14/11/2009

Pierre Assouline : la douceur de votre commerce l'enrichit



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26/04/2009

Entretien avec Ludovic Maubreuil

Louis Finson, Allégorie des quatre éléments, 1611
Louis Finson, Allégorie des quatre éléments, 1611.


Cet entretien a paru dans le n°127 de la revue Éléments.

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15/11/2008

À quoi bon ?

Photographie d'une explosion nucléaire réalisée par Harold Edgerton au moyen de sa Rapatronic.


Image 2.jpgÀ la différence de ce pseudo-Mallarmé en fer blanc qu'est François Bon, toujours heureux lorsqu'il peut nous annoncer, dans un style frisant l'apoplexie syntagmatique et puant le faux hermétisme, la dernière révolution technologique qui nous permettra de lire tout Marx sur un écran de la taille d'un ongle de petit doigt de pied, à mesure même que la Toile commence à attirer tout ce que la France compte d'éditeurs (et Dieu sait qu'elle en a !, certes, bien après les annonceurs qui, eux, ont flairé un marché immense), alors même que n'importe quelle ménagère de moins de cinquante ans ou crétin qui lit Baudelaire comme il lirait une notice d'utilisation de machine à laver, croient avoir reçu l'autorisation (et s'en font même quelque comique devoir) d'écrire leurs bluettes, estimant en outre que la critique littéraire (la vraie) n'y est absolument pas honorée par deux de ses plus emblématiques journalistes virtuels, Pierre Assouline et Didier Jacob, tandis que clabaude sans relâche la nappe grouillante des éphémères anonymes, que fermente la pâte putride des pseudonymes, je trouve de moins en moins d'intérêt et de plaisir à arpenter la Zone, riche pourtant de centaines de notes, d'auteurs et de rédacteurs. Les nains s'offusquent toujours que mes commentaires soient fermés. Ils le sont... presque systématiquement, parce que je ne veux pas ajouter du bruit au bruit et que j'ai toujours eu pour politique de mettre en ligne des textes intelligents et argumentés, qu'importe même qu'ils soient à quelques bonnes années-lumière de mes propres opinions (ici, un texte de Jean-François Foulon répondant à Pierre Damiens. Je pourrais multiplier les exemples de cette pluralité de voix dans la Zone. Je me contente de rappeler la grande série polyphonique intitulée Bellum Civile).
Cette lassitude, et, de plus en plus souvent hélas, ce dégoût, ne sont point des sentiments véritablement nouveaux puisque je m'en étais entretenu avec le regretté Dominique Autié, déjà disparu dans le perpétuel bruit de fond virtuel (dans ma réponse à son propre texte), Dominique, ce humble véritable qui estimait au contraire que l'espace virtuel de l'Internet était une chance (elle l'est, mais cette chance, comme toute manifestation destinale, est aussi ambiguë que dangereuse) pour une multitude de voix que les médias traditionnels ignoraient, parfois moquaient.
Je doute que la virtualité, cet universel reportage fonctionnant bien trop souvent à vide, soit absolument la dernière chance donnée à la littérature de se faire lire, entendre, écouter, admirer, commenter.
Et, si décidément elle l'était, cela signifierait que nous avons décidément perdu toute force, tout sentiment de la présence réelle, toute pesanteur et, peut-être, toute grâce avant d'être finalement dévorés par cette bulle qui ne cesse de grossir à la vitesse du bavardage.

08/11/2008

La guerre littéraire de Didier Jacob n'a pas eu lieu

«Et que je pleure moi aussi de voir la boule [...] me revenir dessus, à la vitesse de la critique littéraire.»
Didier Jacob, La Guerre littéraire. Critique au bord de la crise de nerfs (Éditions Héloïse d'Ormesson, 2008), p. 13.

«La vie littéraire est, comme la vie, soumise aux lois de la sélection naturelle. On y est, par conséquent, en état de guerre perpétuelle. Mais l'art est de vivre sur le champ de bataille sans se battre et sans être blessé. Attendre qu'on reste seul.»
Fernand Divoire, Introduction à l'étude de la stratégie littéraire (Éditions Mille et une nuits, 2005), p. 55.

«Avec nos mœurs électorales, industrielles, tout le monde, une fois au moins dans sa vie, aura eu sa page, son discours, son prospectus, son toast, son auteur. De là à faire un feuilleton, il n’y a qu’un pas. Pourquoi pas moi aussi ? se dit chacun.»
Sainte-Beuve, De la littérature industrielle in Portraits contemporains, t. I, 1855.


