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10/01/2006

Bellum civile 4 : F. Moury répond à S. Bret



Après les critiques de Moussa Diabira au texte de Francis Moury, voici celles de Sébastien Bret avec, toujours en italiques, les réponses de Francis.

«Une sauvage indifférence aux êtres humains, telle est la plus importante régression du XXe siècle.» Thérèse Delpech, L’Ensauvagement (Grasset).

Le texte de Francis Moury, Bellum civile 4, me remet en mémoire ce film de Barbet Schroeder, adapté d’un roman de Fernando Vallejo, intitulé La Vierge des tueurs. Dans ce film, un écrivain retourne dans sa ville natale, Medellín, après trente ans d’absence. Avec un adolescent de seize ans, rencontré dans un bordel et devenu son amant, il parcourt une ville chargée de haine et de violence, sous la coupe de jeunes voyous, qui prospèrent grâce au trafic de drogue. A l’intérieur de ce chaos urbain qui ne mérite pas d’être appelé une cité, la vie humaine n’a aucune espèce de valeur et l’on peut la perdre parce que la musique est trop forte dans un taxi ou pour un simple regard mal placé. La moindre incivilité se règle par l’assassinat du coupable, si bien qu’à ce petit jeu l’adolescent se révèle un tueur sans scrupules. Un voisin fait-il trop de bruit la nuit avec sa batterie et le lendemain il est exécuté sauvagement, laissant l’écrivain interloqué. L’intérêt du film est de nous montrer la corrélation entre la multiplication des nuisances (musique assourdissante en tous lieux, transports en commun dégradés, langage appauvri réduit à quelques insultes, etc.) et la dévalorisation de la vie humaine. Dans ce contexte où les armes sont en vente libre et accessibles même aux mineurs, les homicides connaissent une hausse vertigineuse. Nous avons ici la parfaite illustration de l’état de nature décrit par Hobbes dans son Léviathan (chapitre XIII) : «Dans un tel état, il n’y a pas de place pour une activité industrieuse, parce que le fruit n’en est pas assuré : et conséquemment […] pas d’arts; pas de lettres; pas de société; et ce qui est le pire de tout, la crainte et le risque continuels d’une mort violente; la vie de l’homme est alors solitaire, besogneuse, pénible, quasi-animale, et brève.»

À nuancer : on ne décrit pas un pays dans sa totalité en le décrivant à travers la vision de ses petits gangsters, si réaliste soit la description spécifique, cher Sébastien Bret ! la Colombie est une authentique démocratie (je sais bien que ce n’est pas forcément un argument positif mais enfin…) possédant 50 universités regroupant 400 facultés, des activités industrielles et commerciales, des arts et des lettres, une vie sociale riche et diversifiée en dépit de la «violencia» latente, des guerres civiles politiques récurrentes et de la drogue. Il y a d’ailleurs plusieurs Colombies en une seule tant la géographie du pays est variée et surprenante. C’est en outre un pays ami de la France, aimant la France, héritier de l’Europe occidentale du point de vue de la religion et de la civilisation et avec qui nous entretenons de très cordiales relations depuis toujours. Le grand écrivain et penseur Nicolas Gómez Dávila était de la capitale Bogota et pas de Medellin mais enfin… il était colombien tout de même, n’est-ce pas et quel plus bel exemple de grand penseur contemporain que celui-là ? Concernant Medellin, c’est une ville essentiellement industrieuse et commerçante mais dont la vie intellectuelle n’est guère évoluée, si j’en crois le passionnant et très dense petit livre de Jacques Aprile-Gniset, Colombie (éd. du Seuil, coll. Microcosme, section Petite planète, 1981).
Mais cela dit, le tempérament national colombien est marqué par le machism» le plus surprenant qui prend bien des formes diverses : on excuse par exemple bien volontiers un chauffeur de car alcoolique ayant provoqué un accident où dix personnes sont mortes car il était, sa famille et ses voisins peuvent en témoigner avec émotion, un authentique «macho»; un voleur n’est pas nommé tel au moment de son arrestation car la police attenterait alors à son honneur, etc. C’est une autre société bien plus fière que la nôtre mais pas si horrible qu’on se plaît à le répéter ici. L’amitié d’un Colombien vaut bien, en un mot, celle d’un Français et l’amour d’une Colombienne celui d’une Française. Et Gómez Dávila vaut bien (voire surpasse largement et sans aucun effort) les Arendt, Adorno, Habermas et tous ceux dont ont nous rebat les oreilles depuis maintenant vingt ans.
PS biblio-filmographique : Barbet Schroeder est un bon cinéaste qui aura été assez éclectique :
More et La Vallée vantaient les charmes magiques de la drogue et réfléchissaient le phénomène des «hippies» en 1969-1972 puis Schroeder passa au portrait savoureux du Général Idi Amin Dada, ensuite au sado-masochisme (Maîtresse) puis à la psychologie linguistique des animaux (Koko le gorille qui parle), etc., jusqu’à son remake (1995) intéressant du classique du film noir américain Kiss of Death (1947) d’Henry Hathaway, et à d’autres films noirs aussi nerveux et bien filmés. Mais hélas je n’ai pas vu le Schroeder que vous me citez ni lu ce livre de Vallejo : vous me le faites regretter, dois-je vous avouer, pour le coup, car votre résumé est bien intéressant.

