. Dantec, dont j'avais annoncé le retour à la foi, aurait dû m'inciter à plus de prudence... Peu importe, si l'office du critique littéraire est celui de la vigie selon Sainte-Beuve, il faut donc indiquer le cap et pas seulement annoncer ce que tout le monde ou presque a déjà vu, n'en déplaise aux imbéciles pour lesquels Genette est né et a écrit.
(4) Cette remarque est bien sûr profondément fausse. Aucune «avant-garde esthétique» dans le dernier roman de Bernanos et encore moins de faillite inévitable. Montrer le Mal, c'est justement montrer qu'il n'est pas, ce que Bernanos a su faire mieux que tout autre avec Monsieur Ouine.
(5) Jean-François Colosimo, op. cit., pp. 176-7.
(6) Certes confortée par de nombreux passages où Gabriel Matzneff évoque sa solitude de plus en plus réelle, dramatique, le fait aussi qu'il a, aux yeux de la société, raté sa vie (cf. p. 177).
(7) Colosimo, pages 216-217 de son ouvrage, oppose le «temps messianique [catholique], de l'attente à combler, sous le signe de l'action et le contre-temps eschatologique [orthodoxe, d'une eschatologie réalisée, l'auteur souligne], de la pleine présence, sous le signe de la contemplation».
(8) Voir Le Carnet arabe (La Table ronde, coll. La petite vermillon, 2007), p. 217.
Commentaires
Cher Juan,
Merci de m'avoir prévenue. En tant que profane, c'est en toute humilité que je me permets de dire que c'est ce qui s'appelle savoir lire vraiment un livre et le commenter.
Je vais sans doute vous dire la chose la plus idiote que j'ai jamais pu dire de ma vie : j'ai beaucoup de mal à croire que vous n'avez que 43 ans. (!!!)
Prions pour que Gabriel Matzneff ait la force de ne pas se désespérer, car nombreux sont ses lecteurs qui depuis fort longtemps pensent qu'il se retirera un jour dans un monastère.
Savez-vous ce qu'il a ressenti après avoir lu cet article, je devrais dire, ce grand travail en profondeur ?
Post Scriptum : je vais de ce pas commander le livre de Jean-François Colosimo, et sans doute relire les Carnets, lesquels "bien évidemment", je n'ai lus que de manière trop émotive.
Comment faire pour que ce travail soit divulgué au plus grand nombre ?
Vôtre dévouée,
Véra
Écrit par : Véra S. | 31/03/2009
Eh bien, ma chère Véra, je crains de devoir accroître votre scepticisme en vous disant que je n'ai pas 43 mais 38 ans, ce qui à mes yeux est largement suffisant !
Pas de nouvelles de Matzneff, bien que je l'aie directement prévenu par "émile"...
Pour le reste : ma chère, nous somme sur la Toile, donc il est tout de même assez facile, quand on le souhaite, de faire connaître au plus grand nombre un texte !
Écrit par : Stalker | 31/03/2009
Je ne sais si c'est le fait d'être reconnu en ce moment, mais franchement vous prenez votre envol Stalker. C'est de très haut niveau. Votre style a gagné en pureté et limpidité, en précision, avec la petite touche de recul et d'humour qui me manquait. Avant il y avait pour moi, en toute subjectivité, un trop grand décalage, entre le Stalker des blogs, souvent léger, cruel, violent, mais tout de même drôlatique, et votre site, noir, austère et très sérieux. Je m'y retrouve mieux maintenant, un meilleur équilibre des forces. Merci.
Écrit par : Et bien chapeau bas | 01/04/2009
Gabriel Matzneff sera à la librairie Kléber de Strasbourg le jeudi 16 avril prochain à 17h30 et évidemment je lui parlerais de ce texte, pour qu'il en fasse un commentaire durant notre débat...
Écrit par : Laurent Husser | 01/04/2009
Bonjour Juan,
je tenais à vous féliciter pour avoir été cité à l'édition spéciale. Bravo!
Je trouve que c'est mérité.
Bien à vous,
Nadja.
Écrit par : Nadja | 01/04/2009
Ce n’est plus de la critique littéraire mais le jugement de D. ! Avoir tant de clairvoyance, c’est presque effrayant.
Ce qui s’annonce comme un démembrement, la découpe blanche des artifices, parades, dérobades et pirouettes, réussit la célébration de l’homme ; Matzneff ressort de tous ces traitements corrosifs nu, vraiment beau.
Rendons à César ce qui lui appartient : par un gracieux jeu de lumières, Matzneff magnifie celui qui le regarde.
Écrit par : Macha | 01/04/2009
Diantre, vous dites qu'il survit encore dans son journal ! ?
Mais vous voyez bien que s'il ne s'est pas oublié (quelle idée, d'en faire un mot de la fin...) c'est parce qu'il n'y a personne pour le retenir si ce n'est son journal. Certains en vivent.
Écrit par : hélène | 01/04/2009
Véra : relire les Carnets ? Quel courage !
Nadja : merci mais votre commentaire est hors-sujet ET en sacré retard.
Hélène : c'est bien le problème, Matzneff ne s'oublie jamais et un grand auteur est à mes yeux un auteur qui s'oublie.
Macha : vous êtes bien gentille mais Matzneff ne m'a absolument pas magnifié, juste déçu, parfois touché, rien de plus. S'il y a transfiguration, elle doit ou devrait être à chercher du côté de Matzneff (mes lignes provoqueront-elles quelque chose chez lui ? Nous verrons bien).
Laurent : merci. Je n'ai pour l'heure reçu aucune réponse de l'intéressé.
Écrit par : Stalker | 01/04/2009
Frappez, et on vous ouvrira (Matthieu, VII, 7).
Je partage l’analyse de « l’obligeante Véra » (Carnets noirs, p136) sur la qualité de votre texte. Même si je vous trouve dur en invitant l’auteur à vivre, celui qui s’appuyant sur Sénèque ne cesse de rappeler « facere docet philosohia, non dicer » (XXéme Lettre à Lucilius).
Dans sa préface au Taureau de Phalaris (La petite vermillon, 1194), Gabriel Matzneff précise : « L’impassibilité, je n’en suis sans doute pas capable ; en revanche, le courage est une vertu que je possède ou que, si je ne l’ai pas encore, je puis tenter d’acquérir », cette vertu ne s’acquiert-elle chaque jour de nos vies ?
Une critique cependant, lorsque vous préconisez : « surtout, ne vous retournez pas, celles et ceux qui se retournent sont maudits ! », alors que G.M. insiste sur l’importance de la mémoire…il faut trouver le juste et fragile équilibre.
A la suite de la lecture enrichissante de votre texte, je ne vais pas acheter le livre de Jean-François Colosimo, du moins pas tout de suite, je suis bien davantage tenté par la découverte de Cormac McCarthy et du Monsieur Ouine de Bernanos…
Respectueusement,
Frédéric Kieffer
Écrit par : Frédéric KIEFFER | 01/04/2009
Juan : du courage ? Mais c'est de votre "faute"...
