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22/09/2008

La critique littéraire s'est-elle réfugiée sur Internet ?

«La maladie littéraire et d’art, comme on dit, est très commune de nos jours… Mais peut-être en aucune époque, j’ose le dire, la phrase et la couleur, le mensonge de la parole littéraire n’ont à tel point prédominé sur le fond et sur le vrai comme en ces années. Le règne de la plume a succédé, à la lettre, au règne de l’épée.»
Sainte-Beuve, Port-Royal (Renduel, Paris, 1842, vol. II), p. 42.

«Ces survivants, soustraits à toute descendance, ont des physionomies solitaires : leur inutilité est majestueuse, la sagesse qu’ils n’ont peut-être pas, et qu’ils ne veulent certainement pas transmettre, nous regarde en silence comme tout souvenir qui accepte d’être détruit.»
Roberto Calasso, La ruine de Kasch (Gallimard, coll. Folio, 2005), p. 158.


En guise d'introduction à cette note, je me permets de vous conseiller la lecture de ce vieux texte paru en 2005, puisque, comme toutes les années, nous naviguons (certains s'y empêtrent, d'autres y coulent) dans la Mer des Sargasses de la rentrée littéraire : Robinson ou les limbes de la littérature.

La question posée en titre de cette note est purement oratoire puisque, à simplement considérer le travail que des blogueurs tels qu'Antonio Werli, François Monti, Jean-Baptiste Morizot, Jean-Louis Kuffer, Olivier Noël et quelques autres qui m'en voudront horriblement de ne point être cités dans cette liste minuscule donc élitiste, je dois répondre, tout simplement : oui, la critique littéraire, quelles que soient du reste les opinions émises par ces quelques rédacteurs que j'ai nommés (1), est aujourd'hui beaucoup plus sérieuse, admirative, parfois admirable, documentée, partiale selon l'exigence de Baudelaire, écrite en un mot qu'elle ne l'est, depuis combien d'années déjà, dans les quotidiens, les hebdomadaires et même les revues spécialisées.
J'avoue ne presque plus lire, et encore d'une seule paupière tombante, les pages dites critiques voire littéraires du Figaro, du Monde, de L'express, du Point, de Valeurs actuelles, du Nouvel Observateur, des revues spécialisées également comme Le Magazine littéraire, La Revue littéraire de Léo Scheer, dont le dernier numéro est d'une telle richesse critique que nous y trouvons les platitudes absolues délivrées comme des oracles par Catherine Millet ou Josyane Savigneau ou encore Europe, même si cette dernière, dont les dossiers sont bien souvent remarquables, surpasse très facilement ses concurrentes. Et que dire des revues dites culturelles (autant dire que l'on y trouve tout, puisque, selon l'axiome des Modernes, tout est culture, même un livre d'Angot), aussi branchées que ridiculement superficielles que sont Transfuge, Chronic'art, Technikart et leurs petits clones permanentés comme Inculte ?
Examinons le cas du Point par exemple : comment accorder quelque soupçon de crédit intellectuel à sa récente interview pirate (numéro du 4 septembre 2008, pp. 90-91) aussi imaginaire que profondément stupide, avec Michel Houellebecq ? Tout y pue la malhonnêteté la plus indigne, la sottise, la paresse, la vengeance à deux francs six sous, le règlement de compte minable, en un mot, la vulgarité, qualité qui semble décidément l'une des marques de Christophe Ono-Dit-Biot qui, il est vrai, saluant le mauvais bouquin (qualifié de «livre donut» par notre pitre verbeux) de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy dont on nous encombra les oreilles et la vue (peut-être même le nez), explora quelque trou noir intellectuel qui, c'est au moins la qualité des trous noirs véritables, le dévora.


