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31/03/2010
Éric Bonnargent, François Monti, Juan Asensio, entretien, 7 et dernier

Antoine Correia, série des Crânes, peinture reproduite avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Rappel
Annonce.
Préface, par Paméla Ramos.
Entretien, 1.
Entretien, 2.
Entretien, 3.
Entretien, 4.
Entretien, 5.
Entretien, 6.
Asensio
Éric, je crois qu’il va falloir que vous vous replongiez dans les ouvrages de George Steiner ! Qu’il évoque la pensée pour le moins complexe du grand Walter Benjamin sur la question du langage ou celle, chatoyante et superbement réactionnaire (j’emploie ce mot à dessein, pour choquer les petits gardes-chiourmes de la pensée molle) de son ami Pierre Boutang, un fait semble clair dans l’esprit de Steiner, même s’il est indémontrable en effet : nul ne sait à quoi peut ressembler la langue unique, adamique, objet de centaines d’enquêtes plus ou moins loufoques au cours des siècles, mais nous pouvons quand même tenter de l’imaginer grâce au procédé d’une traduction réussie, c’est-à-dire poétique, celle qui serait œuvre d’art à part entière, pont entre la langue étrangère et la langue dans laquelle cette dernière est traduite. Cette troisième langue, ce tiers invisible qui n’est plus tout à fait la langue traduite et plus tout à fait la langue dans laquelle la traduction a été réalisée est à mon sens une image intéressante capable d’illustrer la volatilité essentielle de cet idiome universel, premier, dans lequel un grand texte a été écrit, vers lequel tout grand texte fait signe, qu’il s’agisse de la Divine Comédie ou du théâtre de Shakespeare.
Vous permettrez que je me cite (Essai sur l’œuvre de George Steiner) : «Sans Babel, pas de traduction, nul dialogue socratique entre les essences volatiles des mots précieux, uniques, intraduisibles. Et la traduction véritable – celle qui exclut la plate transposition ou le calque du baragouin nord-américain, ce pain et ce vin de la nouvelle communion mondialiste – est par essence un acte poétique, puisqu'elle est revêtue, selon Humboldt, d'une coloration d'étrangeté (1). Avec son ami George Steiner (qui écrivit dans Après Babel) : «Je me suis attaché à exposer une idée élémentaire mais capitale : la traduction d'une langue dans une autre est l'objet de ce livre, mais c'est aussi une voie d'accès à l'étude du langage lui-même. Correctement interprétée, la «traduction» est une portion de la courbe de communication que tout acte de parole mené à bien décrit à l'intérieur d'une langue»), Pierre Boutang écrit (l'un et l'autre contre Henri Meschonnic) : «Je n'espère pas me voir accorder d'emblée que le passage, surnaturel en effet, d'une langue à une autre, exceptionnel autant qu'on l'imagine, ait précisément besoin de cette poésie pour s'accomplir, et que, hors d'elle, il demeure illusoire ou s'annule aussitôt» (2). La poésie serait-elle cette langue fantôme – hantant, en somme, du côté de la vraie vie et non plus de la mort, une demeure que sa présence frôlante ne cesserait d'enrichir d'événements surprenants –, ni celle du poème créé et écrit, ni celle du poème traduit, qui selon Steiner et Boutang, serait l'idiome vrai où toute œuvre d'écriture trouverait son repos ?».
Cette question de la traduction peut nous aider à comprendre ce que j’ai tenté d’affirmer plus haut. Il existe bel et bien une vérité de l’œuvre, une vérité de l’art, à l’inverse de ce qu’a pu déclarer récemment, dans sa polémique avec le réalisateur Claude Lanzmann, Yannick Haenel, ce faux écrivain (http://stalker.hautetfort.com/archive/2009/10/05/jan-karski-de-yannick-haenel-ou-le-faux-temoignage.html) pillant les textes des grands romanciers et philosophes comme certains détrousseurs pillent les cadavres. Je vous accorde amplement le fait que cette certitude est un acte de foi, une lecture comme si, pour évoquer de nouveau George Steiner dans Réelles présences (3) qui déclare : «Ce que j'affirme, c'est l'intuition que lorsque la présence de Dieu est devenue une supposition intenable, et lorsque Son absence ne représente plus un poids que l'on ressent de manière bouleversante, certaines dimensions de la pensée et de la créativité ne peuvent plus être atteintes. Et je modifierai l'axiome de Yeats de la manière suivante : aucun homme ne peut lire pleinement, ne peut répondre de manière responsable à l'esthétique, si «sa chair et ses fibres» sont à l'aise dans la rationalité sceptique, se sentent bien dans l'immanence et la vérification. Nous devons lire comme si».