Ancien élève de Jean-Pierre Richard, critique littéraire universitaire lénifiant pour classe préparatoire assoupie qui se voit ainsi récompensé de son enseignement, salarié par un hebdomadaire, Le Nouvel Observateur, dont les pages de critique littéraire sont parmi les plus affligeantes, sottes, partisanes et inutiles de la presse française elle-même peu suspecte, dans ce domaine difficile, d'excellence, Didier Jacob est un journaliste apparemment sympathique, un collègue vraiment très sympathique lorsqu'il se trouve en face du prétentieux et creux Pierre Assouline qui n'a de regards que pour ses notes rédigées à l'encre lymphatique (1), un blogueur assurément sympathique qui ouvre ses commentaires et, lui, ne les censure ni même ne les supprime comme le fait (contrairement à ses propres dires), son confrère à moustache, un critique paraît-il pas du tout sympathique, surtout lorsqu'il évoque des auteurs aussi sympathiques qu'ils sont peu dangereux comme Frédéric Beigbeder, et même, pour finir, Didier Jacob est, selon toute probabilité, un homme franchement sympathique.
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Non, car Didier Jacob a décidé de publier un livre. Non pas écrire, simplement : publier, la mode est aux publications plus qu'à l'écriture véritable, puisqu'il s'agit d'un recueil de ses meilleures (il faut le supposer) chroniques parues sur son blog, Rebuts de presse.

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22/09/2008

La critique littéraire s'est-elle réfugiée sur Internet ?

«La maladie littéraire et d’art, comme on dit, est très commune de nos jours… Mais peut-être en aucune époque, j’ose le dire, la phrase et la couleur, le mensonge de la parole littéraire n’ont à tel point prédominé sur le fond et sur le vrai comme en ces années. Le règne de la plume a succédé, à la lettre, au règne de l’épée.»
Sainte-Beuve, Port-Royal (Renduel, Paris, 1842, vol. II), p. 42.

«Ces survivants, soustraits à toute descendance, ont des physionomies solitaires : leur inutilité est majestueuse, la sagesse qu’ils n’ont peut-être pas, et qu’ils ne veulent certainement pas transmettre, nous regarde en silence comme tout souvenir qui accepte d’être détruit.»
Roberto Calasso, La ruine de Kasch (Gallimard, coll. Folio, 2005), p. 158.


En guise d'introduction à cette note, je me permets de vous conseiller la lecture de ce vieux texte paru en 2005, puisque, comme toutes les années, nous naviguons (certains s'y empêtrent, d'autres y coulent) dans la Mer des Sargasses de la rentrée littéraire : Robinson ou les limbes de la littérature.

La question posée en titre de cette note est purement oratoire puisque, à simplement considérer le travail que des blogueurs tels qu'Antonio Werli, François Monti, Jean-Baptiste Morizot, Jean-Louis Kuffer, Olivier Noël et quelques autres qui m'en voudront horriblement de ne point être cités dans cette liste minuscule donc élitiste, je dois répondre, tout simplement : oui, la critique littéraire, quelles que soient du reste les opinions émises par ces quelques rédacteurs que j'ai nommés (1), est aujourd'hui beaucoup plus sérieuse, admirative, parfois admirable, documentée, partiale selon l'exigence de Baudelaire, écrite en un mot qu'elle ne l'est, depuis combien d'années déjà, dans les quotidiens, les hebdomadaires et même les revues spécialisées.
J'avoue ne presque plus lire, et encore d'une seule paupière tombante, les pages dites critiques voire littéraires du Figaro, du Monde, de L'express, du Point, de Valeurs actuelles, du Nouvel Observateur, des revues spécialisées également comme Le Magazine littéraire, La Revue littéraire de Léo Scheer, dont le dernier numéro est d'une telle richesse critique que nous y trouvons les platitudes absolues délivrées comme des oracles par Catherine Millet ou Josyane Savigneau ou encore Europe, même si cette dernière, dont les dossiers sont bien souvent remarquables, surpasse très facilement ses concurrentes. Et que dire des revues dites culturelles (autant dire que l'on y trouve tout, puisque, selon l'axiome des Modernes, tout est culture, même un livre d'Angot), aussi branchées que ridiculement superficielles que sont Transfuge, Chronic'art, Technikart et leurs petits clones permanentés comme Inculte ?
Examinons le cas du Point par exemple : comment accorder quelque soupçon de crédit intellectuel à sa récente interview pirate (numéro du 4 septembre 2008, pp. 90-91) aussi imaginaire que profondément stupide, avec Michel Houellebecq ? Tout y pue la malhonnêteté la plus indigne, la sottise, la paresse, la vengeance à deux francs six sous, le règlement de compte minable, en un mot, la vulgarité, qualité qui semble décidément l'une des marques de Christophe Ono-Dit-Biot qui, il est vrai, saluant le mauvais bouquin (qualifié de «livre donut» par notre pitre verbeux) de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy dont on nous encombra les oreilles et la vue (peut-être même le nez), explora quelque trou noir intellectuel qui, c'est au moins la qualité des trous noirs véritables, le dévora.