Norbert Elias ou Sigmund Freud ont pu décrire le processus de civilisation comme l’intériorisation des contraintes sociales et la canalisation des pulsions au moyen d’une stricte éducation des individus.

Oui concernant Freud, cher S. Bret, même si les choses sont, comme vous le savez, un peu plus compliquées, évidemment, telles qu’elles furent exposées dans Totem et Tabou, L’Avenir d’une illusion, Malaise dans la civilisation et certains autres textes et conférences. Je n’ai jamais lu une ligne de Norbert Elias – dois-je m’écrier : «trois fois Elias» ? – et ne puis donc apprécier en connaissance de cause la pertinence de cette autre citation. Cela dit Freud est héritier d’une longue tradition comme vous le savez : lire une bonne et sérieuse histoire des doctrines de l’éducation de l’antiquité à nos jours mais sur le coup, je ne trouve plus la référence que je voulais vous donner à ce sujet.

A l’aune de ce critère, chacun peut apprécier l’immense processus de décivilisation des mœurs en œuvre à notre époque. Il est banal de voir les gens cracher dans la rue et même uriner en public. On mange avec ses doigts dans des restaurants servant de la nourriture falsifiée appelée fast-food. La sexualité, qui était taboue naguère, monopolise l’espace social et la pornographie est devenue la norme.

Oui certes, mais enfin nous nous écartons un peu du sujet : la possibilité légale de se défendre contre le crime meurtrier !

Sans compter la recrudescence des incivilités et des actes délinquants, que j’évoque en passant, dans la mesure où ils font la une de l’actualité, [Les expressions soulignées sont malheureuses et un peu contradictoires en regard l’une de l’autre] suscitant la réaction passionnée de Francis Moury.

De sorte que, si rien n’est fait, notre vie ne diffèrera guère de celle des habitants de Medellín, si bien décrite dans le film de Barbet Schroeder.

Oh ! Elle n’en diffère déjà parfois guère, vous savez, en certains endroits et en certains moments…

J’en viens à mon argument principal : Francis Moury pose la bonne question, qui est celle de la capacité (ou non) de l’État à assurer la sécurité de ses citoyens, mais il apporte la mauvaise réponse : puisque l’État semble impuissant, les citoyens n’ont qu’à se défendre eux-mêmes.

