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03/12/2004

François Rastier ou la déontologie philologique aux orties

bibliotheque.jpgQuelques lignes avant de prendre une semaine de repos.

Comme il fallait s’y attendre, ni François Rastier, ni aucun de ses collègues chercheurs, qui apparemment sont très occupés à chercher (quoi ? Rien. Ils cherchent voyons, c’est bien assez, comme le chat du Cheshire ne fait que sourire…), ne m’ont répondu.
J’ose l’écrire : ces pseudo-savants ne sont que des prétentieux. Des lâches de surcroît. Des chercheurs d’opérette certes (qui sans doute n’ont pas dû manquer de signer de très récentes pétitions) mais des ténors, je vous prie, du caviardage et du gauchissement. Des menteurs, stricto sensu et en un seul mot.

Je reproduis à toutes fins utiles quelques lignes d’un très beau courrier que m’a envoyé Serge Rivron : « Cher Juan, cette courte réponse sans doute peu rassurante et pas du tout secourable au sens où vous semblez en attendre, pour vous dire que j’ai pris connaissance avec aucun étonnement du point de vue pseudo-scientifique émis par l’éminent linguiste Rastier sur votre « position » critique.
Aucun étonnement parce que je me farci, étant moi-même d’entre eux à l’origine et sincèrement, à l’origine aussi, admirateur de leur méthodologie, les linguistes et certains sémioticiens et autres pragmaticiens depuis 25 ans, comme lecteur, et souvent comme (ex)-ami. Et que fort de ces fréquentations, j’ai dû me faire à l’idée qu’hélas leur empire comme leurs analyses manquaient au final totalement à l’être, et par conséquences à l’exhaustivité autant qu’à l’objectivité dont leur recherche pourtant est née et dont elle se pare.
Une pénible suite de polémiques ridicules, menée heureusement par mail et hors blog, m’a récemment fâché (surtout elle, d’ailleurs) avec l’une des plus brillantes linguistes de notre époque, *** ***-***, qui avait été il y a plus de 20 ans mon professeur, que j’admirais et qui était restée mon amie jusqu’au jour où nous avons eu la « mauvaise idée » d’échanger quelques mots, puis phrases, puis références et articles de foi, à partir du film de Gibson sur
La Passion. Après bien des défections, ce dernier effarement concernant le simple niveau culturel (pourtant étonnamment plus riche que le mien à de très nombreux égards) du énième linguiste à me décevoir m’a fait comprendre en quoi cette « école » reposait tout entière sur une idéologie (le matérialisme, en l’occurrence, et le plus souvent d’obédience marxiste), au lieu que les philologues dont elle se prétend la descendance s’ingéniaient à les réfuter en bloc. Moyennant quoi les vrais héritiers des philologues ont donné Steiner et quelques autres, tandis que les linguistes, à l’abri des projecteurs après les avoir retenus des années 75 à 85, alimentent à coup de pseudo-science la cohorte des idées reçues les plus désespérantes et parfois les plus totalitaires, tant leur dogmatisme est intransigeant. »

Je n’ai pas un mot de plus à ajouter (ou à retirer) à mon texte-charge d’hier mais continue de m’étonner du peu d’indignation que les propos scandaleux et surtout profondément stupides de François Rastier suscitent même si milite en ma défaveur le fait que je n’ai pris connaissance de ce texte que bien longtemps après sa mise en ligne. Quelques réponses tout de même (le courrier cité plus haut en fait d’ailleurs partie), encourageantes, à la missive amicale et quelque peu ironique que j’ai envoyée hier au virtuel réseau de résistance qui ne cesse de grandir. Si dans quelques jours je n’ai pas plus de réactions, je devrai alors me résoudre à changer de place l’adjectif « virtuel » pour l’accoler à résistance.
Alors, cet adjectif s’accordera au féminin j’en ai bien peur. Voici ma lettre :

« Bonjour messieurs.
Franchement : vous n'allez tout de même pas me laisser face à ce redoutable adversaire qu'est François Rastier
(voir mon dernier billet) qui ose faire du pauvre petit stalker que je suis l'héritier de Rebatet et de Boutang tout de même ! Si ? On dirait...

Certes, ma Zone est populaire mais, si je suis tout seul à mener le combat alors que je lis assez souvent des «
appels à la résistance » venant des uns et des autres, je vais finir par me faire déborder comme on dit, et pourtant je cogne fort...
e ne demande pas qu'on vienne me défendre mais qu'on me soutienne car faire de Boutang un antisémite, c'est ne rien avoir compris à sa pensée et ne même pas avoir lu son colossal Maurras mais alors faire de Steiner un antisémite qui s'ignore et un nazi quasi déclaré, c'est tout de même quelque chose... Non ?

Et ne venez pas pleurnicher en me disant que ce n'est pas votre combat et patati et patata car, si violenter les mots et les faire tout simplement dire l'inverse de ce qu'ils disent n'est pas votre combat, il faudra alors cesser d'appeler de vos vœux l'apocalypse puisque, lorsqu'un nouveau front se présente, bien peu (je suis poli...) osent y monter... C'est vrai que, parfois, les balles y sont traçantes mais comment, sans y être, connaître cette « fraternité des ébranlés » dont parlait Patočka ? Comment si nul ne m'entend ?

Du nerf les Noval, Tibolano et Rehby, dont le blog frise désormais la jachère...
De la force contrelittéraire, de la résistance royale, que sais-je encore ? Allez-vous, messieurs, vous contenter de la posture de l'Arrière alors qu'un boy écrit sous la mitraille ?
On dirait, oui, encore...

Je vous aime tous et vous aimerais encore plus dans l'adversité mais gare aux déceptions, comme la lecture de mon billet sur (contre)
Luc-Olivier d'Algange peut vous l'apprendre...

Je plaisante, à moitié seulement...
A bientôt donc.
»

Quoi d’autre ?
J’ai lu un très beau texte de Dominique Autié, Noir et Blanc I où, en quelques mots sobres et emprunts de respect, l’auteur balaie les prétentions des fouilleurs de poubelles que sont à mes yeux les psychanalystes : « Après avoir appris à la respecter, j'admire désormais la qualité du silence dont sa présence m'enveloppe – je préviens ceux qui relèveraient, dans leur jargon, que cette taciturnitas est tissée de non-dit que je crois cet homme capable de faire cruellement échec à leur divan, ne leur déplaise, et que c'est bien cette résistance abyssale qui m'impressionne dès que je me trouve auprès de lui. »

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