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21/11/2005

Des prodromes d'une guerre civile en France ?

Scipione (Gino Bonichi), Apocalypse, 1930


Voici, au format PDF, l'ensemble des textes (pour le moment...) que mes trois amis (je les nomme de nouveau : Francis Moury, Raphaël Dargent et Serge Rivron, ainsi que leurs contradicteurs, Moussa Diabira, Sébastien Bret et Georges Kaplan) ont écrit au sujet de l'inquiétante flambée de violence, qui, aux dires même des membres de la force publique, a souvent été d'une intensité inouïe et s'est répandue dans nombre des banlieues françaises et jusque dans ses principales villes, comme Lyon et, bien sûr, Paris. Selon la bonne parole maintes fois répétée qui permet aux ânes journalistiques de retourner à leur tranquille sommeil, tout semble, à présent, avoir retrouvé son paisible statut quotidien : une centaine de voitures brûlées chaque nuit, rassurez-vous, mesdames et messieurs, nous contrôlons la situation...
Je choquerai les imbéciles, une nouvelle fois, en déclarant que, d'une certaine façon, je suis déçu que ces dramatiques événements et la parole journalistique qui les suit, les façonne et les déforme, ne se soient point davantage précipités : nous aurions assisté, dans ce cas, à l'éveil de la créature hideuse de Frankenstein et sans doute même à l'épisode tragique où le monstre se retourne contre son créateur. Car, à présent que le calme (tout relatif, on l'a vu) est revenu, que les zonards vont retourner à leur zone et à leurs innombrables trafics mille fois plus lucratifs qu'un emploi honnête, surtout mal payé, qu'ils vont retrouver, intacts, leur ennui (il est vrai qu'ils ont coutume de rouiller) et leur haine de la France, à présent encore que les politiques vont revenir comme s'il s'agissait d'autant de maîtresses capricieuses à leurs beaux discours creux nourris d'études sociologiques et que les journalistes, enfin, ces minuscules et lâches politiciens de salles de rédaction incapables de toute action, vont pouvoir sustenter leurs coutumières déformations d'une réalité qu'ils semblent ne pas voir, comme s'ils se déplaçaient sur la scène d'un théâtre lui-même fantôme, maintenant donc que les écuries d'Augias n'ont été désinfectées par aucun Hercule, le Bourgeois va pouvoir goûter de nouveau au confort de sa position dominante, c'est-à-dire, en novlangue démocratique, qu'il va rentrer dans le troupeau protecteur. J'oubliais que les belles âmes de toutes sortes, elles aussi, elles toujours, vont pouvoir à peu de frais verser quelques lames d'une chaude compassion sur les laissés-pour-(solde de tout)compte de la République, jurant leurs grands dieux (puisque la belle âme, qui n'aime ni ne déteste, a donc autant de dieux qu'elle a d'opinions) que jamais elles ne se sont laissé aller à commettre ce péché contre l'esprit qu'est, pardonnez-moi d'utiliser un mot aussi abject, l'amalgame.

Il faudra bien pourtant, un jour de feu et de loups cherchant dans la nuit qui dévorer, que craquent les vieilles écluses qui depuis des décennies maintiennent le radeau France à un niveau illusoire. Alors les innombrables rats qui depuis des lustres, plus sûrement que des madrépores, ont colonisé le rafiot pourri détaleront comiquement et, saisis d'une peur panique et sans demander leur reste, se noieront lamentablement, leur petit corps contrefait se dissolvant au contact des flots puissants, comme les mouches des pissotières selon Rimbaud s'évanouissent dès qu'un rayon de lumière les frôle. Je crois que je n'étonnerai, cette fois-ci, personne, en précisant ce que j'entends par le mot, après tout peu honoré, de rats : non pas cette racaille stigmatisée (à bon droit bien sûr, contre les irresponsables crétins qui l'excusent), cette kaïra retournée à l'animalité comme les créatures du docteur Moreau (lesquelles, tout de même, proviennent, à leur décharge, du règne animal...), mais la France virtuelle, celle qui se répand sur toutes les ondes de l'abrutissement généralisé, la France altière comme une demi-mondaine déchue, tout occupée à tenir son rang fallacieux de catin parvenue, la France percluse de peur, tout ensemble ancienne noblesse avilie, jeunes imbéciles décérébrés crachant leur haine sur des rythmes binaires et bourgeoisie (je veux dire : toutes les catégories déjà mentionnées et toutes celles que je n'ai pas citées, si l'on se souvient que Bloy généralisait ce terme à la presque totalité des Français...) mélangés dans une sarabande ludique et jouissive, tournant et tournant encore dans une noria qui ne peut tout de même poursuivre son existence sans se désagréger au bout de sa trajectoire folle. Non, non, je vous le dis, suivant les conseils avisés d'un maître en prudence, pas d'amalgame, ce péché contre l'Esprit...

Catastrophisme ? Sans doute, oui, mais me vient un autre mot à l'esprit qui, je crois, sera compris de celles et de ceux guettant les intersignes, comme les appelait Massignon, de l'Histoire véritable, pour cela invisible, qui parviennent toutefois à trouer, bien plus souvent qu'on ne le croie, la trame insignifiante de nos jours : ce mot, apocalypse, signifie révélation.

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