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05/11/2005
Bellum civile ou Civil War in Paris, par Francis Moury

Voici un nouvel article, polémique s'il en est, de Francis Moury, écrit à chaud pourrais-je dire, à la suite des scènes de guerre civile, pardon, des simples événements qui secouent la banlieue parisienne, et maintenant celles des autres grandes villes françaises. Mon ami a sans doute décidé d'écrire ce texte après avoir écouté, sidéré, dégoûté et proprement révolté, les circonstances dans lesquelles une femme partiellement handicapée a été aspergée d'essence et, littéralement, enflammée par plusieurs individus exprimant ainsi leur refus du ghetto, celles aussi, ne l'oublions pas, qui ont conduit un homme innocent a être roué de coups et laissé sans vie, crevant dans son sang, par quelques jeunes qui apparemment détestaient les natures mortes de lampadaires urbains, jeunes évidemment traumatisés par leur échec scolaire et auxquels notre société égoïste n'a pas donné la chance qu'ils méritaient assurément. Comme toujours en France, pays qu'un nouveau Karl Kraus (mais où se cache-t-il, mon Dieu ?) secouerait jusqu'à le démembrer, les événements, aussi dramatiques soient-ils, ne sont rien si on les compare au déluge infra-verbal qui les accompagne et, je le dis sans crainte, les provoquent. Ici, un sourire passe sur les lèvres du placide sociologue wievorkiste qui se déclarera pleinement d'accord avec mes propos. Que cet imbécile continue donc de me lire, son sourire risque de devenir grimace. Car je retourne l'image, plaisante mais fausse, trouvée, lue, entendue, reproduite à des milliers d'exemplaires, répétée par toutes les bouches mitées des salles de rédaction : ce ne sont pas les propos faussement martiaux de Nicolas Sarkozy qui sont les réels coupables de l'embrasement actuel des banlieues. Après tout, l'un des termes utilisé par notre va-t-en guerre de ministre n'est-il pas, aussi, l'un des sésames du verlan utilisé par la caillera elle-même pour désigner ses hauts faites d'armes ? Non messieurs Julien Dray, Noël Mamère et autres contempteurs (comme Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois) d'une réalité infernale que votre lâcheté ignoble a créée comme une dangereuse créature qui au moins, espérons-le en tout cas, finira par se retourner contre votre irresponsabilité meurtrière : ce sont vos interminables dérobades, vos continuelles approximations, vos constantes atténuations, vos permanents mensonges, ce sont les mêmes mots mités, travestis utilisés par vos prédécesseurs que je désigne comme les premiers fauteurs de troubles, les uniques brandons enflammant la poudrière et, n'en doutons pas, les détonateurs de ce qui se prépare dans notre tranquille République, face à quoi les actes récents commis par les chiens en meute, d'une violence inouïe, passible, dans d'autres pays courtisés, de la plus expéditive pendaison, ne donnent qu'un léger avant-goût. Ce sont vos mensonges systématiques, endémiques, qui à présent gangrènent des millions de cerveaux de simples Français en venant à douter, par votre faute et la culpabilité fallacieuse à laquelle vous les clouez depuis plusieurs dizaines d'années, de leur plus élémentaire bon sens.
J'imagine que ce texte relancera, dans la Zone et peut-être même ailleurs, quelque utile polémique qui, par exemple, mettrait en lumière l'extraordinaire propension à l'atténuation sémantique qui afflige nos médias, d'abord (mais pas seulement), bien sûr, ceux du gauchisme éclairé et généreux. Je ne puis pour l'instant renvoyer qu'à cet excellent site, dont la première utilité est de nous rappeler que les médias étrangers, eux, outre le fait qu'ils paraissent moins irrécusablement iréniques que les nôtres, osent donner leur nom véritable aux personnes et aux actes qu'ils commettent : vous pourrez donc lire, dans les articles auxquels on nous renvoie, des mots censurés par la bien-pensance parisienne et, hélas, par une partie toujours plus grande de nos propres citoyens, des mots désormais aussi inhabituels à nos oreilles que : meurtre, crime, animal, censure, guerre civile, rétablissement de la peine de mort, France en ruine, irresponsabilité politique, décadence, barbarie, etc.