Je n’ai jamais écrit que l’État devait abandonner son pouvoir de légiférer ni de punir. Je n’ai jamais dit non plus que l’État devait abandonner les citoyens. J’ai dit qu’il ne les appliquait pas suffisamment bien pour nous protéger et qu’en conséquence, il devait nous laisser nous protéger légalement : aussi mais non exclusivement. Nuance de taille. «État» comme «citoyens» représentent deux instances qui ne sont pas concurrentes ni ennemis mais alliées naturellement et par principe. Aux USA, la police existe, les tribunaux existent, la justice existe. Et le droit de porter une arme existe à côté. C’est de cela, et rien que de cela, qu’il s’agit.

Dans le contexte actuel, libéraliser l’usage des armes à feu en déréglementant ce marché est un remède pire que le mal. Le jour où les honnêtes citoyens pourront s’armer à leur guise, les voyous les imiteront.

Nullement : c’est le processus inverse qui est constatable. Les voyous sont déjà armés s’ils le souhaitent car ils ne respectent pas les lois sur les armes. Pour l’instant les honnêtes citoyens sont désarmés en ce sens que leur droit de porter une arme est excessivement restreint. Lorsque les honnêtes citoyens seront armés, la peur changera de camp naturellement car le nombre de citoyens honnêtes en France est infiniment supérieur à celui des criminels. Dans toute société, les criminels représentent une fraction statistiquement marginale de la population, Dieu merci !

Dès lors, la moindre querelle dégénèrera en règlement de comptes sanglant. En outre, dans le climat de communautarisation de la société que nous connaissons, il y a fort à parier qu’un premier meurtre en engendrera d’autres, par suite des représailles qui ne manqueront de se produire. Et nous connaîtrons une situation semblable à celle de la Corse, où les armes circulent plus librement que sur le continent.

Porter une arme calmera au contraire les esprits car chacun sera de facto tenu à la mesure. Enfin ce serait une ancienne culture qu’il faudrait nous réapproprier, en somme : vous savez René Descartes savait très bien manier l’épée si j’en crois son honnête biographe A. Baillet. Cela ne l’a pas empêché pour autant de demeurer un très honnête homme et d’écrire les Méditations métaphysiques. Ce n’est pas parce que l’arme existe que le crime se multiplie : le crime est une chose, l’arme une autre. Porter une arme ne transformera pas un homme bon et sensé en criminel par on ne sait quelle bizarre magie. Les armes circulent plus librement – bien que l’État s’y oppose en vain depuis toujours – en Corse, me dites-vous : admettons. Or la Corse a été épargnée par les émeutes et les crimes collectifs qui frappent régulièrement à présent le reste de la France : le point n’est-il pas notable ? La Corse est une belle île, fière de ses traditions et de son esprit d’indépendance et de liberté, où on peut au demeurant se promener sans crainte si on n’a rien à se reprocher : on le constate aisément lorsqu’on vient du continent.

Les événements qui ont ensanglanté la ville de Perpignan en 2005, suite à l’assassinat d’un Maghrébin imputé à des Gitans, deviendront plus fréquents et plus meurtriers. Je ne vois pas ce que nous aurons gagné en sécurité. Au contraire, les honnêtes gens ne craindront pas seulement pour leurs biens mais aussi pour leur vie.

C’est déjà le cas : l’emploi du futur dans votre dernière phrase est erroné, Sébastien…

Quant à la République, sans parler du vouloir-vivre ensemble, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir. Comme le dit si bien Hobbes : la République est dissoute quand «chacun est libre de se protéger par toutes les voies que son propre discernement lui suggérera» (Léviathan, chapitre XXIX).