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24/04/2008

L'Opprobre de Richard Millet



Nul ne pourra me reprocher d'être complaisant à l'égard des derniers essais de Richard Millet.
Qu'on en juge : sur Harcèlement littéraire.
Sur Désenchantement de la littérature.
Le fait pourtant de prendre au sérieux les thèses exposées par Millet, de considérer sa position comme exaltation saine d'une colère dont je partage bien des points, suppose de se débarrasser, d'un revers de petit doigt pas même bagué comme l'est celui du Doge Sollers, de la critique indigente que Pierre Assouline a consacrée à L'Opprobre.
Je ne reviens pas sur les nombreuses tares qui tavèlent les textes de notre journaliste préféré (en ce sens qu'il cumule tous les défauts ou presque de cette noble profession), tares qui transforment ces articles en fruits blets que colonisent les mouches dorées (à miel paraît-il) et vertes : approximations de toutes formes et couleurs, fautes innombrables de frappe voire d'orthographe, fautes de grammaire, barbarismes, style absent donc supérieurement journalistique, critiques qui survolent la surface des livres, y déposant moins de matière qu'un éphémère posé sur une bulle de savon, volonté d'imposer une norme en matière de goût littéraire, bien que l'intéressé s'en défende, la publicité et l'exposition que Le Monde.fr lui offre en faisant un blog commenté plus qu'il n'est véritablement lu.
Je l'ai écrit et le répète, les textes de Pierre Assouline n'ont qu'une seule vertu ou presque : ils nous renseignent sur les petits secrets d'alcôves où certains écrivains et beaucoup de journalistes tentent d'apaiser le prurit qui les fait bavarder. Je suis dur tout de même, puisque, à la réflexion, les quatrièmes de couverture soupliniennes nous montrent exactement le contraire de ce qu'est une critique littéraire sérieuse, sans parler d'une critique littéraire qui serait réellement inspirée.
Finalement, les textes les plus intéressants du blog de Pierre Assouline sont encore ceux que sa faune coprophage exsude d'abondance, la myriade de pucerons plus ou moins anonymes qui sucent les paroles du maître (dont ils moquent du reste l'autorité et les défauts plus hauts soulignés), nabots zélés engouffrant les miettes d'un Gargantua de salle de rédaction, les expulsant sous forme de petits berlingots malodorants, tristes signatures des wannabee anonymes qui prolifèrent sur la Toile, dont la Toile est le Royaume, Royaume qui n'est sans doute pas complètement de ce monde...

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28/08/2007

Parution(s)

La Littérature à contre-nuit aux éditions Sulliver
«En somme, j’ai une tendance à me dire des œuvres qui paraissent qu’elles ne sont rien du tout, surtout quand le public en fait grand bruit. Neuf fois sur dix, je ne me suis pas trompé.»
Julien Benda, Exercice d’un enterré vif (Gallimard, 1946), pp. 58-59.


727 romans, français et étrangers, doivent paraître dans les toutes prochaines semaines dans les librairies, pardon, doivent être empilés sur les rayons des grandes surfaces de notre belle contrée, déclarée zone commerciale universelle, phare de culture dont l'éclat rayonne sur les confins enténébrés.
727 romans...
Un livre, parmi plusieurs centaines, inutiles ou sots. Un livre monstrueux.
Le mien. Un livre de critique littéraire, que la gentillesse de Dominique Autié m'a permis d'évoquer de nouveau sur son magnifique blog.

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29/10/2006

Comment lit le mauvais critique : Pierre Assouline face à Paul Celan



«Ces ténèbres, de plus en plus denses de page en page, jusqu'à un ultime balbutiement inarticulé, consternent comme le râle d'un moribond, et le sont en effet. Elles nous attirent comme attirent les gouffres, mais en même temps elles nous flouent de quelque chose qui devait être dit et ne l'a pas été, et donc elles nous frustrent et nous repoussent. Je pense, quant à moi, que le poète Celan doit bien plutôt être médité et pris en compassion qu'imité. Si son message est un message, celui-ci se perd dans le “bruit” : il n'est pas une communication, il n'est pas un langage, tout au plus est-il un langage obscur et manchot, tel celui de qui va mourir, seul comme nous le serons tous à l'agonie.»
Primo Levi, Le métier des autres.

«Et il faut se garder des réminiscences littéraires que l’on délègue pour prendre la relève des mots ou des sentiments impuissants. Pas de place pour Celan.»
Jean Améry, Lefeu ou la démolition.