Lisons, à présent, la juste révolte de Francis Moury.
«Enfin Catilina, jusqu’à quand vas-tu abuser de notre patience ? Combien de temps encore ta folle violence esquivera-t-elle nos coups ? Jusqu’à quelle limite ton audace effrénée s’emportera-t-elle ? Rien, ni la garnison de nuit sur le Palatin, ni les rondes nocturnes dans la ville, ni l’appréhension de la population, ni le rassemblement de tous les honnêtes gens [...] rien n’a pu t’ébranler ? Ton plan est découvert : ne le sens-tu pas ? […].»
Cicéron, Exorde de la première Catilinaire (trad. française de Jean Guillon, éd. Hatier, coll. Traductions Hatier - Rome, Paris, 1966).
Ce texte fut prononcé devant le Sénat, dans le temple de Jupiter Stator, le 8 novembre 63 av. J.-C. : nous le citons ce soir, 4 novembre 2005, en guise de parallèle… lointain et proche à la fois. Catilina menait une conjuration, César a rédigé des commentaires à la Guerre civile dont il fut acteur. Mais ni le noble Catilina ni les adversaires de César n’étaient des barbares : c’étaient des citoyens romains du plus haut niveau d’éducation connaissant l’art et les moyens de la politique de leur temps.
Le problème qui nous occupe est pourtant bien défini par le début de l’Exorde de Cicéron. Qu’on en juge : depuis une semaine, nous aussi sommes les témoins d’une folle violence, de rondes nocturnes, de garnisons de nuit en action. Mais sont-elles organisées ? Si oui, par qui ? Au fond quelle importance… les résultats sont là.
Si on effectue une recherche Google en entrant la clé «civil war in paris» – les majuscules n’existent pas, comme on sait, pour Google –, on trouve bien sûr des liens sur la Commune de Paris de 1870 mais depuis peu, on en trouve aussi sur la semaine que nous venons de passer en cette fin octobre-début novembre 2005 ! Ouvrez-les : ce n’est tout de même pas triste. On tombe sur des discussions en anglais tenues sur un forum japonais, par exemple, concernant les «riots in the Paris Suburb». Lorsqu’on est anglo-saxon, le terme «riot» est familier : c’est lui qui compose l’appellation d’une arme anti-émeute bien précise dans l’histoire de l’armement léger. Le «Riot-gun» est en effet un fusil à répétition manuelle (système à pompe) ou semi-automatique de calibre 12, en général. Son efficacité est redoutable : les différents types de chargement adaptés, aux opérations de police comme aux opérations militaires, sont variés. Ils permettent de défaire à courte distance un adversaire, même protégé ou retranché dans un véhicule, à condition qu’il ne soit pas équipé d’un gilet pare-balles adapté. Le seul problème est que la police française, pour l’instant, ne l’utilise pas alors qu’elle en est dotée. Pourquoi ? L’autre grand problème est qu’il semble qu’on l’utilise contre elle ! Encore plus ennuyeux.

Soyons clairs : biens publics et privés de toute nature et de toute taille sont détruits, un homme est assassiné en plein jour à coups de pieds et de poings sous les yeux de sa famille, une femme handicapée a été brûlée vive dans un autobus, des tirs à balles ou à chevrotines réelles sur des cars de C.R.S. et des policiers !
Voilà ce que nous voyons ces jours-ci autour de Paris. Et cela ne date pas d’hier. Cela fait trente ans que nous le voyons. Les informations glanées sur Wanadoo, souvent beaucoup plus détaillées que celles diffusées par les médias classiques tels que presse, radio et télévision publique ou privée, nous apprennent aujourd’hui qu’on commence à avoir des problèmes similaires à Paris dans quelques arrondissements.
Les Anglo-saxons se disputent, sur Internet, pour savoir si on assiste à une guerre de religion, si la France annonce le début de la prochaine conflagration européenne. Les médias russes et chinois s’interrogent sur la sécurité de la France : il y a de quoi s’interroger en effet ! Et on les comprend ! La banlieue brûle mais Paris résiste pour l’instant. On en est là. Ambiance !