Une descente de tel ou tel livre (ou bien de tous !) de l'auteur, Houellebecq ou un autre, je ne suis pas contre : mais, alors, mes chers plumitifs, de grâce, tentez d'écrire ce que vous ne savez pas écrire et n'avez même pas envie d'écrire, c'est-à-dire une critique argumentée, écrite, imparable, brillante, partiale, colérique, même haineuse («La Haine est une fière muse, quand on l’a vraiment dans le cœur» déclarait, à propos de Victor Hugo, Barbey d'Aurevilly dans Le Constitutionnel du 12 mars 1877), qu'importe donc qu'elle soit de mauvaise foi si elle ose énoncer une vérité, rien qu'une, voilà qui aurait infiniment plus d'allure que ces propos extraits comme il se doit de leur contexte et assemblés à la va-vite, selon une habitude chère aux cacographes comme Pierre Assouline.
Aujourd'hui, et ce mouvement me semble s'accélérer, la compétence, la culture, la curiosité, l'amour du travail bien fait, la passion, l'admiration (celle qui fit écrire ces mots à Sainte-Beuve dans ses Causeries du lundi : «Fournir matière et jour à l’admiration, voilà la tâche en elle-même; et quelle autre est plus enviable et plus belle ?»), la colère, la partialité, la haine, l'hermétisme, la volonté d'être pédagogue, l'ironie, la mauvaise foi que nous sommes en droit de demander, en guise d'obole, à celle ou celui qui se prétend critique littéraire, sont des qualités qui ont trouvé refuge, mais disséminées, jamais présentes cependant dans leur totalité (car celle ou celui dont le talent amalgamerait ces caractéristiques serait, littéralement, un monstre), sur la Toile.
Un autre cas, à vrai dire, strictement le même, est constitué par les journalistes qui, comme Pierre Assouline, officient sur un blog. Je ne m'attarde point sur Assouline, une simple recherche sur mon blog permettant de découvrir nombre d'occurrences concernant l'un des plus mauvais blogueurs de la Toile, pour la principale et évidente raison qu'il ne fait qu'appliquer à un support électronique ses petites techniques de gratte-papier obsédé par la couleur brune et les bruits de bottes. Lire Assouline derrière son écran, c'est donc lire une mauvaise critique parue dans la presse qui aurait été simplement transposée sur un autre support, les fautes innombrables, la mise en page aléatoire et l'illusion de l'échange et de la réciprocité en sus, puisque notre maljournaliste ne répond qu'à un commentaire sur mille. C'est son droit le plus strict du reste mais alors, à quoi bon ouvrir les commentaires si ce n'est pour y répondre aux uns et aux autres, en prenant du temps, en réfléchissant à ce que l'on va écrire ? Pierre Assouline, ayez donc le courage d'affirmer, comme je le fais dans la Zone, que vous vous moquez comme d'une guigne des avis de vos lecteurs s'ils ne sont que des avis, ces pauvres papiers sales qu'un souffle de vent décolle du trottoir et recolle, quelques mètres plus loin, sur une flache malodorante, voire quelque monticule canin encore plus nauséabond. Ayez, comme je l'ai fait à maintes reprises, le courage de publier sur votre propre blog des textes intelligents, dont vous ne partagez pourtant absolument pas les vues. Avouez-nous, enfin, que la colonie de parasites s'alimentant (difficilement) de vos articles n'a qu'une seule raison : ce sont des lecteurs potentiels des publicités affligeant votre République bananière.
Il est vrai que Pierre Assouline n'est plus à une incohérence près puisque, non content de mépriser ses lecteurs, il publie, sans vergogne, leurs commentaires ! J'ai déjà dénoncé ce procédé scandaleux, de la part d'un prétendu auteur comme de son prétendu éditeur.
Je reviens au titre de cette note, pardonnez-moi : la simple évocation de Pierre Assouline, à mon sens l'un des plus mauvais lecteurs ayant pignon sur réseau et presse, a le don de me mettre en colère. Même son collègue Didier Jacob, qui ne se privait pourtant pas d'écrire, naguère, tout le bien qu'il pensait du livre aussi inutile que sot d'Assouline, même Didier Jacob qui lui, tout de même, a recueilli pour les éditions Héloïse d'Ormesson ses chroniques électroniques pour constituer un livre qui se lit sans déplaisir, entre l'orangeade et la pâtisserie, même Didier Jacob qui, donc, dans ce type de publication, n'a rien inventé, a infiniment plus d'allure, lorsqu'il écrit, qu'Assouline ! Je sais, je sais : prétendant ne point parler d'Assouline, j'en parle encore ! La peste soit de ce fantôme bavard !
Afin d'illustrer notre problématique, nul ne m'en voudra d'évoquer, ici, mon propre travail critique, pourquoi pas en m'appuyant sur un livre récemment paru, La Route de Cormac McCarthy?
Il s'agit donc, en premier lieu, pardonnez-moi d'évoquer cette coruscante banalité, de lire, ou plutôt, de savoir lire : non seulement de lire entièrement un livre, même si sa lecture vous arrache des larmes d'impatience (Les Fusils de Vollmann), mais de le voir, de le regarder attentivement comme s'il s'agissait d'un visage dont la complexion change infiniment suivant l'humeur qui est la vôtre, la lumière qui le baigne, le moment, du jour ou de votre vie, auquel vous le contemplez. Certes, au risque de choquer les imbéciles, savoir regarder, savoir lire donc est un don. Mais un don n'est rien sans travail.
Lisant La Route avec soin, stylo à la main, le relisant, il m'a fallu me plonger dans les milliers de pages électroniques où j'ai amassé le secret de lectures innombrables. Non seulement relire les notes prises sur (tous) les romans de McCarthy mais aussi toutes celles qui pourraient m'aider dans mon labeur (2) : la lecture est une herméneutique, nouvelle banalité sidérante bien sûr, mais l'herméneutique n'est à mes yeux rien de plus qu'un outil. Un outil pour forer. Un outil pour creuser un tunnel qui me permettra de tenter de descendre dans le labyrinthe du roman, afin d'y dénicher quelque veine d'or, quelque passage me conduisant vers de nouvelles profondeurs, qui sait, même, un couloir ténébreux me menant vers le monstre du romanesque comme le nomme José Bergamín. J'ai tenté cet effort dans un texte consacré à Ernesto Sábato : j'y affirme que ses romans sont riches de choses insoupçonnées, qui paraissent ne pas avoir de nom, peut-être même sont-elles