J'ai presque honte de rapprocher ces deux noms : Pierre Assouline, Paul Celan. Il le faut pourtant, la Zone autorisant, favorisant même ce genre de rencontres, plus incongrues que celle d'une machine à coudre et d'un parapluie sur une table de dissection. Le premier est à mes yeux synonyme de la plus impeccable et surtout constante facilité journalistique (non tout de même, je dois me montrer juste : Pierre Assouline est à des coudées au-dessus d'un Pierre Marcelle et à des années-lumière d'un Jean-Louis Ezine...), Assouline constituant le chiffre et comme le rébus transparent de la pire conjonction entre diverses approximations (celles qui truffent le moindre de ses papiers; dans celui du 28 octobre, qui nous occupe, le terme translation en lieu et place de translittération, etc.) et une abondance, que dis-je, une dégoulinade tiède de livres aussi vite écrits que, semble-t-il, vendus. Peut-être même sont-ils lus, à grand renfort de publicité gallimardisée, sur son site, lui-même sponsorisé par Le Monde. On nous indique que le journaliste exerce bénévolement son talent, nous voici donc rassurés. Assouline donc, cédant, ainsi qu'une partie de l'Alma mater apparemment oublieuse du maigre sort qu'elle réserva au poète de son vivant, aux sirènes d'une célanomanie parfaitement dégoûtante, qui faisait écrire à Finkielkraut dans L'Imparfait du présent : «Il [Celan] n’était pas alors un rescapé juif de la Shoah, mais un réfugié politique antistalinien et, à ce titre (si l’on en croit son ami Isac Chiva), il était traité comme un pestiféré par le milieu intellectuel qui, aujourd’hui, fait du zèle en commémorant avec une piété sans discrimination son destin tragique, sa correspondance familiale et l’œuvre rare qu’il s’est acharné à construire.» Le second nom, celui de Paul Celan, ne peut qu'être, à l'inverse de celui du publiciste Assouline, qu'un patronyme secret, ce nom second, mystique, que Gershom Scholem déchiffra ou crut déchiffrer dans la signature de son grand ami, Walter Benjamin. Il me faut pourtant rapprocher ces deux noms, l'un ouvert à tous les yeux et traînant dans toutes les bouches, l'autre s'étirant finement comme une mandorle (cette figure récurrente de ses poèmes) imprononçable. L'un donc, Assouline, évoque la correspondance de Paul Celan avec Ilana Shmueli, remarquablement éditée et commentée par Bertrand Badiou pour le Seuil (dans la collection Librairie du XXIe siècle), en notant, pour ne pas même tenter de l'expliquer, l'obscurité du poète, celle-là même qu'avec toutefois beaucoup plus de talent (et quelque raison objective de surcroît), Primo Levi, dans Le métier des autres, reprochait à l'auteur de Renverse du souffle. L'autre, Paul Celan, n'ayant cessé de rejeter, dans presque chacune de ses lettres que l'on dirait extraites d'une très profonde veine de silence (parfois, lui-même le reconnaît, de mutisme), l'accusation imbécile, maintes fois répétée, d'obscurité justement, admettant en revanche, à condition de préciser immédiatement le sens de ce mot chargé d'une longue histoire éminemment littéraire, son hermétisme. Celan encore insistant, au contraire de celles et ceux qui ne font point l'effort, qui ne consentent point à faire l'effort que demandent, qu'exigent ses poèmes, sur l'ouverture au monde de ces derniers, leur «ancrage dans le concret» le plus prosaïque, comme l'écrit Badiou en note (cf. p. 226). Car, à la différence d'un Benn, Celan ne vise absolument pas la réalisation, chimérique, du «poème absolu, le poème sans foi, le poème sans espérance, le poème adressé à personne, le poème fait de mots que vous montez pour qu’ils fascinent» (cité par Hadrien France-Lanord dans Paul Celan et Martin Heidegger. Le sens d’un dialogue, Fayard, coll. Les quarante piliers, 2004, p. 89). L'un donc, le journaliste graphomane, tentant, en quelques dizaines de lignes mal fichues, de percer le mystère de ce rosebud inédit qu'est la poésie de Paul Celan, essayant, avec quelle témérité érudite, de résorber cette damnable obscurité, peut-être lentement exsudée de l'antre maudite de quelque Kurtz lecteur de Trakl, par les entretiens, apparemment fort clairs, eux, d'un autre poète, palestinien celui-ci, Mahmoud Darwich, à ses heures rédacteur des discours d'Arafat et justifiant les attentats-suicides à condition, toutefois (les familles des victimes apprécieront sans doute la subtile nuance), qu'ils visent des militaires plutôt que des civils. L'autre, le poète, évoquant dans les lettres envoyées à son amie, Israël, son histoire géopolitique la plus immédiate et frappante (nous sommes alors en pleine guerre des Six-Jours), dans des termes qui, a priori, devraient ne point sembler obscurs, y compris dans l'esprit enténébré de notre journaliste : «ma pensée pour Israël est aussi une peur pour Israël» (lettre du 7 novembre 1969, op. cit., p. 57). De ce qu'Assouline, le journaliste, grâce à Darwich, le poète clair, a cru comprendre de l'obscurité des textes célaniens, nous ne saurons absolument rien, si ce n'est que, par-dessus les lamentables frontières érigées par les politiques, il semble évident à Assouline que Celan eût goûté la poésie de Darwich, poésie qui, nouvelle banalité, en atteignant la catégorie fort pratique de l'universel, résorbe toutes les haines petitement personnelles. Je donne quelque aperçu de l'infâme bouillie conclusive, où surnagent quelques soupes gorgées du plus béat optimisme journalistique, en citant la prose Assouline puisque, après tout, selon Karl Kraus, la pire des injures que l'on puisse commettre à l'égard de celui que l'on veut ridiculiser est encore de citer in extenso ses textes. Goûtez-moi donc de ce très fin potage. Quoi, vous faites la fine bouche ? : «Qu'elles soient hantées par la Palestine ou par la Shoah, leurs œuvres [celles de Darwich et de Celan] atteignent à l'universel en ce qu'elles se dégagent des circonstances qui les ont fait naître pour toucher des consciences en tous temps en tous lieux.»
Je vous en sers une nouvelle louchée ? Non ? Mais, que vous arrive-t-il ? Votre grimace serait-elle le signe avant-coureur de quelque renvoi fort peu diplomatique ? Diable, devant notre invité qui plus est...
Et, pour finir de confondre notre barbouilleur, j'évoquerai cette mise en garde adressée par Jean Bollack à toutes celles et tous ceux, mauvais lecteurs, lecteurs faciles, lecteurs pressés, journalistes en somme ou plutôt âmes journalistiques, qui n'ont cessé, par-dessus le désespoir, la folie ou la mort, de réconcilier les irréconciliés, par le biais d'une illusoire théologie négative. Bien sûr, chers lecteurs, l'expression, assurément peu obvie, est bien trop forte pour l'étiage intellectuel de notre journaliste, Pierre Assouline. Bien sûr encore, mais vous allez vite vous en rendre compte, voici une prose d'une tout autre qualité que le brouet insapide, aussi épais et grossier que ténue paraît être, aux yeux de notre mauvais lecteur, la frontière entre obscurité et hermétisme : «La désintégration ne peut pas être récupérée, comme on le fait souvent, dans l'ordre des contenus, au moyen de la théologie négative, comme un signe ou témoignage (par reproduction) de la désintégration ordinaire du langage, en raison de la disparition d'un monde intact et de la destruction des valeurs. Ce serait réintroduire, par la voie d'une nostalgie, l'empire et la primauté d'un ordre constitué, reproduit dans le langage, par rapport auquel la liberté dispose dans l'hermétisme justement d'un organe qui lui permet de prendre toujours les distances critiques.» (Sur quatre poèmes de Paul Celan. Une lecture à plusieurs, Revue des Sciences Humaines, n° 223, Lille, 1991, p. 21).