Une fois de plus, mais il me semble avoir déjà souligné ce point, je n’oppose en aucun cas la multiplicité des approches critiques, qui me semble constituer l’essence même de cet art qu’est la critique littéraire, et la vérité de l’œuvre, qui est davantage un mystère qu’un problème qu’il faudrait de toutes ses forces tenter de résoudre. Une parabole peut nous éclairer : dans l’un de ses textes les plus célèbres, l’indécrottable scientiste qu’était Arthur C. Clarke a eu la géniale intuition que les monolithes noirs par lesquels une race à l’intelligence supérieure signalait sa présence dans l’univers ne pouvaient être compris par l’humanité, qu’il s’agisse de celle de l’aube du monde comme de celle, très fière de son savoir scientifique, qui s’est installée sur la lune. Je ne sais pas si Clarke était un lecteur des textes kabbalistiques mais il me semble évident de remarquer que son monolithe noir est une image figée, donc peu ou prou ridicule, de l’aleph tel que Borges en imagina la déhiscence dans l’un de ses textes. De fait, quel que soit le progrès de nos connaissances, nous buterons toujours sur la réelle présence qui se donne dans et par l’œuvre d’art. Cette réelle présence est tout simplement celle que vous (du moins, je vous le souhaite) et moi, que tout homme a au moins éprouvé une fois, ne serait-ce qu’une seule fois dans sa vie, face à la beauté de la nature, d’une femme ou d’un homme, d’un enfant qui vous sourit, d’un animal libre. Une pure minute, une pure seconde de bonheur. Cette réelle présence est amour et beauté, le noyau finalement de toute grande œuvre, quelle que soit la noria de lectures qu’elle déclenchera.
Vous me direz où vous voyez le dogmatisme dans ma position. Vous me direz si mes critiques, du moins les meilleures (il doit y en avoir, statistiquement… !), enferment le lecteur plus qu’elles ne tentent de faire rayonner les grands livres, donc de donner à ce lecteur le sens du mystère, de la quête pérenne que constitue tout travail d’interprétation. Vous me direz, a contrario, si les bluettes cacographiques d’un Georges Molinié ne sont pas de purs actes de haine face à la beauté des textes, qu’ils tentent, je le dis comme je le pense, de souiller, heureusement sans y parvenir. Je cherche à l’accueillir, cette beauté que je quête sans relâche dans les œuvres littéraires et j’appelle mauvais critique celle ou celui qui crache sur cette beauté, comme j’appelle mauvais traducteur celui qui est incapable de me donner à voir la beauté d’un texte : lisant d’ailleurs Evenson (Contagion), un auteur que vous appréciez je crois tous deux, vous voyez vers quel traducteur mon regard se tourne. Je n’accepte donc absolument rien par défaut mon cher Éric, c’est même tout le contraire, et vous me faites l’effet, l’un et l’autre, de vous raccrocher pour le coup comme vous le pouvez à quelques idoles qui, aussi discrètes soient-elles, vous enchaînent. Vous vous croyez libérés de tout dogmatisme alors que le simple fait que vous ne soyez pas, que vous ne puissiez être, bien sûr, des nihilistes accomplis, je veux dire : des hommes pour lesquels absolument rien n’a de sens et surtout pas un livre, prouve que vos lectures sont dogmatiques puisque vous êtes bien obligés de défendre un point de vue plutôt qu’un autre ! Dès lors, vous servez cette vérité, à votre insu ou pas, peu importe car celui qui n’est pas, au sens noble du terme, un serviteur, n’a que faire des attitudes malhonnêtes, impies qui constituent l’essentiel de ce qui nous est donné, aujourd’hui, en guise de critique littéraire. Or, je crois savoir que, chacun selon son génie et ses armes, nous avons tous les trois choisi de lutter contre un certain verbiage journalistique, une critique littéraire qui n’est rien de plus, Gracq avait parfaitement vu cela dans son excellente Littérature à l’estomac, que réclame qui n’a pas fini de faire des ravages. Je vous taquinerai en vous recommandant donc, selon l’enseignement de Jean-Luc Marion relatif à l’idole, de prendre… un peu de distance.