ignorées par l'auteur lui-même. Tout grand roman découvre une strate très profonde où le langage, enfin !, en s'autonomisant, en se consumant, finit par se dévorer lui-même et renaître, selon un mouvement que j'ai développé dans Maudit soit Andreas Werckmeister ! : de cette plongée dans les profondeurs de l'écriture, de cette dévoration naît la douloureuse évidence que l'art rend au monde le service de le découvrir, à tous les sens de ce verbe. Un grand roman, non pas celui de Mathias Énard, qui n'est intéressant que si on le compare à la nullité sidérante des romans de cette rentrée (à quelques exceptions près que j'ai saluées et saluerai dans la Zone), mais ceux de Faulkner, de Conrad, de Melville, de Canetti, de Musil, de Proust, de Joyce, de Dostoïevski ou de Broch nous révèlent une réalité cachée, intimement nichée au dernier recès du monde, qui n'est point extérieur à la parole mais sa caisse de résonance et comme sa chair intime. Je me permets de citer quelque magnifique extrait de L'Arche de la parole de Jean-Louis Chrétien (3) : «Le monde lui-même est lourd de parole, il appelle la parole et notre parole en réponse, et il n'appelle qu'en répondant lui-même déjà à la Parole qui l'a créé. Comment serait-il étranger au verbe, lui qui ne subsiste, selon la foi, que par le Verbe ?»
Une lecture est ainsi, à mon sens, la réalité fragile, supérieurement complexe, le don de vision, qui sont les plus éloignés de ce que des cacographes émérites comme Georges Molinié utilisent prétentieusement pour ridiculiser (non : pour se ridiculiser) les textes qu'ils commentent bêtement.
Je ne commente pas, je déchiffre les signes. Je ne donne pas mon avis sur un livre, je montre qu'il vaut la peine d'être lu et commenté ou pas, j'affirme qu'il est un mauvais livre, un livre de mauvaise foi, un livre nul ou un bon livre, un livre qui ne se tient pas, qui n'a point de colonne vertébrale ou au contraire qui se dresse face à l'horizon. En un mot comme en mille et pour reprendre le vocabulaire de nos Trissotins médiatiques, je fais un travail de prescription, j'endosse la tenue malcommode du prescripteur alors que les critiques littéraires, dans leur immense majorité, ne sont rien de plus que des «caudataires de l'édition» comme a raison de l'écrire Jean Bothorel (4) qui poursuit : «La critique qui devrait être le lieu où s'énoncent les hiérarchies, les repères, les jugements, n'est donc plus qu'une oraison laudative (sic), et elle a perdu son rôle majeur : la pédagogie des œuvres. Loin de contrarier le mouvement de déculturation, elle l'accompagne, le nourrit. Elle est, au sens premier, vulgaire, c'est-à-dire sans aucune valeur»
Et, puisque toute lecture d'un (bon ? Pas seulement, même d'un mauvais livre selon Bolaño) roman est lecture de tous ceux qui ont été écrits avant lui (ici, un Borges ajouterait : et de tous ceux qui seront écrits après lui), l'office de vigie en quoi consiste le métier de critique est une plongée dans l'océan des livres, puis une remontée, afin de rapporter des hauts-fonds du nouveau. Je dis bien et répète : en rapporter du nouveau, et cela, quel que soit le livre ou, pour établir une distinction un peu sotte, qu'il s'agisse d'une œuvre classique ou moderne.
Pratiquement, ces beaux énoncés signifient que, lisant La Route, je me dois de relire tel autre roman, qu'importe qu'il soit de McCarthy, si j'estime que le livre de McCarthy peut éclairer d'autres livres, qui à leur tour éclaireront celui de ce diable de Texan.
Je fais remarquer que ma lecture de La Route n'est pas à proprement parler une lecture comparée comme celle-ci. Néanmoins, elle cite certains auteurs (Carl Sagan, Maurice G. Dantec) en tait d'autres (lesquels ? Ce sera peut-être l'objet d'une nouvelle note consacrée au roman de McCarthy) puisqu'une bonne critique se doit, comme un titre de livre, d'être suggestive voire : incantatoire. Une vraie critique doit être ce lanternarius qui guide, dans la nuit, les convives hésitants. C'est ce que je tentai, modestement, amicalement, sincèrement, c'est ce que je tentai de faire avec les romans de Maurice G. Dantec qui s'enfonce dans la facilité depuis quelques années.
J'aurais pu également évoquer un exemple encore plus récent et, quant à notre sujet, absolument remarquable. Je veux parler du concert de louanges journalistiques (et même virtuelles, avec un pathétique texte de Christophe Claro sur le livre de son ami) qui a salué la parution de Zone de Mathias Énard. Lyonel Baum, sur cette page, a regroupé les principales critiques (y compris la mienne, lui ajoutant un significatif et parfaitement inutile adjectif signalant son probable effarement devant un texte qui ne salue pas le roman d'Énard : négatif) de journalistes parues sur ce roman salué comme un événement : faites bien attention mes chers lecteurs, nous allons, ou plutôt, vous allez jouer à un jeu fort plaisant. Essayez donc de trouver la moindre différence de fond, parfois, même, de vocabulaire, entre les papiers de MM. Pierre Assouline, Grégoire Leménager, Gilles Heuré ou Baptiste Liger. Il n'y en a aucune, ces sots se contentant de se lire les uns les autres et de répéter la même antienne, remplaçant Homère par Cendrars, Butor par Nietzsche.
Dois-je penser dès lors, à l'instar de ce que notre cher Dominique Autié m'écrivait il y a quelques semaines (5), que «des signes récurrents nous sont donnés par l'ordre des journalistes de leur peur bleue devant notre simple présence sur la Toile : eux connaissent le poids des chiffres, eux savent ce que signifient deux mille visites par jour sur votre site (même si ce ne sont pas autant de lecteurs assidus à tout coup !».
Je n'en suis pas certain, la caste des journalistes, y compris celle qui, depuis quelques mois, parasite la Toile, se caractérisant en tout premier lieu par son extraordinaire incuriosité, manque de culture (pas seulement littéraire) et, aussi, mépris à l'égard des lecteurs et d'éventuels contradicteurs. Et puis, si les journalistes officient dans les lupanars d'une parole vendable, il n'y a rien de bien étonnant, dès lors, à constater qu'ils ont envahi la Toile, où la parole dévaluée, dévoyée, exerce sans faille son putanat matriciel.