En d'autres termes, Pierre Assouline, la plus élémentaire des politesses herméneutiques consisterait à ne point tenter de conclure, sur le dos d'un mort, fût-il en apparence (en apparence seulement) aussi commode que l'est le pauvre suicidé Paul Celan désormais célébré et sincèrement pleuré par tout ce que l'Université parisienne compte de croque-morts plaintifs, quelque alliance contre-nature n'ayant pas même la vertu de rendre clair un verbe qui se pare d'une rayonnante obscurité.

22/06/2006

Albert Londres : un débat occulté sur un mythe à déconstruire, par Jean-Pierre Tailleur

Buenos Aires, Avenida de Mayo, circa 1925


Voici un nouveau texte consacré à l'inénarrable Pierre Assouline, signé par mon ami Jean-Pierre Tailleur, auteur de l'ouvrage Bévues de presse pour le moins beaucoup plus sérieux (et d'une qualité rédactionnelle heureusement infiniment supérieure) que ne l'est celui du justicier Jean Robin. De Jean-Pierre Tailleur, la Zone a publié une série de textes consacrés au maljournalisme, au Prix Albert Londres évoqué plus bas ou encore au livre d'Yves Agnès, Le grand bazar de l'info.


Le prix Albert Londres 2006 vient d’être décerné à la journaliste correspondante en Iran du Figaro (cf. plus bas). Une fois de plus, ses reportages ne semblent pas être des modèles du genre, à cause de leurs indulgences à l’égard du régime islamiste. Cela mérite un retour sur le mythe du «grand reporter» du début du XXe siècle, tel que l’a entretenu son biographe le plus médiatisé, Pierre Assouline.