Bon la vérité est simple : il y a des honnêtes gens et des criminels dans tous les pays, chez toutes les confessions, du monde entier. Le racisme est une chose ignoble a priori comme a posteriori. Tout cela est entendu et nos braves commentateurs anglo-saxons sont, ici, à côté de la plaque. Reste une évidence qu’ils disent tranquillement et clairement (on voit mieux les choses lorsqu’on est plus éloigné) : nous avons bel et bien affaire à des barbares agissant en meutes, comme des hyènes, des loups. Brûlant, blessant, assassinant collectivement aussi bien des civils sans défense que des policiers. Certains policiers sur le terrain décrivent une guérilla urbaine et réclament l’appui de l’armée. Ils disent qu’ils ne sont pas préparés ni entraînés pour cela. Ils ont raison.
Quant au député socialiste Dray que dit-il ? Que le gouvernement de la France, les autorités les plus hautes seraient responsables de tout cela ? Et puis quoi encore ! ? Responsable de quoi ? Si des voyous meurent électrocutés, tant mieux ! On ne va pas se plaindre ! Il faut se plaindre qu’une femme handicapée ait été brûlée vive par des voyous, qu’un homme ait été tué en plein jour par un gang d’hyènes, plutôt ! Dray marche sur la tête : qu’il aille sur une autre planète, jouer au Candide.
Il y a des Français pauvres. Il y a des Catholiques, des Protestants, des Orthodoxes, des Juifs, des Musulmans pauvres en France. Est-ce qu’ils tuent tous des femmes handicapées en tentant de les brûler vives ? Est-ce qu’ils rouent de coup chaque après-midi ouvrable un innocent parce qu’il photographie un lampadaire ? Non. Ils souffrent en silence, ils tentent de survivre, ils tentent de travailler, ils tentent de vivre en personnes respectueuses de la loi civile comme de la loi religieuse, s’ils ont une religion. S’ils n’en ont pas, ils respectent la morale laïque de Jules Simon. Le résultat pratique, urbain, est le même.

Alors comment définir ces nouveaux barbares qui haussent la tête un peu trop ces jours-ci ? Eh bien c’est très simple : ce ne sont ni des Français, ni des hommes religieux ou non, ni des citoyens éduqués ou non. Ce sont des animaux et il faut les traiter comme tels. Ils se sont rabaissés eux-mêmes au rang animal qu’on s’évertue à leur faire abandonner en vain. Ils préfèrent vendre de la drogue, constituer des gangs que de travailler ou que de tenter de travailler. Ils préfèrent brûler des voitures que d’aller en usine en fabriquer sur les chaînes de montage. Ils préfèrent tuer que d’aider les leurs à vivre. Ils n’ont pas de raison de se révolter : ils sont mauvais. Ils font le mal en connaissance de cause, d’une manière bestiale et grégaire. Ces nouveaux barbares défigurent les cités qu’ils habitent et y propagent le mal. Il faut les en extirper et nous en débarrasser une bonne fois pour toutes. Les autres habitants de ces cités pourront respirer tranquillement demain.
La démocratie doit réapprendre la dureté et la fermeté, elle doit savoir faire peur. Pour l’instant elle s’avère incapable de nous protéger. Pour le moment, ces barbares tuent mais on ne les tue pas. Tant qu’on ne les tuera pas, tant qu’ils n’auront pas peur d’être tués, ils continueront. La prison ne leur fait nullement peur. Elle est pour eux un titre de gloire. Ils ne peuvent craindre que la mort. Il faut donc que l’État modifie ses lois et se donne les moyens de la leur faire à nouveau craindre. À ce prix seulement, nous retrouverons notre tranquillité. Pour le moment, ni les biens ni les personnes ne sont en sécurité. Que l’État retrouve sa puissance, son autorité et donne à la police et, si c’est insuffisant, à l’armée, le droit d’intervenir efficacement.



