Monti
Bien que j’imagine qu’elle est en partie dirigée contre moi, je ne peux que partager certains éléments de la conclusion de Juan. L’accusation de dogmatisme que vous portez me fait sérieusement penser à celle que certains athées adressent aux croyants. Une belle histoire de paille et de poutre… Si la non-existence d’une vérité n’est pas un dogme sauce postmoderne mais qu’est-ce donc alors ? Je connais des gens qui se disent sceptiques, qui disent qu’ils doutent de tout mais qui, ce faisant, affichent un nombre incalculable de certitudes qui contredisent leur crédo. Vous êtes de la même trempe, Bartleby, et votre planche de salut n’est peut-être pas cette vérité que vous préférez nier car la savoir inatteignable vous est trop dur, non, votre planche de salut est ce mantra que vous vous répétez : «il n’y a pas de vérité, il n’y a PAS de vérité», dont le sens n’est finalement pas si compliqué à décrypter : «il n’y a pas de vérité plus légitime que la mienne». Trêve de mauvaise foi. En vérité, le dogmatisme n’est pas qu’affaire de position philosophique, métaphysique, morale, théologique. Nécessairement, un relativiste ne saurait être dogmatique ? Grossière erreur : le dogmatisme est aussi affaire d’attitude, et le relativiste croit dur comme fer à sa proposition indémontrable. Et comment qualifier autrement quelqu’un qui, comme vous, nous dit que s’il revient les mains vides de la chasse au trésor, c’est nécessairement… qu’il n’y as pas de trésor ! Ce qui, au bout du compte, m’attriste le plus, c’est le sous-entendu grotesque qui voudrait que vous, sur la mer de l’incertitude, n’avez pas besoin de planche. Non, j’imagine que sur cette mer, vous pouvez marcher !
Vous me qualifiez de «positiviste». Allons, relisez-moi une fois et voyons ce qu’il en ressort. Je ne crois pas au progrès, encore moins au progrès de l’esprit humain. Je ne crois pas que la science remplacera la métaphysique. Enfin, si je dis qu’il y a effectivement une vérité, je ne prétends certainement pas qu’au fil du temps et des «progrès» on se rapproche inéluctablement de celle-ci. Je vous le dis une fois de plus : je m’intéresse à une littérature qui travaille les représentations humaines contemporaine et qui délaisse la métaphysique pour le champ de la science et des techniques, principaux producteurs de sens dans une société scientiste et positiviste. Je suis donc des auteurs qui dissèquent le corps d’une société progressiste, scientiste, technolâtre, consumériste et festive. Et voilà, on ne sait trop comment, que c’est moi le cadavre ! La prochaine révélation, c’est que Bret Easton Ellis est, en fait, Patrick Bateman…
Je note que cette fantastique erreur de lecture, que vous répétez encore et encore (mentez ! mentez ! il en restera toujours quelque chose) prouve par l’absurde une de mes assertions précédents : il y a des lectures fausses.