«Au début de 1917, [Albert Londres] écrit un superbe article sur un sujet des plus énigmatiques : l'équipée de deux cents poilus de l'armée d'Orient chez les six mille moines du mont Athos [en Grèce]», raconte Pierre Assouline dans sa biographie du reporter dont le nom est supposé être synonyme de... grand journalisme. «Un morceau d'anthologie dans lequel il n'y a pas une ligne pour révéler au lecteur la raison de cette escapade...» (1).
L’article en question, paru dans Le Petit Journal en février 1917, est assez consternant tant sur le plan littéraire que journalistique. Les poilus (moines et militaires) cités sont tous anonymes, et le récit de leur rencontre est tout aussi impressionniste. Une phrase centrale de ces quatre feuillets illustre le manque de rigueur et d’exigence dudit grand reporter mythique : «La raison [de l’équipée], je crois bien, doit encore être une de ces choses que l'on ne peut pas dire, et je ne le dirai pas, pour cela d'abord et ensuite parce que c'est sans aucune importance pour l'histoire que je vous raconte, vu que l'histoire que je vous raconte n'est que l'occupation d'une terre par des poilus et que jamais poilu n'a su pourquoi il occupait ce qu'il occupait.» (2)
C’est mal rédigé, c’est avare d’informations, c’est cul-cul-la-praline même, et c’est pourtant tiré d’un article présenté comme un modèle de journalisme par son distingué biographe. Pierre Assouline note certes que le récit de cette escapade de soldats français au mont Athos est incomplet mais il le présente pourtant comme un «morceau d’anthologie». Plus loin, il ajoute que Londres ne s’est pas contenté de faire du reportage en Grèce : le correspondant du Petit parisien aurait également organisé un attentat (finalement non exécuté) contre un général anglais qui ne servait pas les intérêts de la France. Mais cela ne suffit pas à l’ancien chroniqueur de France Culture pour faire descendre son modèle de son piédestal.
On ne peut pas reprocher à Assouline d’avoir occulté les faces peu honorables du passé professionnel de Londres. Sa biographie raconte également comment il entraîna avec lui un autre grand reporter du début du XXe siècle, son camarade Édouard Helsey, dans des démarches plus que douteuses. Il exerça des pressions sur le Quai d’Orsay, en effet, afin que des fonds secrets du ministère des Affaires étrangères leur financent un déplacement en Russie bolchevique. «Il propose rien moins que recruter des hommes de main afin de lancer des attentats contre les nouveaux dirigeants jugés les plus dangereux [Lénine et Trotski notamment], ou pour commettre des sabotages», écrit Assouline. «Helsey est effrayé. Albert Londres est allé […] beaucoup trop loin. On le sent, on le sait prêt à tout. Il semble ignorer les limites et les points de non-retour. Ce n’est même plus une question de déontologie, ils n’en sont plus là à ce stade de leur coupable entreprise. Il s’agit de morale».
De tels commentaires n’ont pas suffi à déconstruire le mythe artificiellement entretenu d’Albert Londres. Son biographe ne contourne pas les défauts du personnage, mais il les minimise dans un flot d’anecdotes ou les transforme en qualités. «Sous sa plume, nombre de pays semblent des contrées grotesques dirigées par autant d’Ubu-roi. Il est définitivement plus journaliste d’humeur que d’analyse. Il n’explique pas, il montre. Ne démontre pas mais raconte. C’est sa force» explique Assouline. «Londres a un grand souci du rythme général, de la composition d’ensemble, de l’attaque, de la chute, des effets secondaires, et surtout de l’ellipse. Rien n’est chez lui écrit au hasard. Tout est pesé. Littérairement et poétiquement s’entend, car l’exactitude historique et politique paraissent secondaires.»
Assouline reconnaît qu’il manquait à son héros une qualité essentielle pour les journalistes, la précision. Mais selon lui, Londres avait «un sens aigu de l’ellipse, du paradoxe et du raccourci dans le seul but de gagner en impact». Il abusait des dialogues reconstitués, «qui sont souvent le sel de ses articles», donnant aussi l’impression de rencontrer beaucoup de monde ? Sur ce point non plus, le biographe et ses lecteurs ne semblent pas avoir été vraiment choqués.
L’indulgence d’Assouline à l’égard de son sous-ecrivain et sous-journaliste mué en modèle par la presse française, est particulièrement frappante quand il revient sur le particulièrement «londrissime» reportage intitulé Les chemins de Buenos Aires. Durant cette enquête sur les prostituées françaises en Argentine, Assouline explique que «le redresseur de torts n’est pas venu respirer l’air du Río de la Plata mais travailler intensément […] à un reportage qui surprendra. Contre toute attente, il se lance dans une défense et illustration de la prostituée, assortie de grandeur et servitude du proxénète… Une double réhabilitation, qui ne laisse pas de surprendre au prime abord».
À Buenos Aires, notre grand reporter modèle ignore les Argentins, explique le biographe, car «il les déteste et les présente comme de tristes sires entièrement voués au culte de l’argent […]. D’après son enquête, elles se divisent en deux catégories : les malheureuses, qui représentent 80% de cette population, et les vicieuses qui font le reste. Ses chiffres ne viennent pas d’un Institut de sondages, de statistiques ou de démographie mais de son petit calepin. L’intime conviction basée sur l’observation personnelle, élevée au niveau de science. Autrement dit, pour parler comme lui, le pifomètre.» Assouline ajoute que selon Londres, «le Milieu c’est l’Armée du Salut. Sans lui les filles seraient toujours à la rue, mais sans défense, sans ami, sans protection. En un mot : sans amour».
Un tel constat aurait dû provoquer des débats au moment de la parution de cette biographie, mais il n’en fut rien. L’alchimie assoulinienne, consistant à transformer des pratiques journalistiques plus que douteuses en trésors d’enquêtes, a bien fonctionné avec la complicité de ses confrères. «À la lecture de son Chemin de Buenos Aires, on hésite entre divers sentiments : la révolte, la nausée, l’incrédulité, le fou rire… À partir des matériaux qu’il rapporte d’Argentine, le lecteur peut se faire une idée et aboutir a des conclusions tout a fait opposées, ce qui est peut-être le secret d’un reportage réussi.»
Les éloges et l’indulgence d’Assouline à l’égard d’un journaliste qui a réalisé des enquêtes approximatives, marquées par des conflits l’intérêt, ne sont pas isolés. Le Prix Albert Londres, décerné pour des articles généralement produits hors de France eux aussi, perpétue tous les printemps le mythe du journaliste modèle et voyageur. Jusque dans les écoles de journalisme et à l’instar des enlèvements surmédiatisés de correspondants français en Irak, cette légende permet de cultiver une illusion de grandeur d’une profession bien plus précaire que puissante ou exotique. Dans le même contexte culturel, certains lauréats qui ont commis des fautes professionnelles prouvées, continuent de bénéficier du label Albert Londres. On peut s’étonner de l’absence absolue de débat, dans la profession, au sujet de la qualité des travaux couronnés tous les ans. La cuvée 2006 du Londres en a d'ailleurs offert une récente illustration, le prix Journalisme écrit ayant été décerné à la journaliste Delphine Minoui, correspondante du Figaro en Iran. Ses articles ont beau être fortement contestés par certains Iraniens, qui lui reprochent son excès de complaisance à l’égard du régime des Ayatollahs, la question n’est pas discutée dans les médias français. Etant trop dérangeante pour des journaux timorés et corporatistes, elle sort de leurs couvertures radar.