Vous dites être "touché, rien de plus " ? Cela vous en coûterait, n'est-ce pas, de dire : "touché, tout court" ? En revanche, je me permets d'ajouter, sans flagornerie, que votre remarquable exorde n'a rien gagné par les diatribes que vous réservez à Léo Scheer.
J'y ai songé cette nuit. Vous êtes un brillant critique littéraire, pas celui des éditeurs que je sache. Je ne crois pas que le fait d'humilier soit porteur.
Comme dit si bien Macha, le jugement divin est une tâche bien périlleuse. J'espère que Gabriel Matzneff aura l'humour qui lui sied pour vous dire que vous êtes un sacré jeune mais sympathique freluquet !
Écrit par : Véra | 01/04/2009
Véra, que les choses soient parfaitement claires entre nous : étant donné les tombereaux de merde que certains imbéciles, le plus souvent anonymes, déversent sur moi sur le blog de LS, vu le temps que vous y passez, avec d'autres d'ailleurs qui me lisent, j'estime que toute personne venant commenter sur Stalker, y trouvant certains plaisirs de lecture et continuant de traîner sur ce lamentable blog, sans bien sûr m'y défendre (je ne puis y poster) est pour moi un moins que rien.
Je ne vais tout de même pas être grandiloquent à la Matzneff et employer le terme de renégat mais l'idée y est : Stalker et Léo Scheer, c'est le zénith et son nadir, tout nous oppose, absolument tout, et d'abord ce que nous entendons par littérature.
Véra, vous écrivez une grosse bêtise car un critique doit aussi dire ce qu'est la littérature (ou alors c'est un critique à la Bernard Quiriny et sa multitude innombrable de clones, autant dire un zéro pointé), du moins défendre la conception qu'il s'en fait, et Léo Scheer ne défend rien, rien du tout si ce n'est une littérature pour pétasses à prétentions intellectuelles, rien du tout hormis quelques ouvrages d'écrivains en difficulté pour trouver un éditeur (Nabe, extraordinairement surestimé par une clique de merdeux incultes), donc des ouvrages dont il flaire l'infréquentabilité, autant dire le nombre de ventes possibles et, moins que cela parfois, les articles de presse.
En bref, il veut qu'on parle de lui, c'est un homme venant du monde de la publicité je vous le rappelle, on ne se refait pas !
C'est qu'il me paraît difficile de défendre les livres de Nathalie Rheims, Angie David et combien d'autres nanardeuses auteuses et venir ensuite nous dire qu'on respecte ses lecteurs.
Tirez-en toutes les conséquences que vous jugerez bon de tirer.
Mais revenons à ces Carnets noirs : Matzneff, l'homme, m'a touché, bien moins que l'écrivain.
Il y a donc échec à mon sens si je vois davantage la misère de l'homme que celle, magnifiée, exaltée, de l'écrivain. Mais vous me répondrez qu'il s'agit d'un Journal, certes, et vous n'aurez pas complètement tort...
Écrit par : Stalker | 01/04/2009
Life is hard and then you die (It's immaterial, 1986)
Écrit par : Frédéric KIEFFER | 01/04/2009
Au lieu d'essayer de remettre Matzneff dans le droit chemin avec vos sermons, lisez la Confession négative de Richard Millet, auteur d'un peu plus de poids, je crois, que ne l'est l'amateur de petites culottes cité plus haut. La presse dite spécialisée n'en parle presque pas, comme si une conspiration du silence planait autour de ce livre, alors que voici déjà deux-trois mois qu'il est sorti.
Pour tout dire, j'attendais une critique de vous après celles que vous avez faites de ses pamphlets, mais comme elle n'est pas venue, je me permets de prendre les devants et de vous interpeller sur le sujet.
PS. Apparemment vous vous êtes trompé de livre. C'est celui de Colosimo dont vous auriez dû parler. Ce que vous en dites dans votre article est de loin le plus intéressant, votre talent hors de cause.
Écrit par : Fantasio | 01/04/2009
Fantasio : en effet, je n'ai pas encore évoqué Millet, faute de temps et parce que les précédents ouvrages de cet auteur, évoqués, ici, vous avez parfaitement raison, ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable.
Cependant, comme vous n'êtes pas le premier à me demander cela, je vous promets de l'acheter dès que possible.
Pour le moment, je lis... le dernier ouvrage signé Meyronnis/Haenel, mes grands amis !
Sur L'Apocalypse russe : votre déduction est la bonne, et c'est bien la raison pour laquelle j'ai rapproché ces deux ouvrages.
Quoi qu'il en soit, je consacrerai à ce livre une note prochaine, sans doute la suite d'Au-delà des décombres...
Écrit par : Stalker | 01/04/2009
Dans un journal intime, on ne peut s'oublier. On ne s'oublie que dans un grand roman ou un poème. Même Paul Gadenne ne s'oublie pas dans "La Rupture": il cherche à se tuer. Celui ou celle qui est déjà mort(e), en gardant l'apparence d'un(e) vivant(e), ne peut plus se tuer. Qu'il ou elle se suicide ou pas, c'est pareil.
Écrit par : N. | 01/04/2009
on n'oublie pas millet richard blin lui a accordé deux pages sur le matricule des anges,et j'en ai lu cent pages,et je ne sais pas si sa confession négative n'est pas seulement une construction plutôt qu'un aveu,la plus belle chose est :je ressassais le début de tête d'or,"Me voiçi,Imbécile,ignorant,Homme nouveau devant les choses inconnues...",le rouge aux joues,le regard perdu dans le brouhaha de la langue arabe,Claudel,m'aidaient ici à franchir le seuil du restaurant comme Malraux m'aidait à me sentir français,ou Bloy et Bernanos à détester le matérialisme du monde moderne,la littérature me permettant d'exister au delà de mon corps...
le livre me déçoit dans sa négativité,il me parle pas pour l'instant,pire je crois (pour l'instant et pour moi) qu'il me ment,me rend triste,Claudel où qu'il soit entre autrement,et la confession doit être parole,pas seulement se salir,se dégouter,même négative.
Écrit par : bob | 01/04/2009
Je n'ai pas pensé à faire un florilège des plus belles phrases de La confession négative. Toutefois, en faisant une brève recherche sur le Net, je tombe sur celle-ci, sublime : « L’être humain n’est qu’un crachat sur le trottoir du Temps. » (!!!) Il faudrait tout citer de toute façon, c'est peine perdue.
Un écrivain est là pour dire sa vérité, toute sa vérité, aussi laide soit-elle et quoi qu'il lui en coûte. Je ne comprends pas vos reproches, bob (bob ! bob ! oh le fier nom à hurler d'allégresse !). À aucun moment je n'ai eu l'impression que Millet mentait ou trichait sur lui ou sur les autres. Tout au contraire.