Voilà qui nous ramène à Moretti. D’une certaine façon, vous l’avez bien situé : il est en effet marxiste. Mais comme je l’ai signalé, ce n’est pas la douteuse dimension «scientifique» qui m’intéresse. Cette déclaration vient dans un contexte chargé, où les écoles interprétatives pullulaient et un même roman était susceptible d’être soumis à une analyse marxiste, une analyse psychanalytique, une analyse féministe, structuraliste, poststructuraliste, post-colonialiste, déconstructionniste, etc. Chacune d’elles, évidemment, comptant ses variantes et querelles internes… Visiblement, vous applaudissez cette diversité. Le problème, bien entendu, ce que loin d’enrichir, loin de faire sens ou de permettre au lecteur de «construire le sens», ces approches finissent par considérer tout roman comme un ensemble de pages blanches reliées sur lequel il suffira de projeter ses propres fantasmes. Ce n’est pas un travail de lecture, c’est un travail de réécriture complète. Un exemple concret ? Ce critique américain qui proposait que La littérature nazie en Amérique était, en fait, une anthologie comme il y en aurait si les fascistes avaient gagné. Mais où donc voit-il un indice de cela dans le texte ? C’est dans ce cadre-là que j’affirme qu’il y a des critiques fausses. Ou plutôt, qu’il y a des faussaires. Et même si vous le niez pour la galerie, je crois que vous en avez bien conscience. Ne doutiez-vous pas récemment de la justesse d’une lecture des Malchanceux par Jonathan Coe ? Le fait même que vous proposiez certaines lectures personnelles ne suppose-t-il pas que vous y confériez un certain degré de crédibilité, de justesse, de pertinence ? Le fait même que vous pensiez que votre lecture est, en certaine mesure, juste (si ce n’était pas le cas, vous ne la défendriez pas lorsqu’on montre son désaccord) induit qu’il y en a nécessairement des fausses, à degrés divers.
Je note enfin l’ironie de la question que vous nous posez : «Quel est le mystérieux critère qui permettrait de distinguer la bonne de la mauvaise critique ?» Mais enfin, Bartleby, n’est-ce pas vous qui, en ouverture de cette discussion, vous lamentiez que selon certains lecteurs, il était possible d’établir des différences entre bon et mauvais dans tous les domaines artistiques sauf dans la littérature ? Nous vous avions, il me semble, rassuré en disant que si, que bien sûr, nous étions d’accord avec vous, qu’en littérature aussi on pouvait établir des différences. N’est-ce pas vous qui venez de me dire «la critique est un art, pas une science» ? J’applaudis des deux mains cette déclaration mais je me demande si vous n’êtes pas en train de retourner votre veste : est-ce que le seul art où il n’y a pas de différence, pas de bon, pas de mauvais serait la critique ? Allez-vous aller jusqu’au bout de cette nouvelle logique et m’expliquer que, puisque je maintiens qu’il y a de mauvaises critiques et donc des critiques fausses, je suis un fasciste ? Après tout, mon dogmatisme est déjà forcené…
Bartleby
Calmez-vous, François… Vous vous énervez inutilement car vous ne m’avez visiblement pas compris et cela explique que vous voyiez une contradiction dans mes propos. J’ai déjà dit, François, que ma position n’a rien à voir avec le scepticisme, encore moins avec le nihilisme, Juan. Ce que je nie, c’est qu’il y ait une (UNE, u-n-e, une, une seule, quoi !) vérité de l’œuvre. Ce que j’affirme, c’est qu’il y a des vérités de l’œuvre. Nulle part, je n’ai dit qu’il n’y a pas de vérité, si ce n’est, justement, dans les livres qui n’en sont pas, c’est-à-dire dans les livres insignifiants. Un livre, pour avoir une valeur littéraire, doit faire sens; il doit pointer des problèmes, offrir des lectures; s’il ne dit rien, un livre n’est livre que par son format, il n’est livre qu’en tant qu’objet. De la même façon qu’Aristote disait qu’un cadavre n’est un corps que par homonymie parce qu’il lui manque l’essentiel, à savoir la vie, je dis qu’un livre qui se résume à son scénario peut certes être agréable, mais que ce n’est pas de la littérature. Parce qu’un livre, un bon livre et a fortiori un grand livre sera nécessairement reçu de manière différente par tels ou tels lecteurs, j’affirme