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07/01/2006

Bellum civile 4 ou Voyage (en train) au bout de la nuit, par Francis Moury



Voici donc la suite, en somme, rédigée par Francis Moury, de la série intitulée Bellum civile (ou Civil War in France) à laquelle participèrent Serge Rivron, Raphaël Dargent, Moussa Diabira (qui en fait m'envoya sa propre réaction à l'ensemble du dossier) et enfin ce même Francis Moury.
Cet article de mon ami, je le dis d'entrée pour les prudents et les habituels imbéciles qui me traiteront de séide de l'extrême-droite ou, à tout le moins, d'apôtre de la Réaction, cet article écrivais-je est extrême si l'on veut, mais pas extrémiste, ce dernier camp s'étant à mes yeux presque toujours caractérisé par une absence notable de pensée argumentée ou alors exposant une pensée faussement, en apparence seulement vertébrée, en fait bâtie, comme celle qu'elle prétend combattre, sur de ridicules sophismes. C'est bien sûr, sous la plume de notre érudit, tout le contraire qui nous est exposé.
Une fois de plus, je suis prêt, avec grand plaisir je dois le dire, à publier sur le Stalker toute réponse ayant au moins les qualités rédactionnelle et argumentative témoignées par le texte de Francis, et ce qu'importe que la thèse exposée lui soit radicalement opposée. J'attends même, avec une immense convoitise, que l'on me mette sous le nez ce texte que j'espère maintenant depuis des semaines, voire des mois. J'imagine que les imbéciles auront alors quelque peine (encore que, la qualité de l'imbécile étant sa mauvaise foi à toute épreuve, je risque sans doute d'être déçu...) à bêler en tenant leur seule et monotone note, celle de l'indignation légitime propre aux moutons débonnaires, je veux dire de gauche, si j'autorise ainsi leur bêlement à amuser les bêtes sauvages qui hantent la Zone.

Nous verrons bien du reste mais je doute que la Zone devienne jamais la dernière réserve où les moutons, protégés et dûment tatoués, brouteront paisiblement leur mouchoir d'herbe.
Un dernier mot. J'ai posté ce message, en réaction (bien sûr) à l'infecte papier signé par le non moins dégoûtant Pierre Marcelle, dans sa rubrique Rebonds du 6 janvier (sur Libération bien évidemment) où, en quelques mots d'une absolue mauvaise foi, Marcelle met en doute la réalité de l'agression subie par plusieurs centaines de passagers.
Voici : «Décidément, vous êtes un personnage parfaitement immonde...
Plutôt que de raconter d'hallucinantes crétineries (l'hallucination est plutôt à chercher de ce côté-ci, celui de votre esprit larvesque...), venez donc lire un papier qui ouvrira grands vos petits yeux myopes (suit le lien vers le texte de F. Moury). Inutile de vous dire que, si j'ai quelque vœu à formuler pour 2006, je souhaite ardemment que vous viviez le genre d'expérience que vous moquez : Pierre Marcelle coincé par une dizaine de CPF (ou chances pour la France). Avertissez-nous je vous prie, la vidéo de la sévère mais juste correction à vous infligée vaudra sans doute son pesant d'euros sur l'avatar numérique que vous moquez également... Bien sûr alors, puisque vous êtes intégralement ignoble, il y a fort à penser que les gentils sauvageons ou le pudique jeunes éméchés de l'AFP se transformeront immédiatement, sous votre plume devenue tout à coup bizarrement droiturière, en sauvages, voire criminels en puissance.
Ne vous a-t-on jamais dit que vos textes étaient à vomir ?
Sans doute oui. Voilà qui est fait une nouvelle fois.»

«[…] Ah ! Ce que tu viens de dire, Socrate, est une parfaite image de la tactique. À la guerre en effet, il faut placer les meilleurs soldats en tête et en queue et les plus mauvais au milieu, afin qu’ils soient entraînés par les uns et poussés par les autres. – C’est bien, reprit Socrate, si on t’a montré à discerner les bons et les mauvais soldats; autrement, à quoi te servira ce que tu as appris ? […] Mais, reprit Socrate, s’est-il borné à la tactique ou t’a-t-il appris aussi où et comment il faut user de chaque formation ? – Pas du tout, répondit-il. – Il y a pourtant beaucoup de cas où il ne faut ni ranger ni conduire les troupes de la même manière. – Ces cas-là, par Zeus, il ne les a pas expliqués. – Eh bien, par Zeus, dit Socrate, retourne chez lui et interroge-le; car s’il les connaît et s’il n’est pas un impudent, il rougira d’avoir pris ton argent et de t’avoir renvoyé mal instruit.»
Xénophon, Les Mémorables, III, 2, 8-11, in Œuvres complètes, t. III, trad. française, notices et notes de Pierre Chambry (éd. Garnier-Flammarion, 1967), pp. 348-349.