Il est vrai qu'on a rarement poussé l'auto-dénigrement, la haine de soi et le mépris des hommes en général à un tel degré. Mais pour ma part j'ai lu peu de livres de contemporains aussi forts, aussi terribles que celui-ci. Je m'arrête là. Ce n'est peut-être pas le lieu ni le moment pour en parler si vous n'en êtes qu'au début...
Écrit par : Fantasio | 01/04/2009
Lu, d'un certain IF qui n'ose pas venir l'écrire chez moi, cette petite tirade extraite du blog de Léo Scheer, que je copie/colle sans en changer une lettre (bien sûr).
Avant censure, dont je le sauve à nouveau, Stalker me dit : "Et IF dans le rôle du juge impartial, cet eunuque argumentatif a dû être payé par les ELS ou alors c'est un de ces curés défroqués qui décidément sont nombreux sur ce blog. (...) Inutile de dire que vous ne trouverez nulle part ailleurs un texte comme celui que j'ai consacré aux Carnets noirs de Matzneff."
Il est fort tard, j'ai bien peu dormi mais bu un bon "flacon" de Bourgogne, me voilà donc disert. Vous aurez la gentillesse de me pardonner cette tirade, et d'en oublier les fautes.
Mon cher JA, je me sens atteint, cette fois ; car en fait de "curé défroqué", je fais confiance à votre goût, et mieux à votre sang. Cette recension des Carnets noirs, je voulais la commenter sur votre blog, mais puisque vous me laissez l'opportunité de le faire ici, je vais éviter de salir mes belles chaussures en même temps que d'augmenter votre blog rank (ah si, tout de même, il ne sera pas dit que je suis étroit d'esprit au point de ne pas ajouter ma part au compteur qui fait votre plaisir du matin). Puis, vous savez, je ne goûte pas les subtilités de l'art d'écrire sous la persécution, je m'exprime sans prudence là où je le peux, c'est-à-dire là où la censure me le permet, et vos "commentaires modérés" ne m'agréent pas de ce point de vue, alors que Léo ne m'a jamais raturé une ligne, même en des temps plus troublés. (Sans m'avoir versé un centime, cela va de soi, mais je vous laisse volontiers dans nos échanges le monopole de cette pratique de l'insinuation, en m'amusant de l'époque où vous entriez en fureur sur les allusions à votre supposée profession de trader, aluusions que je trouvais dénuées moindre intérêt, il va sans dire).
Impossible pour vous de commenter directement les Carnets noirs, en fait, il faut que vous y mêliez tout de suite du Colosimo, sous le motif que les deux amis se citent, mais derrière le subterfuge, il y a cette évidence de plus en plus aveuglante lorsque le texte défile : Matzneff est un nouveau prétexte, celui d'une grenouille voulant devenir boeuf, ou d'un critique oscillant entre la leçon de morale (Vraie), le cours de littérature (Vraie) et l'édification métaphysique (Vleue). Car enfin, hormis deux ou trois aumônes à l'Archange – les catholiques sont toujours fiers en même temps qu'avares de ce genre de charité – sur quelques figures de styles ou passages réussis, que faites-vous dans cette critique, dès le quatrième paragraphe ? Eh bien ma foi, vous expliquez in fine à Matzneff ce qu'est un écrivain, un sage, un saint, un martyr. Merci pour lui, il se contentait de la première vocation et il y a réussi évidemment sans le tampon administratif de votre autorisation mystique et grotesque à en revendiquer le titre, il a quelques milliers de pages au compteur (la "petite musique" qui vous ennuie, en fait, et que vous préférez donc ignorer en choisissant d'extraire ce dernier volume de Journal de tout le reste, vous qui vous flattez de lire absolument tout des écrivains que vous aimez, et donc d'abandonner les autres à des lectures nettement plus relâchées, ce qui n'ôte rien au ton définitif de vos jugements).
"Allons allons, n'employons point des mots qui sentent leur catéchisme" écrivez-vous, dans un "éclair de lucidité" (le vôtre, pas celui que vous accordez chichement à GM), lorsqu'il vous paraît à vous-même, c'est tout dire, que votre logorrhée manque de sel, et votre salmigondis de poivre. Mais cela n'empêche pas la vieille mayonnaise (©) de prendre, un peu d'huile, pardon, d'oint de dieu ici, un peu d'oeuf accouché d'une sainte en extase là, et c'est parti pour l'essentiel du texte (69% à vue de nez, estimation pornocrate), à savoir une longue tirade sans le moindre intérêt sinon analytique / obscène, où vous expliquez en substance que GM ne vit pas, qu'il a peur, qu'il ne devrait pas se faire honorer le dard par des décérébrées, qu'il ne pense pas assez à la littérature, et si l'on suit votre raisonnement, qu'il devrait sûrement devenir obèse, se branler dans le désert d'un monastère et pourquoi pas se réjouir d'un bon mélanome malin, tout cela lui donnerait l'excellent goût de "l'abaissement vers la fange" qui lui manque tant. Bref, vous expliquez à Matzneff qu'il ne devrait pas être Matzneff. Chapeau. Nous n'avons que deux ou trois ans de différence, mais je crois me souvenir que je raisonnais ainsi lorsque l'acné fleurissait sur mon front et lorsqu'il me paraissait absolument incompréhensible que le monde (ici la Littérature) ne tournât pas autour de mes idées (ici votre âme, vers le barycentre du slip et du cerveau que l'on appelle communément le nombril, mais bien sûr je vous le reconnais, un nombril plissé et replissé à vous être courbé des heures, des jours, des mois de lecture dans la chambre à monofocale où s'est fixé lentement votre idéal littéraire). Et puis donnez un conseil de silence à un écrivain qui écrit noir sur blanc qu'il a publié son dernier journal, son dernier essai, son dernier roman, vous admettrez qu'en terme d'audace, ce n'est pas très loin de l'invention de l'eau tiède.
Cela fait cinq ou six fois que je vous lis sur des auteurs que j'ai lus – j'ai parlé ici de McCarthy et Houellebecq, de Matzneff maintenant, il y en a d'autres –, cinq ou six fois que je ressens la même impression. Dans le cas de GM, c'est plus criant encore : vous n'aimez pas au fond ses maîtres grecs et latins de sagesse préchrétienne (à cent pas je renifle en vous ce prêtre qui jouit de la saleté du monde, cette absence d'oeil grec et innocent, et si je le renifle si bien, j'en suis peut-être déjà contaminé, après tout), vous n'avez qu'une seconde main sur l'expérience de son orthodoxie, vous avez en horreur son goût de la chair simple, joyeuse, épicurienne, hédoniste ou finalement "pornocrate", et donc forcément, vous êtes presque totalement étranger à cette expérience littéraire et existentielle que Matzneff mène depuis une grosse cinquantaine d'années et petite quarantaine de livres. Fort bien, alors passez votre chemin au lieu de cet enième exercice de religiosité contrariée appliqué à tout ce qui passe sous votre optique déformante, un exercice tellement doctrinaire et obstiné qu'il devient à peu près aussi instructif qu'une lecture dialectique-matérialiste de Maître Eckhart ou une critique lacano-structuraliste d'Edith Stein.