que toutes les lectures critiques se valent du moment où (j’insiste : «du moment où») elles sont intelligentes et cohérentes. Nous pouvons, chacun d’entre nous, avoir un point de vue différent sur un livre sans que cela ne pose de problème majeur, sans que l’une de nos lectures soit forcément à rejeter. Il n’y a donc aucun dogmatisme de ma part. La lecture que fait Juan de La Route de McCarthy n’est pas la mienne : il y voit l’annonce d’une nouvelle chrétienté, j’y vois l’effondrement du monothéisme. Nous sommes presque à l’opposé l’un de l’autre, mais cela ne m’empêche pas de trouver sa lecture tout à fait pertinente. Votre lecture, François, de Nocturne du Chili de Bolaño diffère assez radicalement de la mienne et je n’y vois pas non plus d’inconvénient tant elle me semble être une lecture possible parce qu’intelligente. Si vous n’êtes pas assez dogmatique pour dire que vous avez raison, vous insistez suffisamment à ce sujet pour montrer que j’ai tort et donc, implicitement, que vous avez raison… Je me répète : aucune lecture ne me dérange, à condition qu’elle soit sérieuse et cohérente. Vous êtes donc bien injuste de me reprocher de m’en prendre à la préface de Jonathan Coe aux Malchanceux de Johnson. Je m’étais justifié en montrant que cette préface est souvent bavarde. Coe s’étonne par exemple qu’un homme aussi désordonné que Johnson ait pu écrire un livre non relié. Non seulement, je ne vois pas le rapport (bien au contraire puisqu’il faut sans doute un sens hors pair de l’organisation pour réaliser cela), mais je ne vois pas non plus l’intérêt de cette remarque. Où est la pertinence lorsque Coe affirme que l’auteur a échoué à détruire la linéarité du roman sous prétexte que celle-ci est conservée à l’intérieur des livrets ? On ne peut pas dire n’importe quoi, voilà tout. Je partage ainsi votre avis sur le texte de ce critique américain auquel vous venez de faire allusion qui considérait La littérature nazie en Amérique comme une anthologie paradigmatique de ce qui existerait si le monde était fasciste.
Il faut que vous me compreniez, François, je suis d’accord avec vous sur bien des points. Nous avons tous les trois, du moins je le crois, une manière de pratiquer la critique assez semblable malgré tout ce qui peut nous séparer du point de vue idéologique. La seule chose que je refuse est l’exclusivité de telle critique par rapport à telle autre. Et si je parlais de dogmatisme, cela n’avait rien d’insultant, c’était simplement pour souligner une conséquence logique à vos paroles. S’il y a une lecture vraie, lecture qui doit sans doute être la vôtre, s’il y a une lecture vraie donc, cela signifie que les autres lectures, quelles qu’elles soient, sont fausses. Je refuse cette exclusivité et c’est pourquoi, tout comme vous, je me défie des écoles en «isme» où l’uniformité règne. Je crois que c’est Hannah Arendt qui disait que la vérité est d’essence totalitaire. Si je suis dans le vrai, les autres sont dans le faux et tous les excès sont alors envisageables pour les ramener dans le droit chemin. Entre nous, cela donne quelques poussées de véhémence, mais en politique, c’est bien plus dangereux.
Pour finir, nous devrions peut-être plus insister sur nos points communs que sur nos différences. Je crois que ce qui nous réunit, malgré toutes nos différences, c’est une certaine exigence et, comme vous le dites souvent, Juan, une défiance envers la critique creuse et/ou verbeuse. Nous pouvons peut-être proposer comme premier critère celui de la pertinence interprétative. Et ne me dites pas une nouvelle fois que je me contredis ! Je rejette toujours la vérité, mais il y a quand même du pertinent et de l’impertinent, comme il y a de grands livres et de mauvais livres.
Notes
(1) W. von Humboldt, Sur le caractère national des langues et autres écrits sur le langage (traduction par Denis Thouard, Seuil, coll. Points Essais, 2000), p. 39.
(2) Pierre Boutang, Art poétique, autres mêmes… (La Table ronde, 1988), p. 9.
(3) Réelles présences Les arts du sens [Real presences Is there anything in what we say ?, 1989] (Gallimard, coll. Folio Essais, 1991), p. 272.
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