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09/11/2005
Bellum civile 2 ou Civil War in France, par Francis Moury

Ce nouvel article de Francis Moury, faisant bien évidemment suite à Civil War in Paris est sous-titré : de la sédition à l'état d'urgence.
«Car dans le nombre immense des citoyens, grande est la multitude de ceux qui, craignant le châtiment des fautes dont ils sont conscients, recherchent à nouveau le bouleversement et la révolution de la République, ou qui sont poussés par quelque fureur innée de leur âme à se repaître des discordances civiles et de la sédition, ou qui, voyant leur patrimoine commun compromis, préfèrent brûler dans l’incendie commun plutôt que dans le leur. […] La République est toujours attaquée par des forces et des ressources plus grandes que celles qui la défendent, parce que les audacieux et les misérables s’élancent sur un signe de tête : eux-mêmes s’animent de leur propre mouvement contre la République; les gens de bien, je ne sais comment, sont plus lents, ils négligent les causes premières des événements, et ce n’est enfin que la nécessité même qui les émeut : si bien que parfois, par temporisation ou par lenteur, alors qu’ils veulent garder le repos, même sans la dignité, ils perdent par leur faute l’un et l’autre.»
Marcus Tullius Cicéron, Pour Sestius, XLVI, § 99 et sq., cité in Claude Nicolet et Alain Michel, Cicéron (éd. du Seuil, coll. Écrivains de toujours, Paris, 1961, c'est moi qui souligne).
«Res ad ultimum seditionis erumptet.»
Tite-Live, Histoire romaine / Ab Urbe condita libri, II, § XLV, 10.
«Que n’ont-ils parcouru la terre et considéré quelle fut la fin de leurs devanciers ? Pourtant ceux-ci les surpassaient en force, ils ont fait bouger la terre, ils l’ont mise en valeur plus que ceux-là ne le font; et leurs envoyés leur vinrent avec les preuves; et alors ce n’est pas Dieu qui leur fut injuste, mais ils le furent à eux-mêmes.»
Le Coran, sourate XXX, 9 (éd. et trad. de J. Bercque; éd. revue et corrigée, Albin Michel, coll. La bibliothèque spirituelle, Paris, 1995), p. 432.
Trois éléments importants et nouveaux se sont produits à l’issue de ces douze nuits de sédition :
– leur étendue honteuse au territoire national dans son ensemble,
– la décision salutaire de notre gouvernement de réactiver la loi d’urgence de 1955,
– enfin la prise de position non moins salutaire des autorités religieuses musulmanes qui ont édicté un jugement interdisant aux Musulmans de prendre part à ces actes factieux.
Notre précédent texte avait suscité bien des discussions et des interprétations, en dépit de son extrême simplicité. Un simple d’esprit s’étonnait même auprès de Juan Asensio qu’on demande la punition d’un criminel et s'interrogeait : comment définir un criminel ? À ce degré d’aberration mentale et morale, que répondre ? Bref. Ces trois faits nouveaux sont l’occasion de préciser notre position. Nous l’avions fait à plusieurs reprises sur le site de Pierre Cormary, mais il n’est pas inutile – Que dis-je ? Il est plus que jamais utile de le faire ! – d’actualiser à nouveau, ici-même.
Jean-François Mattei citait le sociologue allemand Max Weber dans le troisième paragraphe de son article paru dans Le Figaro : le mien ne disait pas autre chose à condition de savoir lire Weber. Et je citais, toujours chez Cormary, Julien Freund, L’Essence du politique (éd. Sirey, Paris, 1965), car Freund fut un des grands commentateurs et lecteurs universitaires français de Weber.
«Nous appellerons violence l'explosion de la puissance qui s'attaque directement à la personne et aux biens des autres (individus ou collectivités) en vue de les dominer par la mort, par la destruction, la soumission ou la défaite. […] Non seulement la manifestation de la force permet de faire obstacle au déferlement de la violence, mais il peut y avoir directement antagonisme entre elles, justement parce que le recours à la violence a en général pour but de rompre un rapport de forces établi. […] En tout cas il n'y a que la force qui soit capable de contenir et de limiter la violence. […] De ce point de vue, l'antinomie entre force et droit semble factice; c'est la violence qui s'oppose au droit et au règne de la loi.»
La République a donc hier décidé de mettre en œuvre ce principe à partir de mercredi et il faut naturellement la soutenir dans cette épreuve, saluer la décision courageuse de notre Président Jacques Chirac et de son Premier ministre Dominique de Villepin. Suffiront-elles à ramener l’ordre ? Nous le verrons bientôt. Dans l’affirmative, tout serait réglé. Dans la négative, il faudra songer à l’Ultima Ratio : la force armée, et non plus la police civile ou militaire simplement.