Vous écrivez : "je ne suis pas, à franchement parler, un matznévien endurci". On le sait, on le voit, mais on s'en fout, mon cher JA, car nous savons tous que vous être en tout et pour tout un Asensien endurci. Et je vous en félicite d'ailleurs. Cessez donc de grimper sur les épaules de plus grands ou plus anciens que vous pour hurler dans le désert désenchanté, cessez donc de prendre en otage cette Littérature fantasmée pour justifier le rôle faussement humble de la mouche mystique du coche décadent, et puisque vous êtes dans la force de l'âge, créez donc, cher Asensio, créez enfin ou taisez-vous, et rejoignez ce silence que vous conseillez aux autres, c'est-à-dire à 90% de ceux qui ont l'obstination de se dévoiler par l'écriture, et qui forment, pour le meilleur ou pour le pire, la littérature sans majuscule des siècles qui passent.
PS : j'inaugure ainsi le nouveau régime des inimitiés croisées, où l'on se répond d'un blog l'autre mais dans l'asymétrie des commentaires, vous aviez commencé avec mes "bondieuseries", et pourquoi pas, c'est drôle. Je m'attends à des révélations terribles sur mon identité, ma vie sexuelle, mon régime gastronomique, peut-être même les souffrances de mon chien.
Écrit par : IF | 02/04/2009
IF, vous ne postez pas chez moi parce que vous êtes un trouillard, étant donné que je n'ai jamais touché une lettre des commentaires qui me sont envoyés.
Votre critique, réputée imparable par quelques pékins qui ne savent pas lire, est relativement honnête dans sa bêtise à front de boeuf.
Honnête, ce qui suffit à vous distinguer, ici, des insulteurs, des clap-clapeurs qui ne comprennent rien, des autres, silencieux, espérons-le un peu plus malins que les plus bruyants.
Car enfin, vous voici consanguin dans votre mauvaise foi : il n'y a pas de subterfuge, j'ai vraiment commencé le bouquin, excellent, de Colosimo, au moment de recevoir celui de Matzneff. Je les ai donc lus en même temps, et, oui, avant que l'un l'autre ne se citent, il m'a semblé que l'on pouvait juger (soulignez ce terme) les termes de l'un, Matzneff, sous l'oeil impartial de l'autre (Colosimo).
Pourquoi juger Matzneff me direz-vous ? Diable, parce que lui-même exige qu'on le juge à la lumière non pas de la religiosité qui me serait chère (vous n'en savez rien, vous en savez sur ce point autant que sur ma profession dite de trader !) mais à celle de l'orthodoxie qui LUI est chère, qui leur est chère ! Et cette orthodoxie, du moins telle que Colosimo la comprend, est dure, DURE. C'est elle qui fait que Matzneff, à ses propres yeux, est un pauvre homme. Pas un pauvre type, un pauvre homme : pécheur, comme nous tous. Mais lui a la force de s'extraire de sa vie insignifiante, jouisseuse si vous y tenez.
Je n'ai rien contre la jouissance; je m'amuse en revanche des sybarites érigeant la jouissance en mode de vie. Qu'ils passent donc à autre chose : si la jouissance n'est pas quête acharnée de Dieu, elle n'est qu'amusement avec le cul des Gilda. C'est bien, mais c'est peu, surtout pour Matzneff qui est un vrai écrivain (ai-je donc affirmé le contraire ?).
Du reste, je m'en entretiendrais avec l'un des deux au moins, demandant à Jean-François s'il n'a pas écrit son livre en pensant beaucoup à Gabriel. Très certainement : pour bien connaître l'homme, il y a, chez lui, du guide spirituel. inflexible, dur, mais juste.
Continuons dans la dissection du pseudo-dissecteur IF : vous me dites de ne pas grimper sur les épaules d'un géant mais enfin, mon pauvre lecteur à un seul oeil (et voilé d'une taie), le boulot d'un critique, n'est-ce pas justement cela, ou plutôt, pour corriger vos dires : n'est-ce pas, en s'exposant SOI-MEME à la corne de taureau, donner un enseignement qui dépasse le cadre de la petite étude littéraire et du commentaire composé de mes années de prépas ?
Car il y a bien sûr de l'autoportrait dans mon texte, quelques-uns de mes lecteurs, sans doute moins doués que vous, l'ont vu : pas vous.
Il est donc bien évident que je ne m'exclus pas de ce que je demande à Matzneff de faire : d'où la forme dialogique, à tel moment de mon texte, puisqu'il faut tout vous expliquer.
Je reviens à ce commandement qui peut sembler, de ma part, folle outrecuidance : c'est Matzneff lui-même qui, écrivant, ses Carnets, demande, du moins implicitement, que la figure du lecteur soit celle d'un Jean-Baptiste Clamence, à la fois JUGE ET PARTIE.
Je suis les deux et c'est la folle prétention de pareille affirmation qui, explicitement, vous troue le cul mon pauvre homme : je sais, vous n'avez pas l'habitude de lire de la critique si vous la lisez sous la plume de Bernard Quiriny. Passez donc à la vitesse supérieure.
Les Carnets noirs seraient donc un prétexte ? Mais bien évidemment, êtes-vous sot à la fin ? N'ai-je pas, un bon milliard de fois, revendiqué de m'inscrire dans une critique partiale qui, l'étant, ne peut toutefois s'empêcher de juger PARCE QUE je ne m'exclus pas de la sentence ?
Vous comprenez ?
Tout art est prétexte, tout livre, toute femme ou homme pour que je (vous, lui, il ou elle, peu importe) je me dépouille de mes masques : si l'art est dévoilement, la critique l'est tout autant voyons, mais comment le sauriez-vous, vous qui n'avez pas lu Claude-Edmonde Magny et ce que j'en écrit sur une note parue sur Stalker ? De sorte que cet exercice de littérature EST, bien sûr, un exercice moins intellectuel qu'existentialiste.
A la revoyure pour la leçon de lecture, mon acnéique lecteur.
Écrit par : Stalker | 02/04/2009
il en est de même de ces charmants châteaux plantés en enfer, pleins de si délicieuses fraîcheurs lesquels illustres hôtes, tout en restant bien vivants, parlent le langage des morts au travers des cloisons. Mais pour faire des trous, et risquer de sortir ?
Écrit par : hélène | 02/04/2009
Hélène, vous vous prenez pour René Char ?
Rien compris à votre commentaire; il me semble que l'allusion, seule, n'a pas vraiment de place dans ce type de commentaire où il faut faire juste, simple (ce qui ne veut pas dire simpliste) et, surtout, rester dans le sujet.
Écrit par : Stalker | 02/04/2009
Une précision Elisabeth, pour être tout à fait juste.