Le «vouloir-vivre ensemble» n’est-il pas réalisé par la République par définition ? Inquiétude quant à la réponse !
Je connaissais d’ailleurs le «conatus» spinoziste, le «vouloir-vivre» de Schopenhauer mais pas celui-là, ceci dit. D’où sortez-vous cette expression à consonance assez électorale, si je puis me permettre, cher Sébastien ?
Vous souvient-il au surplus d’avoir jamais signé ce qui ressemblerait de près ou de loin à un «contrat social» au sens rousseauiste ? Non, n’est-ce pas ?
Quant à signer pour le
Léviathan de Hobbes, ma foi… : le pacte social chez Hobbes est une étape théorique permettant l’assurance du pouvoir absolu du souverain. On ne vous demanderait pas de le signer davantage : votre vie tiendrait en somme lieu de signature. Pas d’alternative, et surtout pas d’alternative discursive car Hobbes se méfie des discussions publiques et des assemblées, même des assemblées rationalistes susceptibles de rompre l’équilibre instauré par le Léviathan bien qu’il soit pour sa part lui-même un grand rationaliste. Enfin vous comprendrez que le problème pratique ici posé ne me permet pas de discuter de la politique et de la philosophie de Thomas Hobbes : le sujet nous ferait tout de même excéder le cadre d’une argumentation normale. Je vous signale que Hobbes considérait le bien et le mal comme termes relatifs car réductibles à des tensions mécaniques provoquées par les objets extérieurs, au demeurant. Sa morale est une morale mécaniste dont les règles – de fer ! – d’application seraient bien plus mal acceptées que celles que je préconise aujourd’hui.

Le choix est simple : voulons-nous être en meilleure sécurité ou voulons-nous être plus libres ? Il faut opter pour l’un ou l’autre terme de l’alternative mais il est illusoire de croire qu’on puisse être à la fois libre de porter une arme et se sentir en sécurité.

Cette contrariété que vous érigez en contradiction existe pourtant. C’est ce que vivent la majorité des Américains et un certain nombre d’autres peuples aux structures sociales, culturelles et politiques analogues aux nôtres : c’est un fait assez impressionnant qui n’est pas une illusion puisque vous pouvez le constater de vos yeux en allant dans ces divers pays – dont la liste est facile à établir en effectuant une recherche simple.

Quant à l’argument de la NRA qui considère que la France est à peine une démocratie parce qu’elle contrôle strictement le commerce des armes, il est fallacieux. La réglementation anglaise est au moins aussi sévère que la nôtre en la matière et personne ne met en doute le caractère démocratique de ce pays.

Jamais les armes à feu n’ont été autant un problème en Angleterre que depuis leur séquestration totale et leur destruction officielle car ces opérations ne concernaient, comme par hasard, que les armes déclarées par leurs propriétaires donc par des hommes respectueux de la loi. Vous avez mal choisi votre exemple. La police anglaise n’a pas soutenu de l’intérieur cette réforme à l’époque qui fut une réforme purement démagogique, soit dit en passant : je m’étais penché sur la question à l’époque, vous vous en doutez et je crois m’en souvenir assez bien même si je n’ai plus sous la main une partie de ma documentation contemporaine des faits.

De plus, historiquement, la démocratie athénienne a commencé quand les citoyens ont perdu l’usage de s’armer, ainsi que le rapporte Thucydide : «Ils [les Grecs archaïques] pratiquaient aussi le pillage sur terre; et, jusqu’à nos jours, une grande partie de la Grèce vit à la manière ancienne, du côté des Locriens Ozoles, de l’Étolie, de l’Acarnanie et des pays continentaux situés dans la région. L’usage de porter les armes qu’ont ces peuples continentaux est une survivance des anciennes habitudes de pillage. Car toute la Grèce portait les armes, faute d’habitations protégées et de communications sûres : vivre sous les armes était une habitude constante, comme chez les barbares; et ces parties de la Grèce, où l’on vit encore ainsi, nous renseignent sur les pratiques qui jadis s’étendaient à tous indistinctement. Les tout premiers à quitter les armes furent les Athéniens, qui, vivant sans contrainte, s’orientèrent vers un raffinement nouveau» (Histoire de la guerre du Péloponnèse, Livre I, paragraphes V et VI, traduction de J. de Romilly).