Il n’est pas certain, en dépit du fait que les autorités civiles comme religieuses concernées s’entendent là-dessus, que cela suffira pour des raisons, à présent, bien évidentes : les barbares qui se livrent à ces actes – on ne doit naturellement nullement les confondre avec le reste des communautés civiles et religieuses auxquelles ils appartenaient – s’en prennent aussi bien aux biens publics qu’aux biens privés. Lorsqu’ils s’en prennent aux biens publics, ils les visent comme symbole même de la puissance publique, comme symbole de l’État. Lorsqu’ils s’en prennent aux biens privés, ils veulent ruiner les fruits du travail et de la richesse. Ils ne respectent donc plus ni loi pénale, ni loi civile, ni loi religieuse. Ils se posent hors de toutes ces lois et se reconnaissent membres d’une minorité égarée et haïssable, ne méritant pas le respect ni la dignité de la cité. Ils n’ont plus, de facto, le droit de cité qu’ils réclament de cette manière abjecte. Les autorités concernées leur délivrent depuis hier un message sans équivoque : soit ils décident de se soumettre, soit ils seront soumis de force. C’est une première et salutaire étape.
Reste une question : celle du rapport des forces. C’est ici que la population civile (y compris la population civile qui a donné naissance à ces barbares et en porte donc légalement la responsabilité) peut aider efficacement la police et la gendarmerie sur le terrain, à condition qu’on lui en donne les moyens légaux. Que les pères soient autorisés à frapper leurs fils jusqu’au sang si c’est le seul moyen pour eux d’entendre enfin la voix de la raison et de la morale ! Que les mères puissent punir leurs filles d’avoir mal agi lorsque c’est le cas ! Que les frères aînés admonestent de sévères corrections aux jeunes égarés pour leur faire retrouver le droit chemin ! L’honneur de la communauté musulmane, d’une part, des autres communautés annexes représentées par ces dévoyés dans le conflit actuel d’autre part, est en jeu ! Pour l’instant, il est évident qu’on laisse désarmées aussi bien la communauté majoritaire que les communautés immigrées puis naturalisées et intégrées, et que si elle le sont – or elles le sont bien souvent, Dieu merci ! –, on ne leur reconnaît pas le droit de concurrencer les forces de sécurité constituées, bien que leur objet final soit le même : la sauvegarde de la concorde et de la paix, la défense du bien contre le mal !
Si ce rapport de forces est maintenu à notre avantage, tout ira bien. Sinon, il faudra passer à la vitesse supérieure. Souhaitons qu’on n’ait pas à en arriver à de telles extrémités mais qui sait ? Peut-être faut-il nous y préparer tout de même. Car nous avons affaire, il faut bien l’apercevoir pour prendre la mesure du mal, à des groupes armés et organisés qui n’hésitent pas à s’attaquer aux symboles mêmes de la civilisation occidentale chrétienne : écoles, bibliothèques, églises (deux cas constatés) ni à menacer directement la vie d’enfants ou de vieillards. Ils visent physiquement des membres des forces de l’ordre pour les tuer ou les blesser gravement. Il importe, à ce sujet, que la population française – y compris sa fraction d’origine étrangère depuis naturalisée et intégrée, toutes races et religions confondues – manifeste un soutien sans faille aux courageux policiers, gendarmes et C.R.S. chargés de nous protéger directement en allant au combat contre cette vermine. Et si demain nos soldats y sont envoyés, les soutenir indéfectiblement de même.
Un problème plus grave se profile depuis le discours de Villepin : celui du chantage à la terreur. De quel droit ces séditieux ignobles, comprenant des tueurs de sang-froid, bénéficieraient-ils de passe-droit particulier pour obtenir crédits publics, aide à l’emploi, traitement de faveur ? Pourquoi leur promettre un traitement de faveur alors que leurs victimes de ces 12 dernières nuits n’ont pas encore été même remboursées par les compagnies d’assurances des pertes qu’elles ont subies, sans parler des dizaines d’honnêtes travailleurs qui ont perdu leur emploi à cause de ces vandales ? Et quid des Français honnêtes alors ? Passeront-ils après, comme «citoyens de seconde zone» dans leur propre pays, lorsqu’il s’agira de recevoir les aides (scandaleusement médiocres et inadaptées) des A.N.P.E. à la recherche d’un emploi ? Ce serait tout de même «un peu fort de café» ! Des millions d’euros ont été dépensés en vain depuis des dizaines d’années dans ce tonneau des Danaïdes qu’on nomme «zones d’exclusion». En fait ces «zones» étaient parfaitement heureuses avant que cette «troisième génération» de délinquants, totalement dégénérée pour une bonne partie d’entre elle, n’y étale ses vices et sa violence, n’y fasse régner une terreur pire que celle que la «deuxième génération», en partie maudite en raison des mêmes vices, y avait déjà introduite en masse auparavant.