Notes
(1) Le fait que je salue le travail de ces blogueurs, comme d'autres que je n'ai pas cités, ne m'a jamais empêché de pointer les faiblesses de certains de leurs travaux critiques. Antonio Werli, dont je ne partage pas franchement le goût immodéré pour un auteur tel que Pynchon, n'écrit ainsi pas grand-chose sur le très surestimé Zone de Mathias Énard, même s'il annonce dans ce texte une seconde partie de sa critique, que nous attendons avec impatience. Jean-Louis Kuffer nous bassine avec des notes plusieurs fois publiées, parfois à quelques semaines d'intervalle, sur son propre blog. Ai-je enfin besoin de rappeler quel fut mon désaccord profond avec tel compte rendu, aussi léger que superficiel, de Noël sur mon propre livre, Maudit soit Andreas Werckmeister ! ? Ai-je besoin de faire remarquer que notre cher ami, apparemment plus à l'aise lorsqu'il lit et commente à en perdre haleine certains navets de science-fiction (où il déniche, allez donc savoir par quel miracle, un souffle épistémologique, poétique, métaphysique, parfois même religieux qui semble se cacher dans une virgule alors qu'il infuse chacun des mots de textes qu'il ne sait pas lire...) que lorsqu'il tente de disséquer des ouvrages ne s'amusant pas seulement à créer de minces réseaux dédoublés de signifiance schizophrénique, n'a pas davantage compris le roman de Serge Rivron qui le lui fait d'ailleurs poliment remarquer, roman évoqué par mes soins ici ? Je pourrais encore citer mon désaccord avec la lecture d'Ygor Yanka de La Route de Cormac McCarthy.
(2) Sans compter le soin que j'apporte à la relecture et à la correction de mes textes. Je dois dire que je suis, dans ce travail ingrat, remarquablement secondé par certains de mes lecteurs, dont Cédric Alfano, que je remercie tout particulièrement.
(3) Éditions PUF, coll. Épiméthée, 1998, p. 175.
(4) Dans un livre facile (s'intégrant donc lui aussi parfaitement au circuit purement commercial qu'il prétend dénoncer) qui se lit en une grosse demi-heure, Chers imposteurs (Fayard, 2008), pp. 126 et 129.
(5) Je donne à lire l'intégralité de ce courriel, reçu sur Facebook. Puissé-je ainsi rappeler quelque peu la présence sincère et d'une politesse que l'on dirait d'un âge révolu de Dominique Autié : «Oui, cher Juan, je vous ai lu et j'ai constaté que vous rendiez, une nouvelle fois, hommage à mon statut de bénédictin de la Toile.
Votre vigilance et votre regard critique sur les contenus d'Internet sont – et c'est votre rigueur – à la mesure de votre engagement sur ce support. Je n'ai à me prévaloir d'aucun état de service où vous n'ayez vous-même engagé le meilleur de vos forces et de votre temps. Votre analyse de la non-littérature en ligne a trop de vertus stimulantes contre l'endormissement et la complaisance pour que j'ose la moindre polémique sur ce qui ne serait, au final, que des détails n'engageant pas le fond du propos.
Je pointe deux passages dans votre texte :
– Celui où vous évoquez le temps passé avec le réseau social que nous sollicitons par la présence active de nos textes, qui entame le temps des livres et de l'écriture : certes, mais au moins ce temps social a-t-il pour prétexte, pour amorce, pour objets la langue, l'écrit, la littérature ! Installez-vous, comme je le fais l'été, à la terrasse d'un bistrot un peu calme pour échapper à votre écran d'ordinateur, et prétendez lire ; attendez que quelqu'un, connu ou non de vous, s'installe sans préavis à votre table et vous entretienne de ses «misérables tas de secrets»; vous éprouverez très vite quelque tendresse nostalgique pour nos lecteurs en ligne et retrouverez une dose de patience pour les misérables miracles entre lesquels ils nous ont trouvés et sont viennent à nous. J'exagère?
– Je pointe également votre choix d'utiliser Facebook, que vous aurez donc fait découvrir, je suppose, à nombre d'entre nous (j'ai passé une grande heure, hier matin, à m'inscrire tout en explorant rapidement le support, dont les premiers mérites m'ont assez vite paru évidents); votre critique de la Toile s'appuie donc, et ce n'est pas nouveau, sur une pratique d'expérimentation, sur une veille à la fois technologique et intellectuelle; aucun de mes quinze étudiants de la promotion de Master 2 édition de l'année universitaire écoulée n'avait le quart – que dis-je ? le dixième – d'une telle pratique, d'une telle expérience d'Internet : tous, pourtant, avaient un avis péremptoire sur ses bienfaits et ses méfaits, tous se prévalent de goûts non moins marqués pour les livres qu'ils lisent; tous prétendent devenir des professionnels de l'édition; je ne suis pas certain d'être parvenu à leur inoculer un gramme de l'esprit critique, de la rigueur et de la curiosité nécessaires à ne pas épouser aveuglément le redoutable discours du secteur, tel que notre revue professionnelle Livres Hebdo le propage parmi nous – ici s'arrête la misère et commence une forme de crime, puisque c'est au cœur même des dispositifs de production, dans l'exercice des métiers que le poison chemine, que le discours de la servitude volontaire s'institue. Facebook est, a priori, un outil de plus disponible contre les effets de ce discours-là.
Il serait trop long de vous exposer ici une petite saynette de genre qui m'échoit ces temps-ci, illustration parfaite de tout cela. Pour faire bref, un auteur local avec qui j'entretiens quelques «liens sociaux» m'adresse le livre de sept cents pages qu'un éditeur local vient d'accepter de lui publier. Un énorme essai non dénué de mérites, dont il prévisible qu'il ne recueillera pas la moindre ligne dans la presse traditionnelle. Je lui propose d'indiquer sa parution sur mon site par un entretien en trois questions, que je lui adresse par la poste, car il «ne dispose pas» d'Internet, me dit-il. Va pour le timbre. J'exige cependant un fichier sous Word comprenant ses réponses. J'ai reçu samedi une grosse enveloppe contenant dix feuillets qui feraient saliver le premier apprenti graphologue. Cet homme s'excuse à peine de ne s'être jamais servi d'un ordinateur et de n'avoir pas encore fait réparer sa vieille Japy à laquelle il convient de s'accrocher par les temps qui courent. Inutile de vous dire que le bénédictin s'insurge, pour une fois, et que les graffiti en question vont finir au panier.
Je me résume :
– oui, Juan, c'est bien la fange que brassent le support et l'outil électroniques en ligne, mais cette fange n'est pas créée par Internet, elle lui préexiste; les bulles remontent en surface pour se dissoudre dans l'air ambiant et tout cloaque remué émet des relents;
– Internet et l'informatique, plus globalement, que savent investir les marchands du temple de tout poil (j'y compte la piétaille politicienne, les sectes et la cléricature des sciences qui se prévalent d'exactitude pour mieux servir le maître) ne resteront à notre portée qu'au prix de notre présence ; en cela, votre mérite, le mien, celui de ceux qui vous rejoignent (et se rejoignent) ici, à votre initiative une nouvelle fois, est de tenir l'outil, de ne pas le lâcher;
– des signes récurrents nous sont donnés par l'ordre des journalistes de leur peur bleue devant notre simple présence sur la Toile : eux connaissent le poids des chiffres, eux savent ce que signifient deux mille visites par jour sur votre site (même si ce ne sont pas autant de lecteurs assidus à tout coup !);
– je préfère, irréductiblement désormais, tout internaute égaré, maladroit ou franchement grossier à l'auteur de terroir qui raffine l'insulte en me prenant ma présence sur la Toile pour une lubie d'adolescent attardé (mais sur ce point, je vous concède que trente ans d'existence occitane et le spectre du salon des éditeurs de Midi-Pyrénées, qui va m'empailler le prochain week-end, faussent très certainement l'optique de la lunette de visée, vos bombardiers furtifs m'ont toujours semblé mieux programmés que les miens (vos lecteurs assidus comprendront l'allusion…)
Merci de votre présence sur la Toile, Juan. C'est bien à vous que cette formule est due, bien qu'elle me soit, par principe, familière à l'égard de ceux qui prennent la peine de se signaler, au fil de mes mises en ligne.»