Concernant la police, le droit et la justice athénienne de l’époque classique, une savoureuse citation qui remet un peu les choses à leur place tout de même : «Toutefois, même à l’époque classique, on retrouve des survivances du vieux droit familial; c’est, par exemple, à Athènes la procédure en cas de meurtre. L’homicide, même volontaire, n’est pas, comme de nos jours, poursuivi d’office. Les parents du mort ont, seuls, qualité pour se porter accusateurs; s’ils s’abstiennent, l’assassin ne peut être inquiété; si, une fois le procès engagé, ils se désistent et acceptent la composition […], la poursuite cesse. Le coupable n’est plus comme autrefois livré à l’accusateur, mais les parents de la victime gardent le droit d’assister au supplice du meurtrier. Pour les crimes commis dans la famille, pour le parricide, par exemple, la justice familiale subsiste, et l’État n’a pas à intervenir; si les parents n’agissent pas, on ne peut que faire indirectement pression sur eux en les accusant d’impiété […], comme gardant au milieu d’eux un homme souillé par le meurtre […].» A. Jardé (ancien membre de l’École française d’Athènes), La Grèce antique et la vie grecque, Sixième partie, La vie publique, §6 La justice (éd. Delagrave, 1971), pp.201-202.
«Raffinement nouveau» si vous voulez cher Sébastien Bret mais reposant sur une «démocratie» assez lointaine de la nôtre tout de même : les « citoyens » ne sont pas les «métèques» ni ceux-ci les «esclaves» ! Et une démocratie en guerre perpétuelle où tout citoyen est aussi soldat régulièrement au cours de sa vie, et régulièrement gendarme dans les campagnes aussi.
Le jeune citoyen athénien est inscrit sur le registre du dème à 18 ans et reçoit ses armes – qu’il détient ensuite chez lui, tout comme le citoyen spartiate – en se rendant à «l’Aglaurion» alors qu’il prête le serment civique. Il est dès lors un peu, mutatis mutandis, dans la situation de nos amis suisses qui, je vous le signale au cas où vous l’ignoreriez, conservent leur excellent fusil d’assaut SIG à leur domicile toute leur vie, une fois leur service militaire accompli et s’entraînent avec à leur guise dans les très nombreux stands de tir suisse.
La vie «raffinée» du citoyen athénien, même de la meilleure famille, était donc bien rude, sans parler de celle du Spartiate aujourd’hui difficilement imaginable. Même si la démocratie athénienne est historiquement un exemple admirable, il suffit pourtant de relire la vie de Lysandre racontée par Plutarque pendant cette même guerre du Péloponnèse, pour se convaincre que les mœurs et usages y étaient d’une stupéfiante violence : les atrocités décrites (celles perpétrées envers les civils mais aussi celles perpétrées en cas de coup d’état contre les citoyens se trouvant du mauvais côté au mauvais moment) dépassent assez régulièrement l’entendement.


J’ajoute que le Royaume-Uni s’est engagé dans la voie d’une réglementation plus sévère du commerce des armes à feu, après que deux massacres, dus à des tireurs pris de folie homicide (amok), ont bouleversé l’opinion publique – particulièrement celui qui a coûté la vie à seize enfants âgés de quatre à six ans, dans une école écossaise de la ville de Dunblane, en 1996. A ce sujet, je renvoie au rapport que le GRIP (Groupe de Recherche sur la Paix et la Sécurité) a publié en 2001 et qui mesure l’impact de la réglementation des armes à feu sur la sécurité publique. Inutile de dire que les arguments de Francis Moury perdent beaucoup de leur validité.