«[…] Celui qui a le droit d’accéder à la communion du pouvoir de délibérer et de juger, celui-là, disons-nous, est citoyen de la cité considérée; et la cité est un ensemble de personnes de cette qualité, [en quantité] convenable afin de réaliser une autarcie vitale, pour tout dire en un mot. […] En vérité, tout est simple : si les intéressés participent à la constitution de la cité suivant la définition sus-énoncée, ils sont citoyens.»
Aristote, Politique, III, 1 (1275 b) & 2, trad. française de Jean Imbert d’après l’éd. H. Rackham in The Loeb Classical Library (Londres-Cambridge, 1950) in La Pensée politique des origines à nos jours, I, IV, 10 (éd. P.U.F., coll. Thémis – textes et documents, 1969), p. 41.



1) - Du symbole esthétique au fait symbolique

Le génial, mais très mutilé à sa sortie, L’ultimo treno della notte [La Bête tue de sang-froid] (Italie, 1975) d’Aldo Lado, ancien collaborateur de Pasolini, racontait l’histoire de deux jeunes européennes violées et torturées par deux voyous «anarchistes» sous la maléfique influence d’une «grande bourgeoise» sadique fascinante et perverse mais aussi sous l’influence de l’alcool et de la drogue, dans un train de nuit entre l’Allemagne et l’Italie. Le film renvoyait dos à dos, à la manière de Deleuze par exemple, bourreaux et victimes, dans la mesure où le père médecin de l’une d’elles identifiait et tuait d’une manière atroce les deux assassins marginaux mais épargnait la «grande bourgeoise» en question. Le propos de ces années 1975 était «à bourreau, bourreau et demi». C’était un propos aussi philosophique qu’esthétique et moral dont le film se nourrissait. Le titre original italien, L’ultime train de la nuit, renvoyait insidieusement, volontairement par-delà le scénario, à d’autres trains de nuit, et l’éternité de la pulsion de mort était constatée et mise en forme.
Près d’une semaine après les faits, on peut dire que l’affaire du «train de la terreur Nice-Lyon» survenue à l’aube du Nouvel an 2006 est enfin «sortie» : on avait l’impression qu’elle avait d’abord été étouffée. Les divers forums réactifs d’Internet, la presse locale, et surtout la gravité des faits devaient tôt ou tard faire remonter cette affaire au plus haut niveau. Ce n’est pas rien qui s’est passé même si c’est aussi la répétition de centaines d’actes similaires à plus ou moins grande échelle – centaines, que dis-je ? milliers ! – commis dans notre pays.
Un train de 600 voyageurs a été attaqué et littéralement terrorisé durant 90 minutes par des dizaines de jeunes barbares ivres mais ayant organisé – prémédité ? – leur action avec assez d’efficacité. Qu’on en juge par ce qu’on sait déjà assurément : vols avec extrême violence ayant entraîné blessures graves, violences sexuelles collectives envers une jeune fille de 20 ans, menaces de mort aux témoins, destruction. 600 personnes laissées sans protection durant ces 90 minutes alors qu’elles avaient fêté toute la nuit le Nouvel an, donc alors qu’elles étaient fatiguées, peu en état de se défendre, et, de toute manière, incapables de se défendre. La signification hautement symbolique de cet acte de violence à grande échelle a eu raison de ce qui ressemblait initialement à une conspiration du silence. Désormais, oui, on commence à savoir ce qui s’est passé. Mais on ne saura pas tout, tout de suite. On devine plus qu’on ne sait la réalité abjecte de ce qui s’est passé. Seuls ceux qui l’ont vécu 90 minutes tout du long peuvent – pourront ? – en témoigner.
Gouvernement, région, police, gendarmerie, S.N.C.F. ont été, de facto, incapables d’assurer la sécurité de ce train pourtant «sous état d’urgence» comme le reste à cette date-là. Aucun policier ni aucun gendarme n’était là où il eût fallu qu’ils soient : au bon endroit et au bon moment. Les autorités de tutelle de toutes ces instances administratives se renvoient la balle les unes les autres et les ténors socialistes se jettent sur l’occasion. En vain : c’est sous l’ère Mitterrand que les trains, R.E.R. et métros ont réellement commencé à devenir dangereux dans ce pays. N’importe quel voyageur pratiquant les transports en commun depuis 30 ans peut en témoigner aisément : dans les années 1970, on pouvait monter dans un train de banlieue le samedi soir sans prendre un risque vital régulier. Ensuite ce fut de moins en moins le cas. Bref… leur opportunisme éclate au grand jour. Inutile de s’y appesantir car l’essentiel n’est pas là.
Sous état d’urgence, une femme (professeur d’art plastique) a été poignardée par un de ses élèves en pleine classe : elle a reçu trois coups de couteaux et failli mourir. Sous état d’urgence, des gangsters se rafalent au pistolet-mitrailleur du côté de Marseille au risque de tuer des passants. Sous état d’urgence, 600 personnes voient leur vie et leurs biens menacés dans un train Nice-Lyon. Sous état d’urgence, 450 ou 500 voitures brûlent la nuit du Nouvel an et 13 gendarmes sont blessés à Paris intra-muros. Sous état d’urgence, les jeunes barbares responsables à Marseille d’incendie de wagon sont relâchés par les juges alors que la police les avait arrêtés. Les mineurs sont jugés «séparément» alors qu’ils sont les plus dangereux de tous en cas de violence collective : les témoignages accumulés depuis des années le prouvent.
Tout cela n’est pas sérieux : la faillite de l’État concernant sa mission première (sécurité des biens et des personnes) est patente. La seconde mission de l’État, assurer la solidarité et le lien social, la fraternité sociale et économique, est non moins bafouée journellement : une allocation de 600 euros versés à des centaines de milliers de personnes adultes handicapées ne leur permettant pas de vivre décemment, des chômeurs stigmatisés comme fraudeurs potentiels, des pauvres mourant de froid dans nos rues, sur nos trottoirs. L’objet de cet article concerne la première mission et s’y restreint : il est moins facile de la penser que l’autre, même si les résultats des diverses pensées ont du mal à aboutir concernant la seconde.