Dans la périphérie de la capitale de la noble Corée du Sud, héritière d’un des plus altiers combats pour la liberté du monde au XXe siècle, un Français vivant à Séoul et marié à une Sud-Coréenne, témoignait que de tels immeubles à l’aspect «staliniens» et «collectivistes» sont la norme. Pourtant aucune violence, aucun mal de vivre particulier ne s’y fait ressentir, ajoutait-il immédiatement : les habitants y vivent en paix, et heureux ! Dans nos banlieues staliniennes elles-mêmes, on peut même observer un attachement sentimental des jeunes (délinquants ou non) et des moins jeunes (idem) pour ces «barres» imposantes : les uns et les autres sont, au fond, tristes quand on les détruit. Donc, la preuve est faite : le mal de cette médiocre jeunesse, qui ne rêve qu’à des profits matériels et ne songe nullement à se cultiver ou à travailler, ne vient pas de l’aspect matériel de leur existence. Il est né au fond de leur âme pervertie. Ceux dont l’âme est droite, non-tordue, qui vivent là-bas, ne se plaignent pas : ils acceptent de bonne grâce leur sort. Ils ont la sagesse de considérer qu’il y a des sorts bien pires que de vivre là. Il n’est que de regarder ce qui se passe dans bien des misérables parties du monde pour le comprendre aisément, d’ailleurs. La France leur offre tout de même du pain, une protection relative, un asile et un toit. Mais certains voudraient qu’on leur offre aussi B.M.W et Mercedes : ils mesurent leur être à leur avoir. Ce sont en somme des matérialistes iniques, occultant au fond d’eux-mêmes toute vie spirituelle, morale et esthétique.
En Thaïlande, on peut lire sur un mur près du port de Bangkok une ancienne et belle formule – toute stoïcienne – apposée par les autorités de ce pays splendide à une époque déjà un peu ancienne (années 1970 probablement) et qui manifeste clairement la conversion attendue de ces jeunes rebelles : «Si tu n’as pas ce que tu veux, tu dois aimer ce que tu as». Que disaient d’autre les philosophes anciens grecs et romains, que disent d’autres à leurs fidèles les diverses grandes religions monothéistes du monde moderne, Islam inclus bien évidemment ? Se révolter parce qu’on jalouse la richesse ou qu’on déteste la pauvreté est une chose. Tuer des gens dans la rue ou brûler des écoles en est une autre. La réforme morale de cette fraction pervertie de la jeunesse ne pourra provenir que d’une reprise en main, en profondeur, de leurs propres autorités religieuses. Si celles-ci faillissent à le faire, ce n’est certes pas l’école laïque qui y réussira davantage, pervertie qu’elle est depuis des dizaines d’années par le gauchisme structuraliste des années 1968. Et alors, il ne s’agira ni d’un choc des civilisations, ni d’un choc religieux puisque ces barbares sont en-deçà de ce qu’on définit par vie civilisée ou vie religieuse : on se situera au niveau précis où Catilina s’était en son temps situé, avec la clientèle qu’on lui connaissait. L’exil (de nos murs, voire de la vie commune elle-même) et la puissance du fer et du feu devront alors s’abattre sur eux sans rémission jusqu’à ce que la paix civile soit retrouvée.
En fait, il n’y a là-dedans rien de nouveau que pour les incultes et les ignares, et leurs complices intellectuels, qui sont de pires criminels dans la mesure où ils excusent et justifient sciemment, consciemment, des criminels au degré de conscience proche du néant même si suffisant pour choisir consciemment le mal aux dépens du bien. Ceux qui ont lu suffisamment et médité suffisamment – l’élite de la nation française à qui ce noble site du Stalker est destiné par vocation – savent pourtant cela : nihil novi sub sole. Catilina menaçait de ruiner la République romaine en s’appuyant sur de tels égarés, indignes de Rome. Or la France, Paris sont les héritiers de la pensée et de l’action de l’ennemi de Catilina, Cicéron. Il faut relire Cicéron. Il ne suffit plus, comme le voulait Bergson, «d’agir en homme de pensée, de penser en homme d’action». Il faut que les hommes de pensée pensent la pensée et que les hommes d’action agissent la sphère de l’action. Cicéron pensait durant ses périodes d’otium studiosus, il agissait par paroles politiques dans ses périodes d’action. Faisons de même, dans la pénible circonstance où nous nous trouvons, lorsqu’il s’agit de l’analyser et d’y remédier. Chacun y trouvera son profit et les choses seront à leur place. L’effectivité d’une réalité doit se penser effectivement, non pas en belle âme. Embrasser la réalité, c’est embrasser la vérité. Dans l’histoire, la réalité qui triomphe est la vérité. Or dans le conflit qui nous occupe à présent, il importe que notre réalité et notre vérité triomphent du néant, du chaos qu’on veut leur substituer. Ne nous y trompons pas : l’Europe et le reste du monde ont les yeux fixés sur nous. Ne les décevons pas.



