Commentaires

J'ajouterais, au risque de paraître plaider "pro domo", que ce n'est pas seulement le cas de la critique littéraire, mais encore celui de la critique philosophique, cinématographique, politique et de bien d'autres critiques. Kant en avait compté trois et les avait écrites - sous réserve à cette énumération que la dernière, celle du Jugement, est en réalité constituée de deux parties consacrées à deux sortes de jugement très différentes l'une de l'autre : l'esthétique et le téléologique - mais nous en comptons davantage aujourd'hui...
Le terme "réfugier" est peut-être excessif dans la mesure où elle n'est pas pourchassée, qu'on ne tente pas de la tuer, du moins pas explicitement.
Je dirais qu'elle apparaît, qu'elle est capable de se manifester irrégulièrement aussi bien sur Internet qu'elle le pouvait occasionnellement par écrit.
Ce n'est déjà pas si mal.

Ecrit par : Francis Moury | 22/09/2008

Les loups entre eux?
Comme beaucoup d'autres, j'adore parcourir les blogs de ces "critiques" littéraires dont vous êtes. Ils nous parlent de livres que parfois certains, dont je suis, n'auront lu d'autres pages que celles, plus ou moins alléchantes, voire aguichantes, de ces messieurs.
Pourquoi?
Je vais tenter très humblement de répondre à cette interrogation.
Tout simplement parce qu'à vous lire, un quidam moyen, dont je suis toujours, comprend que la lecture est une lutte, un combat de tous les instants pour dénicher la substantifique moëlle de l'ouvrage.
Or, nous vivons à une époque cruelle ou le quotidien est déjà une bataille impossible à gagner, parfois. Pour l'évasion, il ne nous reste que la lecture ou ... la télé!
A force de vous voir vous (je dis vous en parlant des critiques, vous aviez compris bien-sûr!) regarder le nombril, de ne donner accès qu'à une élite, d'employer des mots compréhensibles par le seul dictionnaire (même si je l'avoue j'adore ça car c'est ce que j'aime dans la lecture: découvrir!), le fameux monsieur X, sans doute moi, avec ses cinquante mots de vocabulaire, se tourne vers cette poubelle à images qui le lobotomise définitivement.
Donner envie de lire! Ne serait-ce pas votre métier?
Alors, peu importe que Pierre, Paul ou qui que ce soit, ne soit qu'un piètre critique puisque le lecteur (à moins qu'effectivement vous ne soyez le seul à savoir vraiment "lire" une oeuvre?) avec l'esprit critique (et oui lui aussi!) qui le caractérise, saura faire la part des choses. Non?

A bientôt ici ou ailleurs.

Ecrit par : Le pigiste larron | 22/09/2008

Il y aurait beaucoup à dire, mais ce n'est pas le fait des "commentaires" ; plutôt rares sur votre fauve aire, si je ne m'abuse ? Il se trouve que, tout comme certains se sont cyniquement goinfrés des mots liberté à hue, égalité et fraternité à dia, depuis la fin de la seconde guerre mondiale et l'avènement des grands groupes de presse, d'autres ont scrupuleusement phagocyté le concept de critique littéraire. La critique littéraire, n'est-ce pas Thibaudet, Du Bos, Poulet, Nelli… Denis Hollier, René Girard ou Pascal Quignard aujourd'hui ? Vous semblez le savoir mieux que quiconque — j'emploie le verbe sembler, car je découvre votre blog-site depuis quelques jours seulement, et cultive le sentiment d'avoir atterri sur Mars sans réserve d'oxygène ! Loin d'en avoir "fait le tour" j'avance donc à tâtons—.
Ce qui me paraît non moins évident c'est que les nouveaux "fous littéraires" que sont ces blogueurs dont vous parlez et êtes, sont avant tout des hommes seuls face à leur lecture-écriture pixélisée, et ce malgré l'horizontalité vertueuse de la communication arachnéenne du web. Leurs fils ne croisent pas les filins ascensionnels et/ou à sensationnel des journaux, magazines et revues plus ou moins inféodés aux dignes maisons d'éditions germanopratines sponsorisées par Roux-Combalusier, Otis et Shindler réunis… Ils ne font partie d'aucune rédaction, groupe de presse ou holding international laissant châsser — telles des ancres rouillées dans leurs open-space —, la cohorte des dobble-bind, pressions commerciales, auto-censures, et autres gâteries bureautiques du même acabit-alibi.
Puisque c'est de saison, peut-on redire ici que la nauséeuse ritournelle des prix littéraires n'est que la part émergée de l'icebeurk ! Il y a certes des clans qui se forment sur la toile, des familles de pensée plutôt, tels les inégales arsouilles du Fric-frac Club. Mais ces idiosyncrasiques-là ont-ils quelque pouvoir par rapport aux maljournalistes que vous tancez, de manière savante et mélancolique ? À part votre nouvel tête de turc Claro, je n'en ai guère l'impression ? Bref, pour répondre modestement et modérément à votre question liminale, il me semble de plus en plus clair juste et patenté que la critique de la blogosphère soit naturellement devenue supérieure à celles des journaux et consort. C'est même son ipséité immédiate et, espérons le, son devenir ?

Cordialement, A.G

P.S : Je ne sais pas si ça vaudrait le coup — peut-être est-ce fait quelque part ? —, et quitte à sombrer dans la délation enchantée mais, à faire quelque lumineuse arborescence des Belles Lettres Françaises gagnerions-nous des lumières sur qui est qui, qui fait quoi, qui fait comment pour faire qui et faire quoi ?

Ecrit par : le correspondancier | 22/09/2008

Bonjour.
Au Mousquetaire : vous avez dû me lire quelque peu de travers ou pas assez car enfin, j'ai toujours affirmé ma volonté, du moins dans certains textes, d'être hermétique, non point obscur. J'évoque cela dans la Zone, vous trouverez j'en suis certain grâce à mon petit Google intégré.
J'évoque aussi telle pensée de Claude-Edmonde Magny, critique aujourd'hui, hélas, oubliée qui affirmait qu'un critique conséquent, sachant tout ou presque d'une oeuvre qu'il admirait, était d'une certaine façon acculé au mutisme puisque sa connaissance exquise de ladite oeuvre exigeait, pour se transmettre à d'autres, que ces derniers parviennent au même niveau que lui.
Voyez-vous, je ne supporte guère le pseudo-argument de l'élitisme : la première fois que j'ai lu Heidegger, je n'y ai pas compris grand-chose, ni la deuxième, ni la troisième.
Je relis pourtant Heidegger depuis mon adolescence et je continue d'y découvrir des perles.
Notez que je n'ai jamais songé à engueuler Heidegger, Kierkegaard ou Celan (et que dire de Trakl) parce que JE devais ME HAUSSER à la hauteur où ILS ont PARFAITEMENT RAISON de convoquer leurs lecteurs.
Ce blog, Stalker, est et SE VEUT exigeant et, ma foi, je ne puis que vous conseiller l'achat de vrais dictionnaires parce que si vous vous débattez avec 50 mots, sachez que c'est tout de même 250 de moins que ceux qu'utilise Ségolène Royal dans chacun de ses misérables livres.
Au correspondancier : oui, vous avez cité les noms qui à mon sens comptent. J'ajouterai l'Ecole de Genève, Mario Praz et quelques autres.
Oui, vous avez encore raison sur un point : la force (et, oui, l'impuissance) des blogueurs est de n'appartenir à aucune famille. Je ne vois d'ailleurs aucun intérêt à rejoindre tel ou tel club d'affinités, comme le Fric-Frac, effectivement plus qu'inégal dans ses composantes.
Ma force est d'être parfaitement libre, de dire ce que je pense y compris même de personnes et de revues que je connais ou auxquelles j'ai participé (voir mes critiques de la revue Cancer! par exemple : je n'ai jamais été tendre).
Je suis donc, cela m'a été reproché, un électron libre, un mercenaire (parfois) ou, selon Yanka dont la métaphore me plaît, un tireur d'élite.
Notre faiblesse : j'avoue ne pas avoir de réponse assurée sur ce point. Oui, je suis bien certain que n'importe lequel des blogs que j'ai mentionnés est à des années-lumière de la qualité lamentable de ceux qui, paraît-il, sont les rois ou les papes de la blogosphère littéraire.
A mes yeux, ce ne sont que ses clowns bavards.
De sorte que leur unique arme, à vrai dire classique dans le cas des journalistes, est le mutisme et le mépris.
Ma tête de Turc n'est absolument pas Claro : j'allume un de ses ridicules papiers sur le livre moyen d'un de ses amis, c'est tout, dénonçant les petites combines des entreléchages car enfin, il ne vous aura pas échappé que Claro et Énard, c'est la bande d'Inculte, et que cette bande-là sort de Chronic'art qui elle-même traîne avec Léo Scheer et que, ma foi, prononcer tous ces noms, ce n'est pas, immédiatement, se hisser sur des pics d'exigence (voyez comme je suis prudent !).
Quelle que soit mon influence, que je n'exagère jamais, je m'estime satisfait si j'écris ce que je pense, que le livre soit celui d'un de mes amis ou d'un parfait inconnu (Julien Capron par exemple).
Mais cela, c'est affaire d'opiniâtreté, de travail, de force et, quels que soient les découragements (j'en ai beaucoup, peut-être beaucoup plus que les autres, vu ce que je donne dans la Zone), de simple politesse à l'égard de vous, mes lecteurs.