Depuis ce matin, LS a de nouveau débloqué mon adresse IP, ce qui fait que j'ai pu laisser deux commentaires sur une note intitulée Amis/ennemis, celle-là même de laquelle j'ai copié l'intervention d'Ipso Facto consacrée aux Carnets noirs de Matzneff.
Etonnant aussi de voir la critique du Monde des Livres (en lien)...
Écrit par : Stalker | 02/04/2009
Juan, je suppose que vous répondez à mon dernier commentaire sur la note "Quelques nouvelles d'un blogueur impénitent"...!
Je ne vais plus du tout chez Léo Scheer, j'ignorais cette nouvelle convention. Je ne retire rien de mes propos qui restent valables pour ce qui s'est passé pendant un an (mars 2008-mars 2009)
Écrit par : Elisabeth Bart | 02/04/2009
Bravo pour cette lecture pleine de rigueur, de compassion... et de folie.
M'est-il permis de signaler la mienne?
Écrit par : Christopher Gérard | 02/04/2009
Juan,
Je vous félicite pour la qualité impressionnante de votre critique. Pour le courage d'oser lui dire tout ce que vous pensez.
Je vous souhaite une excellente lecture de L'apocalypse russe ! Ce livre est d'une grande qualité et d'une grande intelligence, d'une grande érudition jamais pédante. Donc d'un grand intérêt.
Dans l'une des ses scolies Gomez Davila disait que l'art est un prétexte pour émettre des jugements de valeur (dans Les Horreurs de la démocratie). Vous êtes aussi un réactionnaire authentique. Je suis d'accord avec Davila et avec vous !
Amitiés.
Écrit par : Samuel Gourio | 02/04/2009
Bonjour Juan,
A la faveur d'un lien sur cet article, j'ai lu votre texte sur Rimbaud.
C'est une splendeur !
Encore un grand (Arthur, pas vous ni moi) qui, avec ça, ne se retournera plus dans sa tombe désormais et qui pourra dormir en paix (sinon en pets, réservés aux bons vivants, comme peu le savent aujourd'hui et d'ailleurs)
Rimbaud est un échec ; c'est évident et il sera sans doute le dernier à s'en plaindre.
C'est un essai aussi... Talonné par Baudelaire et Hugo et transformé plus tard, tant bien que mal, par Apollinaire, Valéry, Claudel et Saint John Perse (sans doute) et bien d'autres encore, trop timides, si inconnus , non médiatiques ou "immédiatiques" (comme j'aime à dire)
La poésie est l'avenir de l'Homme (n'en déplaise à Louis) et tout le reste est...
Or donc Juan, merci et bravo.
Écrit par : Martin Lothar | 02/04/2009
Oui, Juan, excellente remarque : l'orthodoxie est dure, dure. J'avoue que je n'ai pas lu le livre de Mazneff - j'ai bien peu lu cet écrivain, d'ailleurs. Et pourtant, à lire rapidement votre critique -je prendrai le temps, un peu plus tard et à retrouver l'évocation de cette dureté que vous prêtez (que Colosimo prête) à l'orthodoxie, je me risque à un commentaire rapide, en relatant, mais à très gros traits, ma propre expérience, qui peut aider à comprendre ce qui se joue ici, et que beaucoup ne comprendront pas peut-être.
Je suis passé à l'orthodoxie, venant du catholicisme romain, après avoir tenté je dirai vainement, de retourner à l'église, dans une église catholique. Je m'y trouvais mal, et j'y sentais comme une déperdition du christianisme, je sentais ce défaut majeur de bien des lieux catholiques, du catholicisme moderne en général, qui est de s'être égaré, je crois, dans le sentimentalisme, dans les mièvreries, d'avoir substitué au spirituel une doctrine molle et une psychologie sociale, pourrait-on dire. L'orthodoxie, j'ai mis des années à y entrer, des années parce que tout mon être, fait d'habitudes, marqué par l'ère du temps, par cette psychologie mièvre et molle que j'évoquais, tout mon être résistait, se révoltait. J'entrais dans une église orthodoxe presque forcé, à reculons, braqué. Mais j'y entrais quand même. Et puis j'y suis entré pour de bon, un jour, laissant le catholicisme romain derrière moi, tout en continuant à le respecter, à l'aimer peut-être. J'y suis entré, mais encore aujourd'hui mon être résiste, ma conscience se braque. Mais d'où vient cette résistance ? Eh bien, cette résistance correspond précisément à la dureté que nous évoquions. Dans l'orthodoxie, moins de sentimentalisme, et partant pas d'excuses, de justifications psychologiques à notre incapacité à nous convertir, ou bien moins que dans le catholicisme, je crois. J'affirme cette chose étrange que beaucoup ne comprendront pas : il m'a semblé, après plusieurs années de fréquentation des églises orthodoxes, de présence lors des liturgies du dimanche, que, assiste r à ces liturgies, c'était participer au réel même, entrer dans un univers plus réel que celui qui nous est proposé dès lors qu'on quitte l'église et retrouve le monde tel qu'il va. Oui, en sortant de l'église, j'avais l'impression étrange que tout ce qui se déroulait devant moi était comme illusoire, comme un simulacre, un décor de théâtre dans lequel nous jouions nos fantasmes.
J'ai toujours cette impression. Seulement voilà - et peut-être cela nous aidera à comprendre ce qui se joue en Mazneff - la résistance est toujours là ; et elle est d'autant plus forte que l'on cherche à entrer dans l'orthodoxie ; et c'est comme si le monde se vengeait d'avoir laissé voir qu'il était simulacre. Tu veux entrer dans une autre réalité, semble-t-il dire et tu veux croire que la réalité que je t'offre est illusoire ? Eh bien voici, moi je vais t'enfoncer la tête dans ma réalité, la seule, et pas seulement la tête, mais tout le corps. Je vais d'autant plus t'attirer vers la sensualité, vers ce que tu dis être ses bassesses, que tu cherches à les fuir. Tu vas vivre cette expérience de toujours, celle contre laquelle mettent en garde tous les grands mystiques : tu veux faire l'ange ? Tu feras la bête !
Voilà. Je n'ai pas lu Mazneff, dis-je ; et j'ai parcouru rapidement votre critique. Mais il me semble que ce qui se joue chez lui doit être de cet ordre-là : il est d'autant plus attiré vers la sensualité qu'il cherche à s'en défaire. SOn erreur, peut-être - mais là il faudrait en discuter avec lui ou que je lise enfin ses livres - son erreur est-elle de renverser le processus qui se joue ici et de croire que, plongé dans la sensualité, il se fraie un chemin vers la spiritualité. L'erreur serait donc de rêver qu'on est d'autant plus spirituel qu'on se croit tout permis, qu'on se roule dans son contraire, la sensualité. Ce processus trompeur est, je crois, ce que nombre de maîtres spirituels appellent une illusion. Et la dureté de l'orthodoxie provient de ce qu'elle refuse de justifier une telle attitude et qu'elle appelle à quitter cette spirale compulsive. Mais là aussi, ce qui peut sembler un jugement porté sur la personne de Mazneff, n'est que la relation rapide d'une expérience que beaucoup d'entre nous partagent. Sans doute avec moins de violence, souvent, un caractère moins radical, mais c'est la même. Que Mazneff ne se croie pas plus fort de pousser plus avant un jeu vain.