PayAm Amini, pendu en public le 29 septembre 2002. Refusant de porter un bandeau, il a crié, quelques secondes avant de mourir : «Nous n'avons tué personne, nous ne méritons pas de mourir. Beaucoup de crimes atroces sont commis chaque jour dans ce pays et pourtant personne n'est puni.»


Il y a un lien entre la déconstruction insuffisante de ce mythe et la vulnérabilité relative de la presse française. Celle-ci ne peut pas prétendre constituer un véritable quatrième pouvoir, en effet, si elle ne revient pas clairement sur ses fautes et ses faiblesses, à commencer par celles de son prétendu modèle. Quitte à reconnaître l’intérêt de certains reportages de Londres, notamment son récit – aux dimensions si actuelles – sur les juifs d’Europe centrale et de Palestine il y a 80 ans.

Notes :
(1) : Pierre Assouline, Albert Londres, vie et mort d'un grand reporter (Balland, 1989, repris par Gallimard dans la collection Folio).
(2) : Dans Câbles et reportages, une anthologie d’articles d’Albert Londres (éditions Arléa, 1993).

29/06/2005

Pierre Assouline, journaliste blessé mais magnanime

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Courrier envoyé hier à l'inénarrable Pierre Assouline, le journaliste qui a passé le Verbe à la Soupline. Je fais bien sûr référence à ce qu'il n'est tout de même pas encore convenu d'apeller l'affaire Assouline, l'homme n'étant rien hormis un enchevêtrement de petits réseaux parisiens, un peu de vent en somme, certes malodorant mais... suis-je bête, car c'est bien là la presque exacte définition de ce que l'on nomme, dans le petit milieu parisien des lettres et des livres (la distinction est d'importance, croyez-moi), une affaire.

Cher monsieur.
Vous ne manquez tout de même pas de toupet. Certain internaute vous ayant fait remarquer que vous étiez souvent attaqué, par de vilains blogueurs dont je suis selon toute apparence, vous avez osé affirmer que face à vous, il n'y avait aucun contradicteur de valeur ! Je rappelle votre texte, au style reconnaissable entre tous : A Blast [l'un de vos éminents lecteurs], La violence et la haine de certains internautes relèvent d'une pathologie qui m'échappe et m'intéresse peu. D'autant que lorsqu'on est face à eux dans un débat, ils se font tout petits. Les récentes attaques que vous citez ne valent même pas d'être relevées: outre leur excès, elles sont toutes basées sur une accusation, celle d'avoir volé le titre de La république des lettres à un autre blog : or le mien s'intitule La république des livres. Trop nul, non ?
J'adore toute particulièrement cette clausule où j'ai cru discerner un miroitement de l'eau la plus rimbaldiennement pure...
Est-ce une blague cher monsieur ?
Je vous rappelle ce mien texte, qui peut-être vous rafraîchira la mémoire.
Un débat dites-vous encore cher monsieur ?
Cela tombe bien, nous n'en avons jamais eu parce que vous m'avez viré de vos commentaires, sans la moindre ligne d'explication. Bel exemple de professionnalisme sans doute et de volonté de confrontation...
Vous me faites bien rire : honnêtement, de quoi aurais-je peur, à me trouver confronté à votre seigneurie maljournalistique ? De votre culture littéraire ? Elle ne vaut pas grand chose. De votre style ? Il ferait sourire un potache de cinquième, et je passe sur votre déplorable orthographe. De quoi d'autre ? De votre talent de polémiste-né ? Je crois qu'aucune fée de ce type ne s'est penchée sur votre berceau...
Vous me faites décidément beaucoup rire et si j'étais journaliste, ce qu'à Dieu grâce je ne suis pas, j'aurais honte d'être de votre bord, je vous le dis bien sincèrement...
Je note que vous n'avez toujours pas pris position sur l'article de Livres-Hebdo... Erreur sur le titre ? Peut-être après tout, la caste des journalistes littéraires n'étant tout de même pas caractérisée par un professionalisme démesuré n'est-ce pas... Du reste, je ne crois pas qu'il y ait eu erreur, répétée sur plusieurs lignes et sans que jamais vous ne releviez la faute, car j'imagine que vous avez dû lire l'article en question, sans cela, nouvelle preuve de maljournalisme... : vous voici tout simplement gêné que nous ayons insisté pour dévoiler vos petites magouilles entre copains...
Ah ! Comme j'ai hâte, croyez-moi, que naisse à la rentrée votre american weblog, que nous nous amusions un peu...
Je me permets de vous assurer que je fais grande publicité de cette picrocholine affaire.
Cordialement, monsieur le journaliste.