Ecrit par : Stalker | 23/09/2008

Vous êtes littéralement un monstre !

Ecrit par : Zoé | 23/09/2008

Bravo Zoé, je désespérais qu'un lecteur comprenne !
Heureusement que les femmes voient clair et savent lire, sans cela...

Ecrit par : Stalker | 23/09/2008

Stalker, je vous remercie de ce conseil, ô combien précieux mais je ne tiens pas à me "hisser" au niveau de cette chère Ségolène.
Je reste donc avec mes cinquante mots et, pour le reste, je continuerai à me délecter de vos brillantes interventions qui m'en apprennent d'avantage sur ces livres que je n'ai pas encore découverts.
Continuez à me donner envie de décrypter les perles de ces oeuvres sans fond que vous ne cessez de "lire" pour nous!
Quant au mot élite, n'y voyez, stalker, qu'une grande jalousie et une incommensurable envie d'y appartenir.

A bientôt ici ou ailleurs.

Ecrit par : Le pigiste larron | 23/09/2008

Comme vous y allez... ah ! Vous me rappelez Byron, cher Juan...

Ecrit par : Zoé | 23/09/2008

Plutôt un de ses personnages, Zoé, disons : Manfred.
Mais je vous en prie, revenons à nos moutons et licornes.

Ecrit par : Stalker | 23/09/2008

Vous n'avez pas le choix, vous me rappelez Byron. Mais rassurez-vous Manfred en est une émanation, et je saisis le lien qui vous unit.
Quant aux moutons et licornes, je crois comme Huysmans que "le talent est aux sincères et aux rageurs, non aux indifférents et aux lâches". La critique digne de ce nom est en effet un jugement, un engagement, sa raison d'être est éminemment politique.
L'exercice critique est avant tout à mes yeux, et plus encore aux vôtres manifestement, un engagement à "servir" la littérature et l'art, sachant "qu'on ne saurait réellement "servir" - au sens traditionnel de ce mot magnifique - qu'en gardant vis-à-vis de ce qu'on sert une indépendance de jugement absolue. C'est la règle des fidélités sans conformisme, c'est-à-dire des fidélités vivantes", ainsi que l'entendait Bernanos, bien sûr.
C'est rare y compris sur la toile... vous vous distinguez d'autant mieux que votre érudition force respect et crédibilité, même si bien évidemment, je ne partage pas toutes vos vues...

Ecrit par : Zoé | 23/09/2008

"(...) L'exercice critique est avant tout à mes yeux, et plus encore aux vôtres manifestement, un engagement à "servir" la littérature et l'art, sachant "qu'on ne saurait réellement "servir" - au sens traditionnel de ce mot magnifique - qu'en gardant vis-à-vis de ce qu'on sert une indépendance de jugement absolue. C'est la règle des fidélités sans conformisme, c'est-à-dire des fidélités vivantes", ainsi que l'entendait Bernanos, bien sûr. (...)" écrit cette lectrice.

Cette définition de l'idée de fidélité - qu'on l'applique à quelque objet que ce soit : art, littérature, philosophie, histoire, politique, morale, sciences des moeurs et sciences de l'homme, etc.- m'évoque assez la conclusion de mon propre article (*), à l'origine paru en version réduite dans la revue "Dialectique", consacré à ma rencontre avec Pierre Boutang comme professeur de philosophie à la Sorbonne...
J'y questionnais cette notion de fidélité et la réponse était toute bernanosienne, en effet : j'y souscris par conséquent d'autant plus volontiers !

(*) Article que Juan a agrégé aux petites études constituant le futur volume des "Infréquentables" et dont il a déjà publié une version numérique revue et considérablement augmentée sur son Stalker-Dissection du cadavre de la littérature.

Ecrit par : Francis Moury | 23/09/2008

Bonjour,

Mais il y a encore de grands critiques littéraires ! Connaissez-vous l'émission "jeux d'épreuves", chaque samedi sur France Cul ? vous pouvez écouter les critiques de l'essayiste Cécile Guilbert, la meilleure et de loin parmi les quatre (4) critiques de l'émission, c'est dire !
Des critiques ? Vous en trouverez aussi dans la plus grande revue littéraire de ces 95 dernières années : L'Infini, du mirifique Roi Sollers.
On annonce pour novembre la sortie de son dernier chef-d'oeuvre "Grand beau temps"; observez la belle couverture céruléenne, une mouette meyronienne ne la déparant même pas, et comparez-la à celle du dernier livre d'Asensio... L'un va vers l'Azur, l'autre...
Cordialement chers lecteurs de ce (néanmoins) remarquable blog.
Denis Lair

Ecrit par : Denis Lair | 23/09/2008

Pour moi, vous êtes le digne successeur de Philippe Muray au cœur de la blogosphère française. Quel délice de vous lire !