Écrit par : Nunzio | 03/04/2009
"Hélène, vous vous prenez pour René Char ?"
réponse : non pas du tout
"Rien compris à votre commentaire; "
Désolée, mais il est bien entendu hors de question que j'explique quoi que ce soit et encore moins que je cite mes sources. Allez, je suis trop bonne, je donne un indice : je parlais de cette manière qu'ont les philosophes de monter des édifices et d'autre de les démonter.
"il me semble que l'allusion, seule,"
C'est vrai, c'est égoïste, pardon
"n'a pas vraiment de place dans ce type de commentaire où il faut faire juste, simple (ce qui ne veut pas dire simpliste) "
En vérité vous comprenez mes problèmes
"et, surtout, rester dans le sujet."
Alors disons que Gabriel Marcel le dit mieux que moi dans son Journal métaphysique :
"L'être que j'aime, est aussi peu que possible un tiers pour moi (...);mes défenses extérieures tombent en même temps que les cloisons qui me séparent d'autrui ".
Écrit par : hélène | 03/04/2009
Cher Juan, quelle réaction a eu l'intéressé ?
Écrit par : Gilles Monplaisir | 03/04/2009
Aucune, cher Gilles.
Baise-t-il (non-stop depuis le 31 mars, quelle vigueur !), bouffe-t-il, voyage-t-il, fait-il la gueule ? Je n'en sais rien et puis, pour tout vous dire : je m'en contrefous.
Ah oui : pour quelqu'un qui attendait, comme vous, avec tant d'impatience mon texte, c'est tout ce que vous avez à me dire ? C'est un peu court, Gilles. Comme si vous attendiez, pour vous prononcer, l'avis du maître en personne.
Écrit par : Stalker | 03/04/2009
Voyons... Vous sous-entendez que je n'ai pas d'avis personnel (et vous savez que c'est faux)... J'arrive bientôt...
Écrit par : Gilles Monplaisir | 03/04/2009
J'ai lu (pas jusqu'à la fin) votre trop long texte sur Matzneff croisé avec Colosimo. Vous écrivez bien mais les mots noient souvent les idées.
L'époque ne supporte plus cela que dans les gros livres, que peu d'initiés achètent - tels ces 'Carnets noirs' de Matzneff. Sur les blogs, il faut faire "stendhalien" comme les SMS vantés par Matzneff lui-même.
Ce que vous dites de la religion chez l'archange aux pieds fourchus (Gabriel himself) manque le principal : Matzneff aime la pompe et la communauté - il ne croit pas en Dieu, il est agnostique. Il reste un "Romain", stoïcien depuis toujours, comme Montherlant, son imbibation littéraire de jeunesse.
Les agaçantes femelles dont il envahit son plume et sa plume sont pour lui une façon d'aborder l'humanité - que lui reste-t-il, lui qui n'est ni père ayant enfant, ni père spirituel pour la jeunesse, ni reconnu par ses pairs en littérature ? Déformé familialement, malformé culturellement, désinformé socialement, il a été bâti pour une époque révolue : celle d'avant 68 pour la culture et d'avant 1988 pour les moeurs.
Ce que vous lui reprochez de sensualité banale est tout simplement que, dans les 'Carnets noir', il a entre 70 et 72 ans... La vitalité le quitte, la banane se fait molle, la banalité le guette - d'où son idée d'arrêter là ses carnets. Le fera-t-il ? Je pense pour ma part qu'il ferait mieux de poursuivre dans le roman : il pourrait "tout" dire sans censure, le dire comme il le veut en style vivant comme il sait le secréter, et être enfin reconnu comme une "voix" précieuse parmi d'autres. Mieux que la Nothomb en tout cas !
Puis-je vous renvoyer la politesse de citer ma note comme vous le fîtes ?
Écrit par : argoul | 04/04/2009
Argoul : votre texte est presque aussi long que le mien et, à la différence du mien, il cite bien trop de passages des Carnets noirs pour n'être, je le crains, qu'une paraphrase certes agréable à lire.
Je ne manque pas l'essentiel mais vais au contraire, je crois, au coeur de Matzneff : qu'il décide de se taire et de finir ses jours dans quelque monastère orthodoxe. Je ne sais s'il en a le courage mais continuer sur cette voie (hédonisme : jeunes bécasses, bons restaurants, beaux voyages, etc.) est, à mes yeux, ridicule.
Et ce ridicule ira s'accroissant je le crains.
Sur les agaçantes femelles : non, vous m'avez mal lu ou pas jusqu'au bout, voici ce qui arrive lorsqu'on commente et/ou critique un texte dont on n'a lu que quelques lignes. L'humanité que vous évoquez, il la retrouvera en la perdant, dans le silence et la solitude justement, pas dans les piaillements de poules et de dindes plus ou moins idiotes.
Écrit par : Stalker | 04/04/2009
Réflexions à mi-parcours de la lecture des "carnets noirs".
S'il met agréable de reconnaitre l'évident bel amour de l'auteur pour la langue française ... Si on ne doute pas de sa richesse intellectuelle et spirituelle, de l'intérêt qu'on peut avoir à le fréquenter (ce qui n'est déjà pas mince) , il me semble que Matzneff , par quelques points précis , appartient au "Commun" masculin.
Certes , il est capable d'engagement personnel , d'engagement politique , d'engagement esthétique ...mais de pratique concrète de l'amour , je n'en vois pas trace.
Comme vous le dites , Juan , "COUCHER AVEC UNE FEMME, C'EST ETRE EMBARQUE " ; alors nous ne pouvons pas plaindre un homme de ses embarquements ni de ses embarcations!
A travers la lecture de ces carnets , je ne vois , au contraire, qu'un homme ... tristement comme tant d'autres , sempiternellement... avide de reconnaissance et tourmenté par des troubles nombrillistes.
Cela n'empêche pas la lectrice que je suis d'éprouver de la tendresse à son égard ...mais je lui eût préférée ...(vraiment!)...de l'admiration.
"Vivre comme un trappiste , vivre comme Casanova , nous aurons végété dans l'entre deux" .
Une des questions (petite bourgeoise peut-être)qu'on peut se poser : Gabriel Matzneff père? de filles?
Comprenne qui veut.