Après ce courrier, la réponse donc de notre éminent critique, postée sur l'un de ses commentaires, que je ne prends pas la peine d'indiquer par un lien, de peur que mes lecteurs, allant visiter notre bienheureuse République des livres, ne soit tout d'un coup la victime d'un amollissement de sa colonne vertébrale, drôle de maladie que certains experts ont décidé de nommer sans plus de délai : assoulinite aiguë. Du reste, Marc Alpozzo ayant mené à bien la tache redoutable de commenter l'écrit, si pareille exégèse est possible, du magnanime journaliste, je ne prends pas la peine de revenir sur la pauvreté grammaticale, stylistique, littéraire et, tout simplement, intellectuelle, de Pierre Assouline.
Je m'étonne toutefois. Car enfin, si erreur, apparemment (pour l'instant, rien ne le prouve), il y a eu dans le titre donné au futur tabloïd journalistique souplinien, il suffisait de la corriger en déclarant benoîtement, comme il se doit : oui mes chers lecteurs, je rends grâce au bon (enfin, il est plutôt méchant mais passons...) Stalker et à d'autres d'avoir attiré mon attention sur une lamentable confusion dont tel article de Livres-Hebdo, organe a priori de qualité, a pu être l'origine et je présente mes excuses les plus plates à Noël Blandin, auquel le titre de République des lettres semble selon la jurisprudence française appartenir, légalement si ce n'est moralement. J'ajoute en outre que cette pitoyable erreur, qu'apparemment personne n'a vue pas même moi qui me suis pourtant relu avec l'attention dont je fais toujours preuve, n'est absolument pas le signe et encore moins la marque indélébile de la qualité et du sérieux du travail des journalistes de Livres-Hebdo.
Bon, il est vrai que Pierre Assouline, n'ayant guère l'habitude de dépasser la structure syntaxique minimale, aurait eu sans doute quelque mal à construire semblables phrases non anémiées et dépassant le corset débilitant du sujet, verbe, complément.
Ainsi, avec ces quelques mots, chacun serait donc retourné à ses préoccupations : Blandin à ses livres, Alpozzo à ses bottages de culs, Elizabeth Flory à ses revues de presse et Assouline, sans doute, à ses flatulences littéraires. Mais non, Pierre, dont la moustache impeccable rarement se frise, se fait bernard-l'hermite et pleure, il a été méchamment attaqué, rendez-vous compte, par des types qui puent la haine et les Bacchantes qui recueillent chacun de ses borborygmes comme s'il s'agissait d'une larme de Sphinx admettent tranquillement que leur bon maître a été bafoué dans son honneur de journaliste, ce qui est, pardonnez-moi puisque nous en sommes aux références mythologiques, une chose aussi rare que la contemplation d'une licorne mâchant de l'avoine. D'ailleurs, la preuve irréfutable de la qualité des lecteurs de Pierre Assouline ne nous est-elle pas apportée par telle réponse énigmatique et pleine de redoutables menaces (t'es malade connard) que m'envoya un Suisse, Thierry Kron dont on appréciera l'indéniable talent de peintre, sympathique helvète qui apparemment, le pauvre, présente quelque cousinage génétique avec notre bon journaliste républicain si l'on en juge par le tudesque bol qui cache le bas d'un visage aussi épais et peu amène que le haut, visage dont le regard, n'est-ce pas, paraît luisant d'un éclair d'intelligence que tous vous aurez remarqué je l'espère ? Dès lors, le même bon lecteur suisse n'a-t-il pas beau jeu je vous prie de déclarer, à mon endroit : dommage qu'un homme aussi cultivé soit aussi malade mental... ?

Pierre Assouline a sans doute les lecteurs que mérite sa prose ingrate, cette soupe indigeste où ne flottent qu'une multitude de fautes communes et de banalités insignes mais là n'est pas vraiment le point qui retient mon attention. En fait, je suis consterné par deux choses, deux des ingrédients qui composent l'immonde tourin me le rendent indigeste : la lâcheté périgourdine du bonhomme et la mauvaise foi tellement caractéristique du piètre journaliste que je pourrais hésiter à la nommer si, dans ce cas comme dans tant d'autres du même ressort, il n'en allait, en fin de compte, d'un habituel manque de probité intellectuelle. Le bokassien président de la République des livres, élu par aucun suffrage mais flairant la bonne affaire s'il faut en croire Livres-Hebdo, népotisant donc à tour de bras, est non seulement nu à mes yeux mais, acéphale encore, j'en aurai fini en déclarant qu'il est tout simplement perclus de trouille.

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