Ecrit par : Nobodynoses | 24/09/2008

Tiens, Denis Lair! Bonjour! On n'attendait que vous pour parler de mouette et de grand beau temps... Soit, mais pas d'azur sans ténèbres pour ceux qui veillent, la nuit. Avez vous vu le film de Béla Tarr, "Les harmonies Werckmeister", l'éclipse, au début?
A défaut d'être "la plus grande revue littéraire" , L'Infini a le mérite d'être une "vraie" revue littéraire en dépit des stratégies tordues du Maître es Jouissances des lieux, qui juxtapose dans le même numéro (77, hiver 2002) un texte remarquable de Gérard Guest sur Heidegger, "Phénoménologie comparée des catastrophes" et un texte de ... Catherine Millet, alors que la plupart des revues qui se prétendent littéraires, celle de Léo Scheer, par exemple, relèvent du marketing. Ce dernier osait se vanter, naguère, sur son blog, que les revues littéraires sur papier comme LA SIENNE marchent très bien et ironiser sur les revues qui rament pour trouver leur audience.
Face à cette imposture, oui, la vraie critique littéraire se réfugie sur quelques blogs de qualité dont la Zone est le phare. Ce n'est pas un éloge, mais un constat.
Comme le dit Olivier Noël, dans l'A propos de son blog "Fin de partie",comme le répète souvent Juan, " le blog offre une liberté - en termes de ton et d'espace - impensable dans une revue, même indépendante[...]". Le Maître de l'Infini trie, sélectionne ( j'ai mes sources), selon ses vues,rejette ironiquement tel de ses auteurs heideggeriens qui viendrait se mêler de bouddhisme... Juan Asensio défend farouchement ses convictions mais accueille des textes qui ne partagent pas ses vues. La vraie critique procède de cette liberté là associée à l'exigence de qualité, donc au refus des petites combines entre alliés qui se pratiquent dans les revues sur papier.
Il se peut, comme le dit quelque part Olivier Noël,qu'on assiste à" la naissance d'une toile dans la Toile", archipel de voix singulières et libres, à condition que ne se reproduise pas ce qui s'est passé pour les radios libres. Quand elles sont apparues, dans les années quatre-vingt, c'était la même liberté de ton et aussi les mêmes inévitables miasmes lesquels, comme l'écrivait Dominique Autié, préexistent à la Toile. Le marché s'en est emparé, a structuré, calibré, et cela donne Skyrock...C'est à cela que travaillent des gens comme Léo Scheer qui confond guerre symbolique et guerre économique.

Stalker-Juan-Byron-Manfred: "L'homme qu'on voudrait être. L'homme qu'on croit être. L'homme qu'on est. Où est la suture qui réalise idéalement le point d'identité?" Louis Calaferte, "Rosa mystica"

Ecrit par : Elisabeth Bart | 24/09/2008

Bonjour Stalker,

Qui a dit qu'il n' y avait plus de revues? Il vous faut le dernier numéro de la Revue des deux mondes, subtilement dirigée par Michel Crépu. Tout est à lire, chroniques diplomatiques et entretiens, mais surtout l'ensemble J.O. Chine, Dorian Malovic sur la province du sichuan, Rémi Mathieu sur les découvertes archéologiques de manuscrits dans les tombes, et le très bel essai de Romain Graziani, corps olympique et corps taoïste. C'est le moment de vous occuper de votre vrai corps, qui certes me paraît beaucoup plus sportif que le mien. Pensez-y.

Philippe Sollers

Ecrit par : Philippe Sollers | 24/09/2008

Je n'ai jamais été friand de critique littéraire. Si un auteur que j'apprécie signale tel livre de tel confrère, je lui fais confiance et je note la référence. C'est une des raisons pour laquelle je ne mépriserai jamais un Matzneff qui est un formidable passeur. Aurais-je eu envie, sans lui, de lire Sénèque, par exemple (et ce n'est qu'un exemple) ? Un critique pointu avec ses tonnes de références et son laïus universitaire m'aurait-il donné cette envie, à moi qui ne demande pas aux lettres l'Alpha et l'Oméga ? Je vais être cruel, mais pour moi la critique ne sert pas à grand-chose. Mon foin, je le trouve en broutant, tout bêtement. Ceux qui ne s'intéressent pas aux livres (à la littérature) ne lisent pas les critiques. Ceux qui s'y intéressent fortement, comme moi, savent que faire et comment pour trouver de la bonne avoine à satiété. Évidemment, je n'ai pas tout lu et je méconnais certains grands noms. Et bien sûr j'ai lu des trucs dont j'aurais pu me dispenser. Et alors ? Pas envie de ne bouffer que du caviar. Il reste que les critiques d'Asensio sont des références pour moi et qu'il pratique là un très louable et fort difficile travail d'honnête homme. Un loup, même le plus féroce, me paraitra toujours plus sympathique et utile qu'une meute de chihuahas...

Ecrit par : Yanka | 25/09/2008

Bonjour stalker
Je viens à peine de découvrir votre site et salue votre courage, et je vous rejoins quasiment sur toutes vos critiques, qui au fond, sont bien plus qu'un état des lieux littéraires, mais une tentative irrépressible, quasiment d'essence divine, parfois désespérée, voir injuste, de replacer le fondement de notre langage comme expérience de la transcendante sinon, il n'aurait rien à dire. Ce que nous vivons aujourd'hui, où celle-ci semble s'être déplacé dans la consommation comme ultime refuge, comme en attendant des jours meilleurs, si la grâce le permet. Seule à même de leur faire ouvrir les yeux. Critiques comprises. Merci aussi d'avoir souligné combien le génie de la renaissance, avait en quelque sorte et pour faire court, tué la théologie médiévale dans ce quelle avait de vivant de simple et de rassembleur.

L'abécédaire de la reine des sciences qu'est la théologie, est en train de refaire cependant surface, par une sorte d'ironie de l'histoire, où ceux-ci mêmes, les athées intellectuels, semblent lui redonner ces lettres de noblesses comme on peu le voir par exemple, sur le St Thérèse d'Avila par la psychanalyste athée Julia Kristeva . Il faut dire que l'effondrement des idéologies est tel, que la nature ayant horreur du vide, chacun quitte le navire comme il peut pour allé rejoindre ce qu'il y a de ferme, et constater les dégâts de leur fuite passée et nous ressortir l'ancien monde devenu soudainement moderne dans une sorte de repenti inavouable et assez obscur, car évidemment non compris.