Écrit par : Anne | 05/04/2009
Cher Juan,
Permettez-moi simplement de revenir sur ce silence que vous conseillez à Gabriel Matzneff. Citant un passage de la page 331, vous ajoutez que les joies passées sont à jamais révolues, qu'on ne peut pas les ressusciter et qu'une littérature basée sur cette illusion est vaine. La conclusion que vous tirez de cette citation est, me semble-t-il, inexacte. Certes, Gabriel Matzneff écrit dans ce passage que ses livres ne l'empêcheront pas de mourir (non seulement lui mais aussi les femmes de sa vie). Mais il précise également que, longtemps après sa mort, ses livres continueront de "faire battre les coeurs". C'est dans le présent de la lecture, réitéré sans cesse, que la littérature fait revivre les morts (des morts qui, parfois, sont plus vivants que ceux que nous cotoyons au quotidien, c'est-à-dire plus actifs). Lorsqu'on sait qu'un livre peut changer concrètement une vie, on n'a aucune raison de se taire. Encore moins de se tuer.
Écrit par : Gilles Monplaisir | 05/04/2009
Cher Gilles, vous aurez bien évidemment compris que j'évoquais une mort spirituelle, pas physique.
Que les livres fassent battre les coeurs, bien évidemment : mais Matzneff, comme n'importe quel auteur, est soumis à une marâtre qu'il ne gouverne absolument pas, la renommée. Dans dix ans, dix mois ou dix siècles, on ne saura peut-être absolument plus rien de Matzneff.
Je souhaite que ses livres fassent battre des coeurs mais l'un et l'autre (et la Terre entière) nous ne savons pas le sort que l'avenir réservera à ses livres.
Vous m'avez lu trop vite me semble-t-il : lorsque je demandais à Gabriel Matzneff de se taire, je visais bien... Gabriel Matzneff plus que ses livres. A mon sens, un silence véritable est LA SEULE façon pour un homme de reconquérir les maîtresses perdues, y compris celles qu'il nomme les renégates.
Cette façon, je l'ai dit, est kierkegaardienne et postule sur la possibilité plus que l'assurance de la reprise, pardon : la Reprise.
En cette matière (celle des renégates), comme beaucoup d'autres hommes je pense, j'ai ma propre petite expérience...
Écrit par : Stalker | 05/04/2009
Cher Juan,
La renommée dépend pour beaucoup de cette curieuse "généalogie des lecteurs" qui tissent entre eux, génération après génération, des liens de parenté. Ils "transmettent la flamme". S'agissant de Gabriel Matzneff, cette dernière se transmettra longtemps encore.
Pensez-vous vraiment que Gabriel Matzneff se soucie de "reconquérir ses maîtresses perdues" ? Il les a aimées, elles l'ont aimé. Il en garde un bon souvenir ; elles tachent, pour la plupart, de l'oublier. Elles sont, ces "renégates", la personnification de l'hypocrisie sociale (car crier haut et fort qu'on a été la maîtresse de Gabriel Matzneff n'est pas le meilleur des boutons pour actionner l'ascenseur social). Se taire serait leur faire un trop beau cadeau, non ?
Écrit par : Gilles Monplaisir | 05/04/2009
Cher Gilles, je crains que vous ne compreniez guère le niveau auquel je situe notre dialogue, du moins mes réponses : je vous parle, dans mon article et mes commentaires, de silence plus abouti que celui de Rimbaud, Kierkegaard, de reprise et vous me rétorquez ascenseur social !
Quel manque de gravité tout de même.
Si Gabriel Matzneff m'a lu aussi légèrement que vous, j'ai quelque souci à me faire.
La renommée : vous n'en savez foutre rien si la flamme de GM se transmettra un seul jour après sa disparition sur Terre.
Ni vous ni moi ni personne d'autre ne le sait alors, de grâce, restez donc prudent...!
J'en connais au moins une pour laquelle le fait d'avertir tout-Paris qu'elle est la maîtresse de "petit chou" est le viatique le plus spontané...
Écrit par : Stalker | 05/04/2009
Cher Juan,
C'est vous-mêmes, dans votre commentaire, qui parliez du silence véritable pour "reconquérir les maîtresses perdues". Peut-être ai-je mal compris ce que vous entendiez par "reconquérir"... (contrairement à ce que vous semblez croire, ma remarque "sociale" n'est pas innocente).
Gabriel Matzneff sera lu longtemps encore, tout simplement parce que l'art de vivre qu'il décrit, axé sur la gratuité, est la tache aveugle d'un monde obnubilé par l'utilité qui a troqué la "fête" contre le "massacre". J'en profite pour préciser que Gabriel Matzneff ne fait pas "la roue" sur les "charniers". C'est au contraire parce que les hommes ne font pas assez la roue que les charniers existent.
Entièrement d'accord avec votre dernière remarque. Une de sauvée !
Écrit par : Gilles Monplaisir | 05/04/2009
Cher Gabriel Matzneff, vous fûtes pour moi ce que j'oserai appeler un "professeur de liberté".
Barrès (Alain Manc va crier à la xénophobie), et d'autres étaient de ce panthéon littéraire.
"Professeur de liberté" : Certains crieront à l'oxymore, à l'impossible, etc. et pourtant, comme disait Gallilée, si, c'est possible. Vos romans et vos essais ont, à l'adolescence, irrigué et enervé en moi ce besoin de liberté, cette rage contre les pisse-froids qui, je le vois maintenant, tiennent l'Eglise à Paris: vous citiez abondamment les Pères de l'Eglise, je vous dois de les avoir connus et d'avoir trouvé en eux ces "pères spirituels " dont les petits curetons à cols romains n'ont plus que le costume extérieur. Voici que par vos textes, j'ai connu ces grands "maîtres" qui savaient qu'ils n'en étaient pas. Et qu'un seul est bon: Dieu lui-même.
J'ai prié pour vous hier, en cette Semaine sainte !
Jean-Baptiste
Écrit par : de V. | 07/04/2009
V ou Jean-Baptiste je ne sais, allez donc déclarer votre flamme à GM sur son site, je ne joue pas, sur Stalker, les intermédiaires.
Écrit par : Stalker | 07/04/2009
Curieux certains commentaires de votre analyse, mais peut-on les qualifier ainsi ? Sans perdre une minute, je retourne à mes lectures, sans oublier de vivre. Cordialement.
Écrit par : Frédéric KIEFFER | 07/04/2009
"bons livres" ??? "entouré de femmes" ??? à propos de Matzneff ???
J'en ai lu trois et je les ai trouvés déplorables de fatuité, vides d'humanité et d'analyse, précieux et artificieux, prouvant une méconnaissance totale de la gent féminine... car non, à 15 ans, on n'est pas une femme mais une gamine, une adolescente qui n'a rien à faire dans les draps d'un quinqua...