2) - Matières rationnelles du symbole

Avant les remèdes préconisés, un mot annexe mais fondamental : les jeunes gens d’origine étrangère impliqués dans ces actes sont une permanente souillure pour leur communauté d’origine. Car les jeunes gens honnêtes d’origine étrangère sont en butte au racisme à cause de ceux-là, d’abord et avant tout. Il n’est pas normal qu’une jeune fille d’origine arabe qui est musulmane, honnête et possède ses diplômes ne trouvent pas de travail autre qu’hôtesse d’accueil alors que les autres jeunes filles de sa promotion en ont trouvé. Il n’est pas normal qu’un jeune homme honnête de peau noire ne trouve pas de logement alors qu’il a un travail et perçoit un salaire. Cette situation est d’abord imputable aux barbares dont les origines ethniques sont similaires aux leurs. Le problème du passage d’une justice archaïque à une justice rationnelle fut pour la première fois illustré dans notre culture occidentale en 458 av. J.C. par l’Orestie. Mais la justice collective archaïque persiste dans les mentalités collectives de nos sociétés modernes. C’est un fait dont le racisme est une traduction vérifiable chaque jour. Le juste au sens grec eschylien doit savoir séparer l’homme mauvais du reste de sa famille, de ses proches. Mais en Grèce archaïque et primitive, comme dans toutes les sociétés primitives étudiées par les sociologues du sacré, le criminel seul n’était pas condamné : ses proches l’étaient aussi car le crime était considéré comme une souillure passible de contagion, donc devant être circonscrite très largement. La société française ne réagit pas comme un individu rationnel français : c’est un phénomène naturel même si condamnable. De même que dans une foule, Gustave Le Bon a démontré depuis longtemps que c’est non pas le plus intelligent mais le plus bête qui a des chances de mener les autres. C’est ainsi. Il faut le savoir.

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