Et la liste est longue de ceux des intellectuels qui par la lâchetés ou opportunisme, ont sciemment caché leur foi dans leur écrit. Vous souligné pas assez dans vos critiques cette impardonnable lâcheté et se soudain réveil, quand les temps changent. D'où votre remarque pertinente, que sont les modernes qui s'affligent presque de la déchristianisation Occidentale dont ils sont en partie responsable et dont les arts paraissent touchés en premier lieu. Responsabilités qui depuis Bergman est manifeste avec son fameux 7éme sceau, avec Antonioni. Nous rejouer à la perfection, qu'il y a quelque chose peut-être, peut-être pas, à découvrir, était vraiment lamentable pour de pareils artistes, alors que tout avait déjà été dit et écrit. Des générations entière ont été influencé à ce jeu de massacre, de commenter et d'observer des créatures comme des rats dans un bocal. J'en suis encore saisi d'effroi. Merci à Tarkovski et Pasolini voir Ferrara, d'avoir percé une brèche pour nous donné de la hauteur et nous faire sentir la raison ultime de notre vie. Pour la littérature, pardonnez moi, j'en vois pas depuis Bernanos. Soljenitsyne peut-être !

A mon avis, nous vivons une époque Pasolinienne dont Théorème plus que le Stalker de Tarkovski, me parait approcher. Chacun est touché par son vice jusqu'au relativisme des nations, devenu impossible car se confondant avec la loi du marché ou plus exactement avec la loi tout court. Signe d'un vide sidéral et éblouissant. Le langage tend à la prière. Mais ce n'est pas un simplisme. Il engage tout notre être. Pour la critique elle n'existe plus. Je suis plus radicale que vous. Car elle était la seule à même de décrire l'imposture des temps présents et de son relativisme, qui nous a value une pareille littérature et son symbole philosophique en Paul Ricoeur, qui bien que protestant, s'est cru doté du bâton de Moïse pour allé nous chercher des lois dont la complexité révèle notre perte.

Pour finir Stalker, je dirais ceci, comme vous dites de Bernanos quelque part, certainement celui à qui on a autorisé le plus d'approcher la vérité avec Dante, pour la littérature, qu'une ligne de lui vaut plus que beaucoup de livres réunis, je dirais pour ma part qu'une ligne de St Thérèse d'Avila dont les cours Européennes dévoraient les écrits, St Jean de la Croix et sa "montée du Carmel"," Cantique du Cantique", ou encore St Catherine de Siennes dans son livre "Les dialogues". valent plus que toute la littérature mondiale. Et cela bien que tout soit grâce ! Pour la critique, je paraphraserais le Christ "Laissé les morts parler des morts". Cette génération là, s'est saborder elle-même et a tout contaminé et voudrait encore participé au nouveau monde qui se prépare, comme si celui dont elle issue et quelle a gravement pervertie, ne lui suffisait pas.. Entendre dire du dramaturge, Eric-Emmanuel Schmitt qu'après sa conversion au christianisme, qu'une journaliste du Journal le monde, lui aurait dit qu'il serait bon qu'il se taise pour ne pas paraître ridicule, en dit long sur la profondeur de ces gens de l'intelligentsia. Olivier Py, dramaturge aussi, nous dire "Pour s’affirmer catholique, il faut du courage. L’être catholique est l’homme à abattre. On provoque des haines incroyables, dès qu’on se dit Chrétien !" Des exemples parmi d'autres. Pour ma part, je lutte comme Cormac McCarthy avec ceux qui reste et qui cherche. Et ils sont peu nombreux par le biais de la littérature ou pas. Et je ne suis pas prêtre, je ne connais aucun chrétien, et ceux que j'ai rencontré ont pris la fuite quand j'ai commencé à parler de ma foi. Je suis entouré que d'incroyants et je vis ma condition, seul, sans protestation, dans cette source infinie qu'est littérature théologique. Cette littérature que vous aimez tant stalker et que vous défendez avec brio avec les seuls armes à votre disposition et qui a fait la beauté de notre civilisation et cela malgré ses erreurs.

Stalker merci pour votre site et votre combat. Je désespérais de ne point trouver de chevalier des lettres comme vous, dans un monde où Dieu est absent mais les démons aussi. Croyez moi. Vous leur faite trop d'honneur et Bernanos aussi à mon avis. Il y a du piège la dedans. Comme le dit Sainte Catherine de Siennes. Ils ont gardé la trace de leur ancien état angélique d'avant la chute et devant certains de nos actes peu glorieux, ils fuient aussi.. Nous avons vraiment affaire à un combat d'hommes à hommes, d'hommes contre lui-même comme en état de vertige avancé et cela malgré la grâce qui l'habite. Car sans elle, il n'y survivrait pas. C'est dire le prix que Dieu y attache. Au dire de Catherine de Siennes, Judas n'aurait pas été pardonné pour avoir plus pleuré sur les conséquences de sa faute, que sur l'espérance en la miséricorde de Dieu. Voilà à mon avis où doit se retrouver la littérature, maintenant que le rideau de notre théâtre se lève. Pardonné toutes mes erreurs de langage et merci de votre attention..

Ecrit par : rodolphe | 26/09/2008

Bien sûr que oui !

Juan, vous êtes un monstre : monstre d'exigence et de liberté. Vous lire est toujours instructif et plaisant. Votre blog comme ceux des Zonards sont des nécessités. Ils fournissent cartes précises et boussoles fiables aux apprentis-voyageurs.

Salutations à Francis Moury, Elisabeth Bart et Ygor Yanka.

Ecrit par : Samuel | 26/09/2008

La réponse à la question posée dans le titre de votre note est évidemment voire naturellement sinon malheureusement "oui !"
Les moutons panurgiens sont entassés depuis de lustres maintenant, dans une bergerie en ruines avec leurs bergers paumés, leurs brebis galeuses et tous leurs boucs émissaires (labellisés, pasteurisés, syndiqués et salariés) et se demandent désormais qui va bouffer l'autre, faute d'herbe ou de trèfle sur le pré carré desséché, inculte, démagogue et sans imagination de la littérature française (notamment)
S'il vous plait, laissons les loups à leur tanière ou à leur meute car si ces bestioles-là n'auront jamais ni mode ni maître, elles auront toujours un dieu et des proies à honorer et à remercier, eux !

Ecrit par : Martin Lothar | 10/10/2008

Bonjour à vous,
Tout est dit, hélas ! Vos chroniques évitent de désespérer tout à fait. Même en hiver, le soleil est un réconfort inestimable. Et donne envie de danser...

Ecrit par : Majuscule | 14/10/2008