Écrit par : Cécile de Quoide9 | 15/04/2009
" Gabriel Matzneff sera à la librairie Kléber de Strasbourg le jeudi 16 avril prochain à 17h30 et évidemment je lui parlerais de ce texte, pour qu'il en fasse un commentaire durant notre débat... ", vous écrit Laurent Husser. Autant vous rassurer Juan - mais étiez-vous inquiet ? -, il n'en a rien été. Aussi, à la fin de la discussion (sans débat), je m'en suis ouvert auprès du sieur Husser. Réponse (de mémoire) : "Je ne l'ai pas fait car il y a certaines choses dont Matzneff ne voulait pas entendre parler. " Je me suis pincé, mais non, j'avais bien entendu ! Pour le reste, Matzneff, interrogé par Husser, est revenu sur sa "défense de Poutine", fustigeant, du même coup, Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann pour qui, je cite, il a "de l'estime" - après tout, pourquoi pas ? Matzneff, toujours (encore de mémoire) : "Les russes, ils sont quand même passés de Lénine, Staline et Brejnev à Eltsine et Poutine. Alors de qui se moque-t-on ? Allons-nous encore longtemps marcher sur la tête ?" (C'est vrai, entre Staline et Poutine, il n' y a vraiment pas photo ; cela va sans dire mais ça va mieux en le disant) Certains dans la salle (dont moi) savaient et se souvenaient que les allemands, eux, sont passés de ce diable d'Hitler et de ce salaud d'Honecker à Adenauer et Kohl (Entre Poutine, d'une part, et Kohl, d'autre part, il y aurait peut-être une photo à faire (développer) - non ?) Passons, d'autant, n'est-ce pas, qu'il s'agissait d'écouter un grand écrivain et non de phosphorer sur les (op)positions de la droite strasbourgeoise... Sinon, quelques (ex)citations de Matzneff relevées (fidèlement) hier soir : " Ce que je n'écris pas, je ne le retiens pas. " ; " Moi, je ne suis athée qu'à mi-temps. " ; " Dans les dictionnaires du 17ème siècle, au mot "culture", on nous renvoie aux seuls pommes de terre, choux, carottes et navets." ; " Nous ne sommes constitués que par notre passé." ; " Quand on écrivain, et par extension artiste, la modestie est une vertu à laquelle il ne faut recourir qu'avec parcimonie. " Passons... Dieu merci, son livre est là, voyageant de ma table de nuit à mon bureau et réciproquement. À l'intérieur, il y a à boire et à manger, certes, mais il y a beaucoup de pépites et de trésors, et parfois de vrais gisements. Aussi bien, amis lecteurs, si l'envie vous prenait, comme moi, de rencontrer Matzneff "en chair et en os", de grâce faites comme Juan, c'est-à dire lisez-le, et ça suffira amplement.
Écrit par : Chr. Borhen | 17/04/2009
Cher Christophe : eh bien, que vous dire sinon que l'on juge d'un homme à la cohérence qu'il établit entre ses discours et ses actes !
Laurent Husser est donc rayé de mon esprit, ce dont du reste il se remettra fort aisément.
Matzneff : oui, je commençais à trouver long son silence, alors que, de toute évidence, il a lu ma critique.
Je vais être bien clair : n'importe quel écrivain d'un peu de réel génie et pas seulement de talent aurait lu que, derrière la charge contre sa vie de vieux Don Juan solipsiste, se révèle un texte qui tente d'aller jusqu'au fond de son âme.
Que voulez-vous que je vous dise : il n'a qu'à continuer à baiser des idiotes et à gémir comme un nourrisson privé de tétine lorsqu'elles se détourneront de lui.
Le pire des aveux que je puisse vous faire : aussitôt la dernière page de ces Carnets noirs refermée et mon article terminé, j'ai strictement oublié Matzneff, dont je savais du reste à peu près tout (TOUT) grâce aux... "confidences" internationales de Gilda qui s'est répandue sur son amant dans le tout-Paris, jusqu'à écoeurer quelques fans de Matzneff, dont je ne suis absolument pas : trop d'afféterie, trop de pose, trop de contemplation devant le miroir, trop de déjeuners, de dîners, de pipes et d'enculages, si peu de vraie littérature en fin de compte..., laquelle suppose, je l'ai écrit et n'y reviens pas, de s'oublier.
Matzneff est tout simplement incapable de s'oublier et cela signe par avance le sort qui sera réservé à ses Carnets : ils ne seront, au mieux, lus dans quelques années que par des historiens des sensibilités...
Un point commun entre Matzneff et Nabe : leur ignoble et comique prétention.
Le seul écrivain de réelle gentillesse qu'il m'a été donné de rencontrer (certes, il a beaucoup d'autres défauts) est Dantec. Ah non, Jean Védrines aussi.
Je continue de lire Védrines, je ne lis plus Dantec, je ne lis plus Nabe. Je ne compte pas lire de sitôt Matzneff, j'écris cela sans la moindre once de colère ou de mépris à son endroit.
Lequier : j'attends (en privé).
Écrit par : Stalker | 17/04/2009
Cher Monsieur, merci pour votre site, Stalker, salubre, roboratif, drôle. L'escrime des dépasseurs professionnels, des subversifs officiels, leurs parades n'ont plus de secret pour vous. Comme Muray, vous sentez bien l'époque. Le journal de Matzneff me rappelle par moments celui de Walter, pseudonyme d'un Anglais privilégié du 19e qui racontait dans son journal ses exploits sexuels. Mais ce dernier était plus précis quant aux détails. Je trouve que certains livres de Matzneff méritent l'attention: Ivre du Vin perdu, Voici venir le Fiancé, Le Carnet arabe. Quant à son journal dont j'ai lu tous les volumes sauf ces Carnets noirs de 2007-08, si j'excepte la théorie des demoiselles aux noms composés et les séances ,"sautables", de touche-pipi, il contient de belles citations, de beaux portraits (les derniers temps de la vie de Montherlant m'ont beaucoup ému) qui suffisent à le sauver de l'insignifiance et de l'ennui. Vale.
Écrit par : daniel Dienne | 17/04/2009
G.M. ...
Gilles Monplaisir
Gabriel Matzneff
???
Comment peut-on être aussi complaisant avec un personnage aussi peu ragoûtant ?
Comment trouver la moindre once de début de commencement de réflexion intellectuelle, d'analyse et d'intérêt littéraire dans ces descriptions lassante et sordides de baise avec des gamins de 11 ans payés à l'autre bout du monde où racolés au sein des familles de ses "amis", devant ses énumérations vantardes, stupides et répétitives de prénoms d'adolescentes dégotées à la sortie des lycées du VIe, d'heures de la journée et d'enchaînement prévisible et ennuyeux de positions sexuelles sans la moindre sensualité, sans le moindre humour ou recul mais empreint d'une nauséabonde et inépuisable vanité de vieux barbon bavant sur une chair trop fraîche, trop fade, trop vite digérée (mais à qui la faute ?) ?
Comment comprendre que certains vont en taule pour ce qui fait le fond de commerce des récits autobiographiques de certains autres ?
Mais peut-être les donzelles et les éphèbes complaisamment évoqués dans les carnets noirs ont-ils enfin atteint l'âge de la majorité ?
Écrit par : Cécile de Quoide9 | 20/04/2009



























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