Vous revenez à cette affaire écossaise qui a porté préjudice à l’ensemble des honnêtes tireurs du Royaume-Uni : revenons-y si vous le souhaitez. Il arrive de tels faits exceptionnels. Statistiquement, ils sont dérisoires au regard du nombre de crimes que les armes aux mains d’honnêtes gens permettent d’éviter. Interdit-on les voitures en raison des 5 000 morts qu’elles viennent encore de provoquer en France ? Non. Donc parallèle évident : diaboliser une machine est inutile puisque c’est son utilisateur qui fait la différence. Ce qu’il faut c’est juste donner légalement au bien la capacité d’être armé contre le mal.
Que répondez-vous, au fait, cher Sébastien, aux 6 arguments précis mentionnés en mon annexe ? Je veux dire : qu’y répondez-vous après les avoir lus et après lu votre GRIP aussi, si vous préférez ?


Si l’État assure mal la sécurité de ses citoyens, nul ne peut dire qu’il ne l’assure plus du tout, auquel cas les citoyens seraient en droit de s’armer pour se protéger.

Question hypothétique intéressante : certains citoyens ont récemment expérimenté qu’il ne l’avait pas du tout assuré en leur faveur. Alors ces citoyens-là – auxquels le hasard peut vous agréger demain, d’ailleurs – sont-ils sacrifiables au monopole idéalisé de l’État ? Pour eux, ce que vous avancez en forme d’hypothèse a été une réalité, n’est-ce pas ?

C’est pourquoi il faut renforcer la sécurité dans les transports publics, comme les trains, les RER, le métro. Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a annoncé la création d’une police ferroviaire, forte de 1 000 à 1 500 hommes. Cette mesure va dans le bon sens.

L’État promet de telles mesures depuis 20 ans et qui vont toutes dans le bon sens… mais la situation ne s’améliore pas. Elle empire même dirait-on. Alors ? Vous pensez vraiment que 1 000 à 1 500 hommes de plus vont suffire à assurer votre protection à toute heure du jour et de la nuit dans les trains, R.E.R. et métro ? Vous le pensez véritablement ? Si on me disait 20 000 j’y croirais davantage mais soyons honnêtes : même 20 000 hommes ne suffiraient pas, de toute manière, à protéger en permanence des centaines de millions de voyageurs répartis sur des dizaines de milliers de wagons.

De même, il sera nécessaire de réformer l’ordonnance de 1945 et faire en sorte que les mineurs délinquants ne bénéficient plus de l’impunité.

Bien : nous sommes d’accord là-dessus, cher Sébastien. Mais vous pouvez mettre cela au présent plutôt qu’au futur !

Et comme je crois encore à la vertu de l’éducation, je souhaite de tout cœur que nous soyons en mesure de restaurer l’école de la République, dont la faillite est la cause des maux dont nous souffrons.

La sécurité dans les écoles de la République n’est plus garantie pour l’instant. Il ne s’agit même plus, pour le moment, de savoir ce que les professeurs vont y enseigner, il s’agit d’y conserver en sécurité la vie et les biens des élèves et de leurs professeurs.

Ce sont quelques pistes trop vite esquissées, certes dérisoires face à l’ampleur des problèmes actuels. Une chose est sûre cependant : la solution ébauchée dans Bellum civile 4 ne peut que contribuer à aggraver les tendances à la guerre civile. Là où il faudrait s’efforcer de civiliser les mœurs, Francis Moury propose d’ensauvager un peu plus cette société, qui n’en a pas besoin.

Vous m’avez mal lu ou trop cursivement, cher Sébastien Bret : proposer que l’homme bon puisse se défendre légalement plus aisément contre l’homme mauvais est un progrès et non une régression. Et un homme bon armé ne deviendra pas, encore une fois, subitement mauvais parce qu’il est armé. Simplement une telle réforme vous effraie parce qu’elle remet en cause le centralisme jacobin lui-même hérité de l’ancien régime – voir Tocqueville, Montesquieu, etc., même si, encore une fois aussi, jusqu’en 1934 ledit centralisme respectait en France davantage les libertés individuelles concernant la possibilité du port des armes de défense que par la suite.

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